Genre et tradition : circulation, réception et appropriation de la « question féminine » dans la culture balkanique slavophone au XXème siècle

par Tanya Karagyozova

Thèse de doctorat en Histoire et civilisations (section 22) / Langues et littératures slaves (section 13)

Sous la direction de Svetla Moussakova.


  • Résumé

    A l’échelle de l’Histoire des Balkans du XXème siècle, la percée des femmes dans l’économie rémunérée, dans l’enseignement supérieur et l’activisme féministe se sera concrétisée de manière toute aussi remarquable qu’ailleurs en Europe. Cependant, dans le contexte des Balkans slavophones en général et en Bulgarie en particulier, les conditions concrètes de cette évolution se négocient selon les critères inéluctables d’un rapport singulier à la tradition. Nous proposons, tout d’abord, de situer ce contexte (rarement abordé à travers l’histoire des femmes et encore moins dans une perspective féministe) à partir d’un regard ethnographique sur la culture traditionnelle et la spécificité des interdits pesant sur le corps et la parole des femmes. Nous prolongerons notre observation à travers la modernité balkanique qui induit de profondes transformations des notions de culture, de nation et de minorités ethniques. Nous les mettrons en perspective avec la réponse de l’État-nation moderne à la « question féminine » [Zenski vapros / Женски въпрос] qui, de fait, valida constitutionnellement nombre de logiques d’exclusion. Il s’agira également de resituer les mouvements féministes de la première heure en mettant l’accent sur ceux s’étant associés aux luttes ouvrières et la difficulté du mouvement socialiste féminin [zhensko sotsialistichesko dvizhenie / женско социалистическо движение] de résister à l’assimilation. Dans la continuité de notre réflexion, nous interrogerons le discours égalitariste de l’époque communiste, en privilégiant un cadrage sur les années 1970-1980. Afin de mettre en lumière les conditions concrètes de l’émancipation dans la vie privée (avortement, divorce, rapports de sexe), nous explorons un corpus homogène articulé autour de l’unique revue féministe éditée par les successeurs du mouvement socialiste féminin du début du siècle. Ce retour sur l’histoire mouvementée de la seconde moitié du XXème siècle, effectué sous le prisme du genre, évoque ce qui dérange le plus dans l’idéologie des régimes communistes, mais aussi dans le discours marxiste, tel qu’interprété localement. Cette thèse révèle les mécanismes à l’œuvre lors de la réception et l’appropriation de la réponse marxiste à la « question féminine » sur le terrain, en insistant sur les résonances singulières avec le discours traditionaliste d’époques antérieures; tel que nous le retraçons dans le folklore, dans la littérature classique de la Renaissance balkanique à la croisée d'influences européennes et orientales, mais aussi dans le sillage du processus d’européanisation à relier, notamment, aux circulations éditoriales. Tout au long de cette recherche, nous plaçons au centre l’analyse générale de la « question féminine » comme discours, tout en questionnant la longévité des résistances face à ses ambitions émancipatrices et ceci jusqu’à l’époque contemporaine de transition néolibérale. En effet, aborder les remaniements des discours d’émancipation revient à poser la question du renouvellement des modèles de féminité, à (re)penser leur réception et à réfléchir au rôle des femmes dans ces processus et ceci dans une investigation de vaste chronologie, de temps long, sans aucunement prétendre à l’exhaustivité.

  • Titre traduit

    Gender and Tradition in the Balkan Slavic Culture : the “Women Question” in the Twentieth Century


  • Résumé

    Over the course of 20th century Balkan history, the advancement of women in the paid economy, education, and female activism had concretized itself as prominently as throughout Europe. Within the context of Balkan Slavic culture in general, and its translation within the national domain of Bulgaria in particular, the precise conditions of this evolution resulted from a compromise of the inevitable criteria of a distinct relationship to tradition. We intend to illuminate and situate this context, rarely approached in the discourse of women’s studies, and even less from a feminist perspective. This examination aims to undertake two challenges: A general analysis of “The woman question” as discourse, and further, a more critical observation on the nature of resistance against ambitions of emancipation. While not claiming to be exhaustive, the objective is to put into perspective the theoretical contributions of reflection on hierarchical representations of gender diversity, and the territorial nuances that we explore. Addressing revisions of “The woman question” is to invite the notion of renewing models of femininity, to rethink the effects of discourse, and to reflect on the role of women in the process. Finally, a second glance at the eventful history of the second half of the 20th century, executed under the prism of gender, explores the most distorted in the aesthetic of communist regimes. The purpose of this study is to shed light on the social realities of women in the socialist era in parallel with traditionalist discourse as we retrace the cross of European, Oriental, orthodox, folklore, and modern influences in Slavic literature. Thus, from this approach emerge new prospects for understanding Women’s Studies in the Slavic Balkans in general, and Bulgaria in particular.