Les processus de transmission inter-generationnelle de l'histoire traumatique : le cas de la turquie à travers les histoires de famille

par Zeynep iclal Incioglu

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Vincent de Gauléjac.

Thèses en préparation à Paris 7 depuis le 22-04-2010 .


  • Résumé

    Comment l'histoire est-elle parlée dans les familles? comment est-elle racontée, transmise et reconstruite d'une génération à l'autre? quelles sont les représentations du passé et les émotions qui les accompagnent? quels sont les processus à l'œuvre dans la transmission, surtout dans son versant négatif, c'est-à-dire en cas de défaillance ou d'absence de transmission? lorsque l'histoire socio-politique comporte des épisodes de ruptures traumatiques à répétitions, quelles traces celles-ci laissent dans la mémoire familiale ? quel est le poids du silence ? comment s'opère la transmission selon que la famille et l'individu sont directement ou indirectement impliqués dans ces expériences? notre recherche prend donc appui sur la question générale de l'articulation entre la grande histoire et l'histoire individuelle et familiale. elle tend ainsi à réfléchir sur la manière dont l'histoire sociale fait irruption dans les histoires familiales et singulières ainsi que sur la manière dont l'individu contribue à la création de cette histoire. nous proposons d'explorer ces questions dans le contexte turc qui, par rapport à notre interrogation, semble présenter un terrain d'observation et d'analyse intéressant où s'articulent les enjeux psychiques, sociaux, politiques et historiques. en effet, l'histoire contemporaine turque depuis le début du 20ème siècle comporte de nombreuses épisodes traumatiques, au sens d'une rupture existentielle de sens dans la vie des sujets et des unités sociales dont ils participent. cependant, malgré l'intérêt de plus en plus croissant que suscitent ces questions actuellement, l'histoire a pendant longtemps été l'objet de silence et d'oubli non seulement à l'échelle de la société mais aussi dans des familles qui, pourtant pourraient être considérées comme les premiers vecteurs de la transmission. s'agit-il de l'oubli en effet ? quels pourraient être les processus psychiques et sociaux en jeu dans cette défaillance? nous évoquons dans un premier lieu l'hypothèse du refoulement, processus éminemment individuel et inconscient tel qu'il a été élaboré par la psychanalyse, qui pourrait cependant prendre un caractère pour ainsi dire collectif à partir du moment où le refoulement serait imposé par les exigences de la culture ou de l'histoire. pour étudier cette rencontre entre le psychique et le social, le concept d'imaginaire social semble représenter une entrée théorique intéressante. il nous permettrait en effet de penser les fondements imaginaires sur lesquels s'est construite la société turque à travers le projet républicain mis en place en 1923. dans la continuité de cette perspective psychique-social-historique, notre cheminement se poursuit dans la dimension politique pour mieux comprendre la constitution du modèle de l'etat-nation et le principe de l'unité que celui-ci vise à instaurer. nous proposons ainsi de nous interroger sur le lien entre le principe d'unité et la violence dont le système politique serait porteur, s'exerçant en particulier sur des individus qui ne s'inscrivent pas de cet idéal de l'homogénéité. enfin, nous orientons notre réflexion sur le traumatisme, non seulement psychique mais aussi social et politique dans la mesure où celui-ci peut être considéré comme une conséquence de la violence et engendrait des effets sur le processus de transmission de l'histoire. nous prétendons ainsi nous situer dans une démarche complexe et pluridisciplinaire où plusieurs dimensions se rapportant à diverses disciplines sont sollicitées au service d'une question initiale qui concerne la transmission de l'histoire entre les générations dans le contexte turc. cependant, notre approche épistémologique se fonde essentiellement sur l'interdépendance existant entre le psychique et le social tel qu'elle est prônée par l'approche de la sociologie clinique. sur le plan méthodologique, l'approche clinique dans laquelle nous nous inscrivons privilégie des entretiens individuels semi-directifs. ceux-ci prennent forme d'histoires de vie auprès d'individus appartenant à trois générations contemporaines de périodes de ruptures qui ont marqué l'histoire du pays. l'entretien auprès des sujets, nés et ayant grandi en turquie et y habitant actuellement, consiste à recueillir leurs expériences personnelles et familiales en lien avec la problématique qui nous intéresse. dans un deuxième temps, un dispositif de groupe est mis en place afin de travailler collectivement le lien que les sujets établissent entre leur histoire individuelle, familiale et les histoires sociales dans lesquelles ils sont impliqués.


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