Philippe Quinault, le poète de la surprise
| Auteur / Autrice : | Riho Takayasu |
| Direction : | Olivier Leplatre, Odile Dussud |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Lettres mention langue et littérature françaises |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/09/2019 Soutenance le 16/06/2025 |
| Etablissement(s) : | Lyon 3 en cotutelle avec Université de Waseda |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Lettres, Langues, Linguistique et arts (Lyon) |
Résumé
Le but poursuivi par notre étude est de montrer comment Quinault, mû par la volonté de séduire le spectateur, a délibérément centré sa dramaturgie sur la surprise, ce qui explique la réussite de ses pièces à son époque. Cette stratégie poétique a été négligée jusqu’à maintenant dans les recherches qui le concernent, peut-être parce qu’elles ont trop tendance à découpler sa carrière de dramaturge et celle de librettiste. Or elles sont inséparables et c’est en les rapprochant qu’il est possible de dégager la singularité de la dramaturgie de Quinault. Nous examinons donc l’importance et les modalités de la surprise dans l’œuvre de Quinault, ses pièces parlées comme ses pièces chantées, à l’époque où la surprise, strictement associée à la vraisemblance, est supposée constituer une notion fondamentale des arts représentatifs. En effet, toute la réflexion qui s’est développée à cette époque autour de la surprise permet à Quinault de constituer sa poétique sur une base établie. Il s’adapte à la tendance du monde littéraire et théâtral mais il le fait avec un souci d’originalité qui lui est propre. La surprise est ainsi examinée dans chaque pièce sur les plans matériel, langagier et structurel. Les effets visuels issus des costumes, décors, lumières et mouvements des personnages sont souvent combinés à des effets auditifs, comme l’utilisation de la musique dans les pièces parlées ou les changements de rythme dans les répliques, redoublant ainsi l’efficacité et le plaisir de la surprise. Quant à la création des personnages, Quinault exploite les normes classiques comme sources de surprises, en se fondant sur les mœurs codifiées par les théoriciens. Au niveau des intrigues, il suscite l’attente des surprises chez les spectateurs en les leur laissant prévoir, sans en rien dévoiler. Les péripéties et les coups de théâtre sont conçus pour étonner mais aussi maintenus dans des relations de nécessité au service de l’intrigue. En outre, ces éléments constitutifs de la surprise entrent dans des chaînes d’échos qui lient les pièces de Quinault entre elles ou avec d’autres. L’analyse de la surprise dépend de la prise en compte de cette inter- ou intra-textualité. La récurrence des idées et des procédés dans les répliques peut faire lien entre les différentes pièces et amuser le spectateur surpris de reconnaître des reprises ou des modulations. La surprise devient ainsi un moyen pour le dramaturge de communiquer avec la salle. Car Quinault trouve la source de ses surprises dans les expériences et les connaissances des spectateurs dont il pique la curiosité afin de les solliciter davantage au moment de la représentation. De même, Quinault renouvelle dans ses pièces parlées et chantées le traitement des sources historiques et mythologiques : les évènements connus y sont revivifiés à travers le prisme des passions humaines plus vraisemblables, finalement, que les récits des historiens. Cette façon qu’a Quinault de faire des spectateurs les témoins d’évènements merveilleux, mais inscrits dans des logiques passionnelles particulièrement débattues en cette fin du XVIIe siècle, efface la frontière entre le monde contemporain du public et le monde merveilleux représenté. Quinault expérimente ainsi toutes les sortes de surprise répertoriées comme des éléments essentiels pour la conception d’une œuvre poétique réussie. Mais le soin qu’il prend pour assurer la bonne réception de ses pièces par le public élève la surprise à une nouvelle dimension, que les théoriciens n’avaient pas envisagée. Si la réflexion du dramaturge n’est jamais véritablement déclarée, sa pratique de la surprise structure en effet son théâtre, définit ses enjeux et nourrit sa poésie. Elle contribue fondamentalement à faire de chaque pièce un spectacle total, constamment pensé, pour lequel sont convoquées les ressources de la théâtralité. La surprise est ainsi au centre de l’hommage que Quinault entend rendre au pouvoir du théâtre.