Un pays nommé désirs : définition et étude du concept de désir de citoyenneté dans le Canada contemporain.

par Géraldine Cougnoux

Thèse de doctorat en Études nord-américaines

Sous la direction de Jean-Claude Redonnet.

Thèses en préparation à Paris 4 , dans le cadre de École doctorale Civilisations, cultures, littératures et sociétés (Paris) depuis le 01-11-2001 .


  • Résumé

    La diversité ethnoculturelle est une réalité incontournable dans les démocraties occidentales. Les effets de cette nouvelle diversité sur la citoyenneté et les identités nationales posent question : l’adaptation des institutions et des sociétés à l’évolution de cette diversité provoque des débats intenses, et parfois violence et exclusion. Le Canada présente un cas particulièrement intéressant à cause de la complexité de sa diversité d’une part, et de son apparent succès dans la gestion des relations entre majorité et minorités, d’autre part. La diversité canadienne est particulière, même si elle n’est pas unique, puisqu’elle est à la fois multiculturelle et plurinationale. Cette diversité complexe donne lieu à ce qui est appelé dans la thèse de « Grandes inquiétudes », liées principalement au mouvement séparatiste québécois, au nationalisme autochtone et aux tensions émanant des différences culturelles avec les minorités issues de l’immigration. On postule que ces Grandes inquiétudes sont le résultat de tensions entre peur de la fragmentation d’un côté et « désirs de citoyenneté » de l’autre. Plutôt que d’envisager la problématique de la diversité sous l’angle des politiques purement identitaires ou du conflit social, la thèse propose d’envisager que les revendications minoritaires à l’égard de la société et des institutions canadiennes, qui paraissent être dirigées contre cette dernière, sont en fait l’expression d’un désir de citoyenneté, c’est-à-dire d’un désir de participer pleinement à la vie de la sociale et politique canadienne et de contribuer au projet canadien. Dans le droit fil de l’interdisciplinarité qui caractérise le champ des Études canadiennes, la thèse propose une définition du concept transdisciplinaire de « Désir de citoyenneté » et son analyse, fondée sur 11 entrevues avec des Canadiens issus des trois grands groupes minoritaires et sur les outils d’analyse puisés dans la philosophie politique, la psychologie sociale et les études post-coloniales. En adoptant une démarche inductive, ce travail espère apporter un élément constructif au débat sur la diversité et la citoyenneté canadienne, en partant de l’observation et de l’analyse de sources primaires afin de donner une définition heuristique du concept de désir de citoyenneté. A la lumière de cette analyse, la thèse propose les conclusions suivantes : le discours séparatiste et la tension politique qui a accompagné son émergence sur la scène politique au Canada a eu pour effet de masquer le désir d’une majorité de Québécois, pour qui une forte identité québécoise et des mesures d’exception pour le Québec ne sont pas incompatibles avec une appartenance fédérale et une identité en partie canadienne. L’enjeu réel du désir de citoyenneté autochtone et des inquiétudes qu’il suscite est la finalisation de la décolonisation, soit une redéfinition de l’espace autochtone au sein du Canada, tant sur le plan territorial et politique que symbolique, et non la séparation ni le rejet. Les revendications des minorités issues de l’immigration sont avant tout l’expression d’un désir d’intégration, qui implique la possibilité de la réalisation de soi. L’analyse de chacune des Grandes inquiétudes canadiennes permet de confirmer en partie qu’elles émanent toutes trois d’une tension entre un désir d’autoréalisation et un désir de statu quo, ou entre un désir de changement et un désir de stabilité. Le désir de citoyenneté est donc un concept à la charnière des différentes théories de la citoyenneté, qui les rappelle à un fondement commun : le désir. Il réintroduit la possibilité de prendre en compte la complexité de l’expérience humaine dans la formulation de principes du vivre-ensemble par les démocraties libérales. Le concept de désir de citoyenneté pourrait contribuer à ce que l’exercice politique reste, ou redevienne, une forme d’humanisme.

  • Titre traduit

    A country named desire : definition and analysis of the concept of desire for citizenship in contemporary Canada


  • Résumé

    Ethno-cultural diversity has become the social and political reality of Western democracies. The effects of that diversity on the idea of citizenship and national identity raises new questions: as institutions struggle to adapt to its new circumstances, debates, tensions, and sometimes violence arise. Canada constitutes a particularly interesting case study because of its complex diversity on the one hand and because of its apparent success in dealing with the tensions between majority and minorities on the other hand. Diversity in Canada is twofold, as it is both multicultural and plurinational. It gives rise to what is called in this work the “grand Canadian preoccupations” linked to Québec separatism, Native nationalism and ethno-cultural diversity. This thesis contends that these Grand preoccupations are the result of a conflict between a fear of fragmentation in the majority and a desire for citizenship amongst minorities, that is to say a desire to be included into the Canadian project. In order to define and analyze the concept of desire for citizenship, this work uses analytical tools developed in political philosophy, social psychology and post-colonial studies, as well as 11 interviews with Canadian participants. Through an inductive approach, the concept of desire for citizenship is asserted as a useful theoretical tool to take into account the complexity of human desire in the study of diversity and citizenship.