L'évolution de la condition féminine chez les musulmanes d'origine indienne (gujaratie) à la réunion, de la seconde moitié du 19e siècle à nos jours.

par Soraya Dodat

Projet de thèse en Anthropologie

Sous la direction de Bernard Champion.

Thèses en préparation à La Réunion depuis le 01-10-2010 .


  • Résumé

    La réunion a connu plusieurs vagues de migrations asiatiques, dont celle des gujaratis dès 1850. a travers cette catégorie de migrants indo-musulmans, je m'intéresse aux relations de genre définies par la migration d'un pays sous domination britannique à une colonie française, dans un contexte où la place de la femme est au cœur de la conservation de l'identité religieuse. la migration des femmes gujaraties est plus tardive que l'immigration masculine et ne s'intensifie qu'au 20e siècle, ce qui joue un rôle clef dans les rapports à la société créole. dans la seconde moitié du 19e et au début du 20e siècle, l'immigration gujaratie vers la réunion est essentiellement constituée d'hommes jeunes et célibataires, ou mariés mais émigrant seuls. l'immigration féminine s'intensifie à partir du 20e siècle ; puis, à la départementalisation de 1946, succède une grande vague de regroupements familiaux. les épouses indiennes et leurs enfants rejoignent le chef de famille à la réunion. les hommes gujaratis qui émigrent au 19e siècle et qui se destinent au commerce, ont pour langue maternelle le gujarati. leur stratégie d'insertion dans la société créole consiste alors à contracter des alliances avec des femmes d'autres communautés, qui pourront les initier au mode de vie de l'île. il n'est pas rare que naissent des situations de bigamie, où les indiens, déjà mariés dans leurs villages d'origine avant la migration, prennent une seconde épouse à la réunion. ces seconds mariages avec des réunionnaises permettent aux hommes de se familiariser davantage avec la société créole. ils sont directement en contact avec celle-ci, et s'accoutument à leur nouvel environnement, en ajoutant aux liens commerciaux des liens conjugaux et affectifs. ainsi, si l'esprit pionnier se développe et se renforce chez les hommes, les femmes indiennes restent en marge de l'aventure culturelle et entrepreneuriale. ce décalage dans les époques de migrations et dans le mode d'insertion donne naissance à des modèles d'acculturation et d'intégration divergents. a leur arrivée en effet, les indiennes se tiennent en retrait par rapport à leur société d'accueil. elles conservent davantage un mode de vie 'indien', se fréquentent entre indiennes du même village ou de villages proches, voire de la même famille. de plus, un contrôle social important s'exerce alors sur les jeunes filles et sur les femmes, dû aussi bien au poids culturel et religieux qu'au contexte d'une société post-esclavagiste, où le déséquilibre est toujours important entre hommes, en surnombre, et femmes, catégorie numériquement moins importante. aussi les fréquentations des jeunes filles sont-elles très surveillées ; un jeu social de rencontres organisées a pu se mettre en place, dont l'enjeu est la préservation de l'identité du groupe, à travers sa composante religieuse. tout un réseau social encadre la vie et le destin des jeunes filles : elles n'ont guère la possibilité de sortir d'un certain cercle familial et relationnel défini pour elles et qui les contraint. on peut parler de réclusion féminine pour les indo-musulmanes jusqu'à la fin des années 1940. ces dernières observent par ailleurs le pardah, propre à la société indo-musulmane, où pudeur, réclusion et non-mixité sont de rigueur. la non-compromission des femmes gujaraties avec les mœurs créoles semble essentiellement liée à l'histoire des villages d'origine, influencés notamment par l'école de deoband, organe de résistance indo-musulmane face au colon britannique, né en 1867. dans la perspective réformiste deobandi, l'éducation des femmes, futures épouses et mères, ayant vocation à transmettre les valeurs musulmanes et à lutter contre toute influence étrangère, est un enjeu central. elles doivent être avisées de leurs droits et devoirs selon l'islam, afin de devenir de meilleures compagnes et éducatrices. la départementalisation de 1946, la scolarisation rendue obligatoire, l'introduction des nouvelles technologies de l'information et de la communication, la démocratisation des voyages à la réunion, vient bouleverser cet ordre traditionnel, et contribuent à produire de nouveaux modèles féminins. on note un accroissement du travail et de l'activité féminins hors du foyer ; de plus en plus de femmes partent étudier hors de l'île. on relève également l'apparition de formes d'exogamie féminine dès la seconde partie du 20e siècle ; de nouvelles conceptions de la féminité et de la maternité s'ensuivent, ainsi que de l'application de la loi islamique – la question des rapports de genre, ou encore de l'héritage, sont ainsi réexaminés par les indo-musulmanes réunionnaises. la communauté indo-musulmane de l'île, traditionnellement organisée selon un modèle patriarcal, rencontre de profondes mutations. ce sont ces nouvelles formes de féminités des indo-musulmanes réunionnaises, et la redéfinition des rapports de genre et des rapports communautaires qui en découlent, que nous nous proposons d'étudier.


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