La ville et le bagne : histoire d'une commune penitentiaire en terre coloniale : saint-Laurent du Maroni, Guyane 1857-1949

par Marine Coquet

Projet de thèse en Histoire et Civilisations

Sous la direction de Isabelle Merle.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de Ecole doctorale de l'Ecole des hautes études en sciences sociales ED 286 depuis le 01-12-2010 .


  • Résumé

    La construction du bourg de Saint-Laurent du Maroni débute en 1857 sous l’égide de l’administration pénitentiaire. Il est destiné à devenir un centre de colonisation pénale, où doit se matérialiser le pendant utopique de la loi sur la transportation des condamnés aux travaux forcés de 1854 : les condamnés, régénérés par le travail, y deviendront des colons. Le pouvoir colonial réserve ainsi la rive Est du Maroni, jusqu’alors peuplée de villages amérindiens et noirs-marrons, à l’expérience de la colonisation pénale. Le village de Saint-Laurent du Maroni prend forme, s’entoure de centres annexes, et est doté en 1880 d’un statut municipal sans-pareil, celui de « commune pénitentiaire ». Son sort est ainsi lié à celui de la Direction de l’administration pénitentiaire : Saint-Laurent du Maroni est désormais connu en Guyane pour être la ville du bagne – jusqu’à l’abrogation de ce statut unique en 1949. Jusqu’à présent restée dans l’ombre des camps du bagne, une histoire de la ville, une histoire « hors des murs », est rendue possible par la récente découverte des archives de la commune pénitentiaire du Maroni. De nouvelles pistes s’ouvrent pour travailler une histoire à la fois coloniale et pénale de la Guyane. Car l’exploitation de gisements aurifères dans les hauteurs du fleuve attire, à partir de 1880, des populations migrant notamment de la zone caribéenne : un monde libre s’installe en terre de bagne. Dès lors, la politique pénale est réajustée à une politique coloniale laissant à l’économie privée la possibilité de se développer sur le Maroni. À la croisée d’une histoire coloniale et d’une histoire pénale, le travail qui suit est consacré à la singulière situation coloniale qui se construit au Maroni, où les rapports entre monde colonial et monde colonisé se modèlent sur les relations qu’entretiennent monde libre et monde pénal.


  • Résumé

    The construction of the township of Saint-Laurent du Maroni began in 1857 under the auspices of the Penitentiary Administration. It was destined to become a centre for penal colonisation and for the realisation of the utopic counterpart to the 1854 law on the transportation of persons sentenced to forced labour: the regeneration of convicts through labour and their transformation into colonists. Colonial authorities set aside the east bank of the Maroni, peopled until this time by Amerindians and Maroons, for the experiment with penal colonisation. The village of Saint-Laurent du Maroni gradually took shape, surrounding itself with satellite centres and acquiring, in 1880, the unprecedented municipal statute of “Penal Commune”. Its fate was thus directly tied to that of the Penitentiary Administration; Saint-Laurent du Maroni was henceforth known for being the penal township in French Guiana – up until the abrogation of this unique status in 1949. Long overshadowed by the prison camps, a history of the township – a history “beyond the walls” – has been made possible by the recent discovery of Saint-Laurent du Maroni’s municipal archives. A new path has thus emerged for the study of French Guiana's history in both its penal and colonial dimensions. From 1880 the discovery of gold-bearing deposits in the upper reaches of the river would attract migrant populations from the Caribbean region in particular leading to the establishment of a free society on the penitentiary’s territory. Henceforth penal policy was to be adjusted to colonial policy allowing private enterprise to develop on the Maroni. At the crossroads of colonial history and penal history the work that follows is devoted to the unique colonial situation that developed around Maroni where the relations between the coloniser and the colonised were modelled on the relations maintained between the free and penal worlds.