Le sujet atteint d'ideal

par Sarah Grizivatz

Projet de thèse en Psychologie

Sous la direction de Christian Hoffmann.

Thèses en préparation à Paris 7 depuis le 20-04-2010 .


  • Résumé

    Le déclin social de l'imago paternelle, tel que lacan le prophétisait dès 1938, est désormais rebattu comme une vieille antienne dont les effets déflagrateurs n'ont cessé, depuis, d'interroger la clinique. plus que jamais aujourd'hui, la personnalité du père réel apparaît comme étant résolument toujours carente en quelque façon, absente, humiliée, divisée ou postiche et la loi symbolique est fragilisée. or, si le père ne fait plus autorité, dans la mesure où c'est lui qui vient non pas interdire mais promouvoir la mise en place du désir en assignant une limite à la jouissance, il ne reste que des figures idéales appelées par le sujet pour fonctionner comme impossible afin de soutenir quelque chose de la fonction du désir. ces figures idéales viendraient donc, dans un glissement du symbolique vers l'imaginaire, suppléer la carence de la fonction paternelle. mais à se mesurer ainsi à l'hydre de référents parfaits , le sujet ne se meut dorénavant plus que dans l'espace réduit à la peau de chagrin que lui laisse l'enflure imaginaire. quand bien même son désir est vif, il est par avance discrédité par un statuaire du songe si élevé qu'il ne peut s'appréhender qu'en tout ou rien, déjetant le sujet dans l'insuffisance. tout ou rien : ne serait-ce pas, alors, l'autre nom des marraines sinistres installées au berceau du névrosé, l'impuissance et l'utopie , celles-là même qui, à le maintenir captivé, enferment son ambition . quand le rouleau phallique n'est plus en pierre, le sujet, claustré dans la bouche du crocodile maternel, doit constamment recourir à une entreprise de consolidation du symbolique par l'imaginaire. le désir de la mère ne refermera donc pas son clapet mais, alors que le père aurait du indiquer une limite à ne pas franchir pour autoriser ce qui n'est pas prohibé, donnant ainsi accès à la jouissance sexuelle, le sujet devient serf de l'impossible. si l'idéal et les nombreuses figures par où il s'incarne viennent à fonctionner pour le sujet comme tenant lieu de limite là où la fonction paternelle est défaillante, l'analogie avec la question de la phobie n'est pas loin. le sujet atteint d'idéal dresse un mur aveuglant qui le fascine là où le phobique se fabrique des tigres de papier. l'un a la chose aux trousses tandis que l'autre court après elle. entre l'irruption dans la réalité du dieu pan de la phobie, terreur dérisoire mais objectivée et le chant des sirènes de l'idéal se tisse la ténuité d'une frontière, celle qui semble séparer le sublime de l'horreur et les rassemble pourtant dans un même mouvement. peur et captivation sont l'avers et le revers d'une même monnaie qui, dans le cours de l'économie névrotique d'un sujet, le plonge dans l'imaginaire. le phobique et le serf de l'idéal sont donc essentiellement en quête d'un support à construire dans l'autre pour assurer leur subsistance de sujet, un bord appelé par le recours à l'image dans sa fonction radicale de cernement et de discernement de l'objet, à savoir le moi idéa . que nous enseigne le petit hans, si ce n'est que « c'est au moment où le désiré se trouve sans défense à l'endroit du désir de l'autre menaçant i - a-, le rivage, la limite, que l'artifice éternel se reproduit, que le sujet se ressaisit et apparaît comme enfermé dans la peau de l'ours avant de l'avoir tué. mais c'est en réalité une peau de l'ours retournée, et c'est à l'intérieur que le phobique défend quoi – l'autre côté de l'image spéculaire. par sa magistrale re-nomination et sa quête éperdue de la légende, romain gary ne vient-il pas, à l'instar du sujet phobique, illustrer l'autre face de l'image spéculaire qui ne se réduit pas à sa seule face d'investissement. elle est en effet aussi défense, c'est un barrage contre le pacifique de l'amour maternel. disons simplement que l'investissement de l'autre est, en somme, défendu par le moi idéal , tout comme le phobique défend l'investissement dernier du phallus propre. le petit hans se façonne un blason, un objet fonctionnant comme métaphore du père, pour accéder à une symbolisation du réel de la jouissance qui est resté collé à sa mère. le sujet atteint d'idéal se construit la figure imaginaire d'un père de manière à résoudre ce lien de jouissance à la mère. l'angoisse de l'agoraphobe ne se déclenche-t-elle pas lorsqu'il se confronte à l'abîme architectural, quand il n'y a plus d'obstacle entre lui et le vide ? a ne plus sortir de chez lui pour s'épargner cette angoisse, ne manifeste-t-il pas qu'ainsi au moins il ne dépassera pas les bornes . dans tous ces cas, qu'il s'agisse de l'asservissement à l'idéal ou de la terreur d'un objet, le sacré fait limite pour un sujet dont le père et sa fonction n'ont pas permis qu'il renonce totalement à la jouissance de la mère. la sanction de la relecture lacanienne du cas princeps du petit hans est sans appel : malgré toute la diligence de monsieur graf, il n'y a pas de père réel. or, si à ce dernier est déférée la fonction saillante dans le complexe de castration dont il est l'agent, son absence précipite le sujet dans l'artifice des suppléances. cette atypie, quand elle a lieu, demande alors la substitution au père réel de quelque chose d'autre, ce qui est profondément névrosant . a travers le paradigme actuel de la solution phobique, et en continuant à creuser la veine ouverte par notre précédent travail sur le sujet atteint d'idéal , nous nous proposons donc de questionner ce quelque chose de plus beau et de plus grand qui permet de ravauder la défroque du père, à la recherche du père idéal.


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