La raison sans suffisance : l'anthropologie sceptique de David Hume au siècle des Lumières

par Jean-pierre Grima morales

Projet de thèse en Philosophie (métaphysique, épistémologie, esthétique)

Sous la direction de Frédéric Brahami.

Thèses en préparation à Besançon , dans le cadre de ED 38 - Langage, espace, temps, société depuis le 14-04-2009 .


  • Résumé

    La science de l'homme élaborée par Hume se veut une continuation du geste de Locke: il s'agit de se débarrasser d'une mauvaise métaphysique au profit d'une bonne, c'est-à-dire de se restreindre à la connaissance de l'homme, dans son immanence propre. Ce souci anthropologique est commun à bien des penseurs du dix-huitième siècle. Pourtant, la science de l'homme que revendique Hume, à travers la pluralité de sens qu'il en dégage (psychologie, épistémologie, histoire, économie-politique, etc.) se présente sous le signe de l'empirisme sceptique. Quel sens faut-il accorder à cette revendication? Si la plupart de ses contemporains, en Grande-Bretagne comme sur le continent, explorent les voies de l'empirisme, la référence au scepticisme joue toujours un rôle mineur, ou propédeutique, suivant en cela la démarche de Descartes et de Boyle. Pourtant Hume insiste sur la spécificité de sa pensée, qui le distingue radicalement des entreprises réductionnistes de son temps: sans chercher à ancrer ses analyses dans une quête des origines qui assurerait un fondement matérialiste ou au contraire spiritualiste aux phénomènes perçus, sa démarche phénoménaliste souligne l'impuissance de la raison classique à fonder à elle seule la science de l’homme. Au travers de la diversité de ses intérêts et de ses champs d'investigations, une même préoccupation se dessine: comment atteindre la certitude dès lors que le principe de raison suffisante est disqualifié? L'insuffisance de la raison s'entend ainsi en un double sens: on ne peut bâtir le savoir sur une rationalité a priori, et le probabilisme qui en découle n'est jamais que le résultat du long travail de sape du siècle antérieur. Dès lors, cette rationalité sans suffisance invite à un autre discours philosophique, plus humble dans ses prétentions, mais plus intelligible dans ses résultats. Loin d’être un simple aveu d’impuissance, le scepticisme humien se veut plutôt le lieu à partir duquel un nouveau projet philosophique peut émerger, celui des sciences humaines, autour d’une nouvelle conception de la rationalité et de ses méthodes. Manifester sa pertinence doit alors nous conduire à un travail comparatif sur l’empirisme des Lumières, au sein duquel l’empirisme sceptique s’intègre et dont il constitue l’un des visages.

  • Titre traduit

    Reason without sufficiency : david Hume's sceptical anthropology in the age of Enlightenment


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