Les cortèges de la fortune : dynamiques sociales et corporelles chez les danseurs de morenada (La Paz, Bolivie)

par Laura Fléty

Thèse de doctorat en Ethnologie

Sous la direction de Jacques Galinier.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent (Nanterre) depuis le 29-10-2007 .


  • Résumé

    Lors de la grande célébration de Jesús del Gran Poder qui mobilise chaque année en Bolivie toute la ville de La Paz, la morenada, danse centrale du rituel, met en scène des personnages aux visages noirs portant de lourds costumes, démesurés et opulents. Ces corps-objets ostentatoires sont mis en mouvement par les danseurs, créant une esthétique complexe de la richesse et de l’abondance. La morenada est exécutée par une population urbaine d’artisans et commerçants issus des flux de la migration indigène aymara, qui construisent laborieusement une réussite socio-économique leur permettant de s’imposer en ville. A travers une ethnographie des pratiques corporelles des danseurs de morenada pendant la préparation et la réalisation de la performance, ce travail montre comment la danse peut être un outil de compréhension des processus de reconfiguration des positions individuelles et des identités collectives. En effet, dans l’espace de la morenada, les représentations et pratiques économiques, corporelles et dévotionnelles interagissent pour se transformer mutuellement. Plus largement, ce travail interroge la manière dont dynamiques corporelles et sociales concourent à inventer un rapport singulier à la prospérité : la danse n’est pas seulement le registre expressif de la réussite urbaine, elle en est sa mesure et sa condition.

  • Titre traduit

    The parades of wealth : social and bodily dynamics among morenada dancers (La Paz, Bolivia)


  • Résumé

    In Bolivia, the great celebration of Jesús del Gran Poder, mobilizes every year the entire city of La Paz. The morenada, main dance of this ritual, stages characters with black faces, wearing heavy, opulent and disproportionate costumes. These ostentatious body-objects are moved by the dancers, creating an intricate aesthetic of wealth and abundance. The morenada is performed by an urban population of artisans and traders of rural Aymara background. They painstakingly build the socio-economic success that allows them to establish themselves in town. Based upon an ethnography of the morenada dancers’ bodily practices, during the preparation and realization of their performance, this work intends to show that dance can be a powerfull tool for understanding how individual positions and collective identities are constantly reshaping. Indeed, in the space of morenada, economic, bodily and devotional beliefs and practices, interact to transform each other. At a broader scale, this work questions the way bodily and social dynamics contribute to invent a specific relationship to prosperity: dance is not only the expression of urban success, but its measure and condition.