Les mythologies matérielles de l'Art Brut (1945-1976) : dimensions, matériaux et processus créateurs à l'œuvre

par Pauline Goutain

Projet de thèse en Histoire de l'art


Sous la direction de Fabrice Flahutez et de Jill Carrick.

Thèses en préparation à Paris 10 en cotutelle avec Carleton university (Ottawa) , dans le cadre de Ecole doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent (Nanterre) , en partenariat avec Histoire des arts et des représentations (Nanterre) (laboratoire) depuis le 14-12-2010 .


  • Résumé

    L'Art Brut est un concept inventé par le peintre français Jean Dubuffet en 1945 pour désigner des œuvres faites par des artistes non professionnels, autodidactes et isolés en contextes rural, psychiatrique voire carcéral. De 1947 à 1976, avec l'aide de la Compagnie de l'Art Brut, il collecta, présenta et documenta ces œuvres dans le but de remettre en question le goût et les valeurs de son époque. Faites le plus souvent à partir de médias non achetés dans des commerces d'art, leur matérialité questionne les catégories artistiques, les pratiques conventionnelles de l'art, ainsi que l'accrochage muséal. Cette thèse s'attache à montrer en quoi le processus créateur, les matériaux, et les dimensions des œuvres collectées par Dubuffet et ses compagnons ont servi à construire un « mythe », au sens barthien du terme, dans le contexte de l'après Seconde Guerre mondiale. Nous montrons que les matériaux « pauvres », les formats extrêmes – très petits, très grands, informes – ont supporté l'idée fantasmatique d'un art « brut », « hors-norme », « anti-culturel » et « autre ». Notre travail réinscrit, d'autre part, le projet de l'Art Brut dans l'histoire des avant-gardes dans le but d'en montrer la spécificité et la portée politique. Nous mettons enfin en avant en quoi les formats des œuvres collectées ont amené à une réforme de l'espace muséal. La Collection de l'Art Brut, ouverte en 1976 et conçue spécifiquement en fonction de la matérialité des œuvres, se présente comme un modèle muséal à part.

  • Titre traduit

    Art Brut's Material Mythologies (1945-1976) : dimensions, Materials and Creative Processes


  • Résumé

    Jean Dubuffet coined the term Art Brut in 1945 to designate artworks made by untrained and non-professional artists. Between 1945 and 1976, with the help of the Compagnie de l'Art Brut, he constituted and exhibited an important collection made of thousands of artworks – the Collection of Art Brut, which was donated to Switzerland in 1976. Art Brut artworks were collected in psychiatric hospitals, rural contexts, or jails. Some are made with second-hand materials, most of them differ from the academic canons, and their uncommon aspect – very large, very small, and formless – questions the artistic norms. This research demonstrates that the materiality of these artworks has been the support of an avant-gardist project and a myth in the context of the post Second World War. They serve Dubuffet's subversive discourse and his fantasy to transform the art and the society of his time through artworks made outside the "cultural" sphere. They also serve the myth of an art « poor », « humble », « natural » and « raw ». In addition to that, this thesis highlights how the sizes of these artworks have changed museum space and display. Unprecedentedly, the Collection de l'Art Brut was conceived according to the materiality of artworks, leaving space to welcome rolls of more than 5 m.