L'invention de l'antique dans le cinéma italien moderne : la poétique des ruines chez Federico Fellini et Pier Paolo Pasolini

par Anne-violaine Houcke

Thèse de doctorat en Études cinématographiques et audiovisuel

Sous la direction de Laurence Schifano et de Jean-Loup Bourget.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Lettres, langues, spectacles (Nanterre) depuis le 06-12-2007 .


  • Résumé

    Le néoréalisme – et notamment le cinéma de Roberto Rossellini – a montré à quel point l’Italie sortait ruinée de la Seconde Guerre mondiale. À la théâtralité fasciste et à la rhétorique grandiloquente de la romanità succède une attention nouvelle portée à l’humilis et, corollaires de cet « amour pour la réalité » (expression de Pasolini, à propos de Rossellini et de Fellini), de nouvelles pratiques cinématographiques. Cette recherche a pour ambition de mettre en regard deux cinéastes généralement considérés comme antithétiques, avec pour fil directeur « l’invention de l’antique », afin de mettre en évidence l’existence d’un horizon commun, qui trouve son origine dans deux réalités historiques : d’un côté le rejet de l’Antiquité fasciste, de l’autre la résistance à la fuite en avant contemporaine. L’« antique », entendu conceptuellement comme matrice de résistance (donc non limité aux bornes historiques assignées à l’Antiquité), est ici pris dans un jeu dialectique et dynamique avec l’idée de modernité, puisqu’il s’agit de déterminer comment une modernité esthétique a pu s’inventer et s’expérimenter contre, ou tout contre, une autre modernité – sociale, économique, politique. Fellini plonge dans l’univers chaotique et placentaire de la création en studio. Pasolini, à l’inverse, se déplace toujours plus loin du centre, à la rencontre de nouveaux corps, et de nouvelles terres à arpenter. Dans les deux cas pourtant, il s’agit d’en passer, de manière poétique, par deux disciplines que l’après-guerre n’accepte pas plus que le fascisme – la psychanalyse et l’ethno-anthropologie – pour mettre au jour des survivances, pour porter à la lumière ce que la modernité refoule, et « fictionner » à partir de ces fragments. L’invention sera donc d’abord entendue au sens archéologique du terme (impliquant repérages, découverte, mise au jour). Elle sera aussi entendue au sens poétique de l’« œuvrement » à partir des fragments, mettant en évidence des affinités électives entre l’Antiquité et le cinéma.

  • Titre traduit

    The invention of antiquity in modern italien cinema : the poetics of ruins in Federico Fellini’s and Pier Paolo Pasoloni’s works


  • Résumé

    Neorealism in general, and Roberto Rossellini’s works in particular, portray post-WW2 Italy as a country in ruins, both literally and metaphorically. Fascist theatricality and the pompous rhetoric of the romanità are abandoned, and a new focus is given to humilis – “loving reality” in the words of Pasolini commenting on Rosselini’s and Fellini’s works – and the new film practices that stem from it. In this dissertation, I compare two film makers who are usually put in systematic opposition to each other, and show how their works actually have common characteristics when analysed from the perspective of what I call “the invention of Antiquity”. From two distinct points in history, they not only reject the fascist interpretation of Antiquity, but also resist modern Italy’s race to progress. Here the concept of “Antiquity” is defined as a form of resistance, which as such transcends its traditional historical boundaries. It is involved in a dynamic dialogue with the idea of modernity, so as to show how a form of aesthetic modernity gets invented and put into practice as a reaction against a different form of social, economic and political modernity. Fellini delves into the chaotic and womb-like world of film studios, while Pasolini moves further and further away from the centre, in search of new bodies to discover and new lands to walk. Yet they must both find a poetic way of dealing with disciplines that post-WW2 Italy rejects as much as fascism – psychoanalysis and ethno-anthropology. For both of them, the aim is to uncover relics of the past, to shed light on those elements repressed by modernity, and create fictions” out of these fragments. The term invention is thus first intended in its archaeological meaning (i.e. locating, discovering, uncovering). It is then used in a more poetic sense, as an act of “crafting” out of fragments, which highlights specific connexions between the world of antiquity and the world of films.