Les visual studies : un champ indiscipliné

par Isabelle Decobecq

Thèse de doctorat en Histoire de l'art

Sous la direction de Daniel Dubuisson et de Martial Guédron.

Thèses en préparation à Lille 3 , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'homme et de la société (Villeneuve d'Ascq) depuis le 01-10-2010 .


  • Résumé

    Voilà plus d'une génération que les visual studies ont entrepris de bousculer procédures scientifiques et organigrammes universitaires, dans le monde anglo-américain d’abord, puis à l’échelle planétaire. Jouant la porosité des champs du savoir, ce courant de recherches fonctionne à la manière d’une interface où s’échangent et se combinent les charges théoriques et critiques de l’histoire de l’art, du post-structuralisme, des études culturelles et autres area studies, offrant un lieu de convergence inédit pour des pensées dispersées. En embrassant l’imagerie démotique autant que savante, en déconstruisant l’axiologie tacite qui sous-tend de tels partages hiérarchiques, et en interrogeant l’idéologie de tout acte de connaissance, les visual studies assument depuis l’origine une position limite, entre discours savant, activité critique et engagement politique. S’ils peuvent apparaître comme une nouveauté radicale, les travaux groupés sous cette bannière sont symptomatiques d’un mouvement plus général de renouvellement des façons de penser les images et la dimension visuelle du sensible. Au moment où les visual studies bénéficient d’une première réception dans l’espace francophone, cette thèse s’attache à en restituer les fondements épistémologiques et les enjeux actuels, en montrant qu’elles ne forment pas un ensemble homogène d’approches ou de pratiques. Car non seulement il n’existe pas de visual studies « en général », mais ce terme unique recouvre trois niveaux de réalité sensiblement dissociés : une formation académique, une somme de travaux empiriques et théoriques, ainsi qu'un vaste métadiscours sur le champ qui nourrit sa propre mythologie. Par souci de clarté, le plan de la thèse désimbrique ces trois niveaux, et plutôt que de définir ce que sont les études visuelles, s’attache à expliquer ce qu’elles font. En se fondant sur l'étude suivie de textes précis, chacune des sections de la thèse envisage donc l'objet visual studies sous l'un de ses différents aspects : historique, théorique, académique, métathéorique, toutes cs dimensions étant coextensives de ce qui constitue les visual studies de façon globale.

  • Titre traduit

    Visual studies : an undisciplined field


  • Résumé

    It's been more than a generation since visual studies started to shake up scientific procedures and academic organizational structures, in the Anglo-American world and on a global scale. Working between and across disciplines, this research trend behaves like an interface where art history, poststructuralism, cultural studies and other area studies can meet and combine their critical strengths. By embracing both demotic and scholarly imageries, laying bare the axiology underlying such divisions, and challenging the ideology pertaining to knowledge itself, visual studies take on many guises, either as a scientific discourse, a critical activity or a form of political commitment. However, though often claiming a form of radical novelty, visual studies’ concerns should rather be considered part of a broader shift in the study of the function of images and visuality in contemporary sciences and societies. As visual studies are starting to work their way in the french scientific landscape, this dissertation will expose their epistemological grounds and current stakes, calling attention to the fact that they do not cohere into a consistent set of shared approaches or practices. First, visual studies « in general » do not exist. Second, the term encompasses three aspects only partly overlapping : an academic formation, a body of empirical and theoretical works, and a thriving metadiscourse endlessly feeding the field’s self-mythology. For the sake of clarity, the dissertation will offer to break down these three components. What’s more, rather than trying to define what visual studies actually are, it endeavors to explain what they do. Mostly based on the close reading of a series of texts, each section of the dissertation hence offers to look at visual studies from a specific viewpoint — historical, theoretical, academic or metatheoretical — all aspects constitutive of visual studies as such.