Crises et renouveaux du geste hagiographique. Le cas des Vies de Jeanne de Chantal (1642-1912)

par Marion De Lencquesaing

Thèse de doctorat en Littératures française et francophone

Sous la direction de Sophie Houdard.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris) (établissement de préparation) et de Formes et idées de la Renaissance aux Lumières (2005-... ; Paris) (laboratoire) depuis le 22-07-2011 .


  • Résumé

    Ce travail de thèse a pour objet l’historicité conflictuelle d’un objet qui n’a jamais vraiment été étudié d’un point de vue littéraire : la littérature hagiographique de l’époque moderne. En nous séparant de la lecture institutionnelle qui est souvent celle de la critique, nous voulons la dégager de son utilisation comme moyen de contextualisations historiques ou anthropologiques. Au sein des écrits de la période moderne, l’hagiographie n’est pas simplement l’ « autre discours » de l’historiographie, comme le disait Michel de Certeau. Au lendemain du concile de Trente, les biographies d’une candidate à la sainteté comme Jeanne de Chantal (1572-1641, canonisée en 1767) sont l’occasion de réfléchir sur ces nouveaux écrits, qui présentent des structures qui se stabilisent et des éléments topiques qui renvoient à une tradition d’écriture préexistante. Qui sont les auteurs de ces textes ? Dans quelles conditions les rédigent-ils et pour quel public ? Quels en sont les enjeux ? En pleine crise moderniste, la condamnation par la Congrégation de l’Index de la dernière Vie importante de la figure, la Sainte Chantal de Bremond (1912), sera notre point de vue : Bremond revendique paradoxalement une forme de nouveauté par un retour au XVIIe siècle, visible dans la filiation exhibée de son propre texte à celui de la première biographie, les Mémoires de Françoise-Madeleine de Chaugy (1642). Ce geste construit alors, comme malgré lui, une histoire diachronique des Vies de Jeanne de Chantal, dont les mutations en font un « cas » de la littérature hagiographique française et permettent de voir qu’écrire la Vie d’un saint, c'est à chaque fois rejouer ce qu’est la sainteté.

  • Titre traduit

    Crises and renewals of the Hagiographic Literature : the case of Jeanne de Chantal’s Lives (1642-1912)


  • Résumé

    The hagiographic literature from the Early Modern Period has never been studied as a plain literary issue. Departing from the institutional reading of a major part of the critics about hagiography, the hagiographic literature must be considered apart from its historical and anthropological contextualisations. Hagiography is not only the “other one” of historiography, as Michel de Certeau said. In the wake of the Trent Council, the biographies of a candidate to sanctity like Jeanne de Chantal (1572-1641, canonized in 1767) allow us to consider these new writings which show newly built structures and topical elements of a former writing tradition. Who wrote these texts? How have there been written? For whom? What were there main issues? Our point of view will be the last major Life of Jeanne de Chantal (1912), convicted by the Congregation of the Index, in the middle of the Modernist Crisis. The return to the first biography of the heroine, the Mémoires of Françoise-Madeleine de Chaugy (1642), is a paradoxical way for Bremond to claim the originality of his approach. A diachronic history of Jeanne de Chantal’s Lives can be seen through this operation. Their mutations make them a “case” of French hagiographical Literature: writing the Life of a saint is always defining what is sanctity again.