Musiques et musiciens en « Pays Mobongo » : fondements musicaux et performatifs des dynamiques interethniques dans les monts du Chaillu (Gabon)

par Magali De Ruyter

Thèse de doctorat en Ethnomusicologie

Sous la direction de Michael Houseman.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent (Nanterre) , en partenariat avec Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative (Nanterre) (laboratoire) depuis le 01-01-2005 .


  • Résumé

    Dans le sud du Gabon et le Congo limitrophe, les Pygmées Babongo constituent un groupe disséminé dont l’homogénéité demeure à démontrer. Ils ont jusqu’à récemment fait l’objet de peu d’investigations scientifiques, vraisemblablement en raison de leur apparente moindre adéquation avec les stéréotypes associés aux Pygmées en Afrique centrale. Fondée sur une ethnographie focalisée sur les monts du Chaillu, cette thèse contribue à leur meilleure connaissance. Le partage, par ces Babongo, des institutions sociales et culturelles de leurs voisins non-pygmées Mitsogo et Masangu invite d’emblée à penser l’analyse en termes de relations interethniques. La thèse s’attache ainsi à caractériser la relation Pygmées/non-Pygmées, qui se distingue de la relation entre non-Pygmées par sa qualité foncièrement bivalente et asymétrique. Deux cadres d’analyse sont mobilisés à cette fin : le « pays mobongo » (sing. de babongo) et la musique principalement rituelle. L’expression analytique « pays mobongo » souligne en termes géographiques le rôle central des Babongo dans la reproduction d’une société pluriethnique malgré leur statut de cadets sociaux. La musique, dont l’expertise est créditée aux Babongo, est envisagée comme un mode de communication articulant un contenu et une relation. Différentes échelles d’observation sont mobilisées : le matériau sonore et ses règles ; la performance ; la performance dans sa récurrence. Ce jeu d’échelles permet de considérer tant la production que la perception de la musique. Il interroge également en termes communicationnels les régimes de plasticité du changement musical. La logique de la relation Pygmées/non-Pygmées émerge quant à elle du plan méta-communicationnel de la pratique musicale rituelle. L’analyse de cette dernière met en évidence les perspectives babongo et voisines sur la relation interethnique, ainsi qu’une analogie entre les relations Babongo/voisins et femmes/hommes. En outre, la bivalence caractéristique de la relation interethnique est suggérée comme relevant notamment de la co-adhésion des Babongo à deux systèmes normatifs. Il apparaît enfin que ce qui distingue les Babongo de leurs voisins les rapproche en définitive d’autres populations pygmées d’Afrique centrale.

  • Titre traduit

    Musics and musicians in “Mobongo Land” : the musical and performative grounds of interethnic dynamics in the Chaillu mountains (Gabon)


  • Résumé

    In southern Gabon and neighboring Congo, Babongo Pygmies form a dispersed group whose homogeneity remains to be demonstrated. If they have received little scientific attention until recently, this is probably because the stereotypes associated with Pygmy groups elsewhere in Central Africa do not seem to apply easily to them. Based on an ethnography focused on the Chaillu mountains area, this thesis contributes to a better knowledge of this population. The fact that the Babongo (sing. mobongo) have the same social and cultural institutions as their Mitsogo and Masangu non-Pygmy neighbors makes it tempting to analyze their interrelationship in ethnic terms. The thesis aims to characterize the Pygmy/non-Pygmy relationship, which is distinct from that between non-Pygmy groups, by its fundamentally bivalent and asymmetric qualities. The argument makes use of two analytical frameworks: “mobongo land” on the one hand, and mainly ritual music on the other. The conceptual entity “mobongo land” emphasizes in geographic terms the central role the Babongo play in the reproduction of the multi-ethnic society that inhabits this area, in spite of their lower social status. The Babongo are considered skilled musicians, and music is treated here as a means of communication linking together a content and a relationship. Various levels of observation are made use of: the musical material and its rules of composition, its performance itself, and the recurrence of performative events. Considering these various levels allows for both the production as well as the perception of music to be taken into account. It also frames the plasticity of musical change in communicational terms. The underlying logic of the relationship between Pygmy and non-Pygmy communities emerges from the meta-communicational dimension of musical practice in ritual contexts. Analysis of this practice highlights the perspectives held by the Babongo and their non-Pygmy neighbors on their interethnic relationship, as well as the analogy that exists between the Babongo/neighbor relationship and that held to exist between women and men. Additionally, I suggest that the characteristic ambivalence of the interethnic relationship in mobongo land derives above all from the Babongo’s compliance with two normative systems. In the end, it appears that that which most distinguishes the Babongo from their neighbors ultimately moves them closer to other Pygmy groups in Central Africa.