Les Arméniennes de l'Empire ottoman à l'école de la France (1840-1914) : stratégies missionnaires et mutations d'une société traditionnelle

par Paulette Coutant (Houbouyan)

Projet de thèse en Histoire et civilisations

Sous la direction de Claire Mouradian.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 06-11-2007 .


  • Résumé

    A travers l’étude de l’éducation des jeunes Arméniennes, ce travail permet d’éclairer les évolutions culturelles et sociales d’une des minorités de l’Empire ottoman, avant sa disparition lors du génocide de 1915. Au début du XIXe siècle, les missionnaires protestants américains furent les pionniers dans la formation féminine au moment où les élites arméniennes se montraient aussi soucieuses du progrès de la nation par l’instruction. Les congréganistes catholiques français présents depuis des siècles auprès des chrétiens orientaux cherchent à réagir face à cette vigoureuse concurrence. Ils font appel à des religieuses des provinces de France, capables de s'adapter à des situations précaires. Pénétrer dans les familles, former la jeune fille, future mère, c'est permettre l'enracinement d'une culture catholique de tradition française. Le cadre chronologique, allant de 1840 à 1915, englobe la période de la présence des missions féminines dont l’action a été moins étudiée que celle des ordres masculins. La recherche s'appuie sur des archives publiques (diplomatiques et nationales) et surtout religieuses des ordres concernés (Dames de Sion, Franciscaines de Lons-le-Saunier, Oblates de l’Assomption, Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, Sœurs de Saint-Joseph de Lyon, Capucins, Frères des Ecoles chrétiennes, Jésuites à Vanves et à Rome, Œuvres Pontificales missionnaires à Lyon), le plus souvent inexploitées, ainsi que sur la presse et les témoignages d’époque. Piliers des établissements catholiques français des zones rurales, en Anatolie orientale, mais aussi de ceux des grandes métropoles, de nombreuses Arméniennes acquièrent très jeunes une double culture franco-arménienne devenant ainsi des médiatrices pour la pénétration du savoir et de la culture de la France dans les établissements, et au-delà dans la société de l’Empire ottoman finissant. Des thèmes d’une portée plus générale sont abordés : les stratégies des religieux pour s’implanter et durer en terre musulmane face au frein du pouvoir ottoman et des Eglises nationales, l’évolution du statut de la femme et sa professionnalisation en Orient, l'éclosion d'élites féminines ouvertes à la modernité. En 1920, une page se tourne avec la destruction des écoles missionnaires en Anatolie, en même temps que l'extermination des chrétiens dans cet espace.

  • Titre traduit

    The Armenians of the Ottoman Empire at the School of France (1840-1915) : missionary strategies and changes from a traditionel society


  • Résumé

    Throughout the study of the education of young Armenian girls, this piece of work allows light to be thrown on the cultural and social evolution of one of the minorities of the ottoman Empire, before its disappearance after the genocide of 1915. At the beginning of the 19th century, the American Protestant missionaries were pioneers in guidance of young women at the moment when the Armenian elite showed itself equally concerned about the nation's progress through education. The French Catholic Congregationallsts, present for centuries with the Eastern Christians, are trying to react to this vigorous competition. They made an appeal to nuns from the provinces of France who were capable of adapting themselves to precarious situations. To engage with the families, shape the young girl, a future mother, is to allow the implanting of catholic culture with the French tradition. The chronological framework, from 1840 to 1915, covers the whole period of presence of female missions whose actions were less studied than those of male orders. The research relies on the public archives (diplomatic and national) and above all religious from the relative orders (Ladies of Sion, Franciscaines of Lons-le-Saunier, Oblates of the Assumption, Sisters of St Joseph of the Apparition, Sisters of St Joseph of Lyon, Capucines, Brothers of Christian schools, Jesuits at Vanves and in Rome, missionary Pontifical works at Lyon), the most frequently unexploited along with the press and witnesses of the time. Pillars of the French Catholic establishments in rural areas in western Anatolia but also those of large metropolitan areas, very many Armenian women acquired a dual Franco-Armenian culture, becoming in this way the vehicles for the absorption of French knowledge and culture in the establishment, and further into the society of the Ottoman Empire which was coming to the end. Some themes of a more general view are tackled : the strategies of monks and nuns to implant themselves and last in Muslin territory faced with the restrictions of Ottoman power, the blossoming of elite young girls open to modernity. In 1920, a page was turned with the disappearance of missionary schools in Anatolia at the same time as the disappearance of Christians in this place.