Politiser l'altérité, reproduire l'inégalité. : genre, ethnicité et oppositions aux activités minières dans les Andes nord-péruviennes.

par Kyra Grieco

Projet de thèse en Anthropologie

Sous la direction de Carmen Salazar-Soler.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 03-12-2010 .


  • Résumé

    Cette thèse analyse les transformations des rapports sociaux liées au développement minier contemporain du nord Andin péruvien, qui ont donné lieu à une politisation des relations ethniques et de genre dans les mobilisations d'opposition aux activités extractives. Elle aborde cet objet à partir d’une ethnographie de la région Cajamarca, une des principales zones d’investissement minier à l’échelle nationale depuis 1992, et du réseau militant qui depuis 2011 s’oppose à la mise en place du projet Minas Conga. Le travail de recherche se situe à la croisée d’une ethnographie de l’activité militante et d’une sociohistoire des catégorisations ethniques ; il adopte à cette fin une approche féministe intersectionnelle et décoloniale. Réalisé entre 2011 et 2013, le travail de terrain a permis de saisir la façon dont le développement minier régional reconfigure les rapports productifs qui engendrent des nouvelles formes de différentiation sociale et de nouvelles alliances trans-sectorielles et multi-scalaires. L’enquête réalisée auprès des militants locaux a mis en évidence la politisation des identifications ethniques et de genre dans les mobilisations d’opposition aux activités minières, ainsi que la reproduction des hiérarchies sociales qu’elles sous-tendent. Les trajectoires militantes et les enjeux nationaux du conflit ont éclairé un processus de réorganisation politique et de réappropriation de l’état par le bas. Finalement, l’analyse des représentations du conflit circulant dans l’espace public national et médiatique international pendant la période 2013-2016 permet de saisir les éléments de continuité et de rupture dans les imaginaires de l’altérité. En émerge notamment, en lien avec l’expansion des activités extractives et des mobilisations sociales, une reconfiguration de la catégorie d’« indigène » et du régime d’altérité nationale dont il relève.


  • Résumé

    This thesis analyses the transformation of social relations connected to the recent development of mining activities in the northern Peruvian Andes, which has given rise to a politicisation of ethnic and gender relations in social movements opposing extractive activities. It approaches this topic through an ethnography of the Cajamarca region, one of the main areas of national mining investment since 1992, and the militant network that has opposed the implementation of the Minas Conga mining project since 2011. The research method employed combines an ethnography of activism with a socio-history of ethnic categorisation, and adopts to this end an intersectional, decolonial feminist approach. Fieldwork research carried out between 2011 and 2013 provided insights into the ways in which regional mining development can reconfigure productive relations, creating new forms of social differentiation as well as new trans-sectorial and multi-scalar alliances. A focus on local militants has revealed the politicisation of ethnic and gender identifications in mobilisations against mining activities, as well as the reproduction of underlying social hierarchies. Activist trajectories and the national stakes of the conflict shed light on a process of political reorganisation and appropriation of the state from below. Finally, the analysis of activist representations circulating in the national public space and international media between 2013 and 2016 reveals the elements of continuity and rupture in the representation of Otherness. What emerges in particular, within the context of expanding extractive activities and social mobilisations, is a reconfiguration of the category of “indigenous” and the national regime of otherness from which it derives.