Construire le passé. La conception de Byzance dans les manuels grecs (1830-1922)

par Aspasia Dimitriadi

Projet de thèse en Histoire et civilisations

Sous la direction de Paolo Odorico.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 27-10-2007 .


  • Résumé

    Le noyau du discours narratif produit par le nationalisme grec et diffusé systématiquement à travers le système éducatif grec est la continuité historique de l’hellénisme depuis les temps archaïques, continuité dans laquelle la période byzantine fut conçue initialement comme une période d’esclavage, tout comme la période macédonienne, romaine, ottomane. Ce schéma, imposé par le regard occidental et selon lequel la Grèce moderne est ressuscitée tel un phénix qui renaît de ces cendres après avoir passé deux millénaires dans un oubli obscur, évolue tout au long du 19ème siècle, selon les nécessités et les aspirations de l’État national et en parallèle avec la valorisation du Moyen-Âge par le romantisme, vers un schéma tripartite qui inclut Byzance comme la période moyenne du narratif national grec. Le travail présent trace la genèse et l’évolution de ce narratif, et plus particulièrement de la place que Byzance y occupe, à travers les manuels scolaires grecs et les textes officiels qui définissent le contenu de ces derniers, tout en examinant en parallèle les conditions idéologiques, géopolitiques et épistémologiques qui ont imposé son absence, son émergence, son intégration et sa valorisation extrême comme matrice du nouvel hellénisme. Il s’agit également d’une étude sur les évènements, les personnages, les symboles de la période byzantine, qui sont apparus, mis en avant, appropriés, réinterprétés ou, au contraire, éludés, pour à chaque fois servir des finalités différentes au cours du processus de la construction idéologique qui aboutit, au 20ème siècle, à une conception stéréotypée de l’Empire byzantin, conception présente jusqu’à nos jours dans l’imaginaire historique grec.

  • Titre traduit

    Constructing the past. The conception of Byzantium in Greek textbooks (1830-1922)


  • Résumé

    The pivotal idea at the centre of the narrative generated by Greek nationalism and systematically propagated through the Greek education system is the historical continuity of Hellenism since the archaic period. Within that continuity, the byzantine period was initially perceived as a period of slavery, just like the periods that Hellenism experienced under Macedonian, Roman and Ottoman rule. That blueprint according to which modern Greece rose back to life from its ashes like a phoenix after having spent some two thousand years in a state of dark oblivion was dictated by Western perceptions. It evolved throughout the 19th century, reflecting the needs and aspirations of the nation state and in parallel with the enhanced value that Romanticism accorded to the Middle Ages, and led to a three-fold layout which includes Byzantium as the middle era of the Greek national narrative. This thesis traces the birth and evolution of that narrative, focusing on the position that Byzantium occupies within it. It is based on Greek school manuals and on the official documents that specify the content of those manuals. At the same time, it examines the ideological, geopolitical and epistemological conditions that resulted into the absence, emergence and integration of Byzantium, as well as into the utmost recognition of its value as a matrix of new Hellenism. This thesis is also a study of events, historical figures and symbols of the Byzantine period which emerged and were either brought to the fore, embraced and interpreted anew or, on the contrary, deliberately silenced in order to serve a multitude of purposes in the context of an ideological construction which led, in the 20th century, to a stereotyped perception of the Byzantine Empire that is still alive today in the historical collective imagination of the Greek people.