Le nombre et l'innombrable dans le théâtre de Shakespeare

par Florence Kresine

Thèse de doctorat en Études anglophones

Sous la direction de François Laroque.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Études anglophones, germanophones, et européennes (2009-2015 ; Paris) , en partenariat avec Langues, Textes, Arts et Cultures du Monde Anglophone (equipe de recherche) depuis le 12-01-2011 .


  • Résumé

    L'œuvre de Shakespeare - et plus particulièrement les histoires et les tragédies - dont les proportions sont si vastes mais qui est si humaine, semble confirmer la conception pythagoricienne que « tout est nombre ». l'histoire du nombre, en effet, qui comprend l'innombrable, s'absorbe dans l'oeuvre théâtrale de Shakespeare. Elle tend à faire du nombre, du multiple, du multiforme et de leur présence tantôt discrète, tantôt ostentatoire, une histoire. L'histoire synchrone du nombre et de l'innombrable et inversement, celle du nombre et de l'innombrable en tant qu'histoire dans l'oeuvre de Shakespeare sont deux faits coïncidents. Dans le théâtre de Shakespeare, le nombre pullule : nombre de vers, nombre de corrections, d'augmentations, nombre d'auteurs, succession des règnes, des rois et des reines, foule innombrable…... La profusion de mots, de procédés qui se rapportent au nombre est imposante. Vertige de la liste. Le nombre est innombrable. Le nombre crée un modèle mais il existe une tension entre ce modèle et les irrégularités qui en sont l'avatar. Le vers de Shakespeare révèle l'existence de forces qui travaillent à la reproduction d'un schéma tout en valorisant et en intégrant l'irrégularité. Les mouvements désordonnés d'une foule, de la multitude qui s'émeut, qui s'enthousiasme ou qui se soulève sont canalisés par le pouvoir. le versant sombre de cette étude concerne l'appareil répressif et les relations qu'il entretient avec le spectacle. Il montre que le nombre et l'innombrable sont aussi le paradigme de l'inhumain. Hors du nombre, sans nombre, prémisses de l'innombrable, se situe l'oeuvre de Shakespeare, celle de « l'homme innombrable ». Les sciences ont pénétré l'univers de Shakespeare, qui subit, semble-t-il, l'influence des « mondes innombrables » de la cosmologie brunienne. L'innombrable est l'essence même du nombre, au confluent du démotique et de l'ésotérique. la conception d'une mystique du nombre, toutefois, ne peut être aisément raccordée à celle du génie populaire au caractère universel de Shakespeare. En raison de la coïncidence des contraires, de l'extraordinaire saisie du passé, du présent et de l'avenir, l'oeuvre se prête admirablement au jeu du dessaisissement, du désoeuvrement.

  • Titre traduit

    Number and the innumerable in Shakespeare’s theatre


  • Résumé

    With its vast but so human proportions, Shakespeare’s theatre seems to confirm the Pythagorean conception that “all is number”. Indeed, the history of number, which combines with the multiple, the multiform and the innumerable, has been absorbed into Shakespeare’s theatre. It is apt to transform the presence of numbers, which are sometimes unobtrusive sometimes ostentatious, into a story. The synchronous history of number and the innumerable, and conversely number and the innumerable as story meet in Shakespeare’s works. Numbers abound, namely the number of lines, the number of authors, the succession of reigns, of kings and queens and infinite numbers of people… The profusion of words and devices that are related to number is imposing. Lists are dizzying. Numbers are innumerable. Number shapes patterns but there may be tension between this pattern and the irregularities that are their final manifestation. The unruly movements of the crowd, of the multitude, that is easily moved, that is enthusiastic or may rebel, are channeled by the established power. The dark side of this study concerns the repressive state apparatus and the relationship with the theatre. This study shows that the inhuman is also no doubt inherent in the very notion of number and the innumerable. It is in the space of the numberless, without number, in the premise of the innumerable, that the works of “myriad-minded” Shakespeare reside. The sciences have penetrated Shakespeare’s works, which have been thought to undergo the influence of the innumerable worlds of Brunian cosmology. The innumerable lies somewhere between the demotic and the esoteric. The conception of a mystique of numbers, however, cannot be linked to the conception of Shakespeare’s universal popular genius. On account of the coincidentia oppositorum, of the extraordinary capture of the essence of the past, of the present and of the future, Shakespeare’s works admirably lend themselves to a process that entails a sense of loss.