Rapports du sujet et de la technique

par Françoise Calmel

Projet de thèse en Psychologie

Sous la direction de Fethi Benslama.

Thèses en préparation à Paris 7 depuis le 22-04-2010 .


  • Résumé

    Après m'être interrogée dans mon travail de mémoire sur l'hétérogène comme la catégorie qui permet d'aborder la question de l'altérité, de l'identité selon les effets de la civilisation, je souhaiterais aborder la question de l'univers technique et de ses effets sur le sujet de l'inconscient. si ce dernier n'est accessible que par la pratique de la psychanalyse conçue selon une certaine éthique, comment articuler cette expérience avec la technique comme venant réparer les manques ? la démarche analytique suppose une acceptation de l'incomplétude foncière de l'être. en s'inscrivant dans le champ de ce qui est rejeté par la culture, elle va permettre une respiration, une ouverture pour celui qui s'en saisit. en ce sens, la psychanalyse comme pratique reste-t-elle en dehors de toute tentative d'homogénéisation ? dans une première partie de ce travail, nous tenterons de définir à partir du concept de néoténie, en quoi la technique permet d'aborder la question du devenir chez l'homme. ce concept de néoténie défini par un anatomiste hollandais, louis bolk, en 1926, conçoit l'homme comme un être prématuré à la naissance, dépourvu de qualité. cette découverte scientifique permet de repenser le rapport nature/culture, à étudier les relations entre les deux parties dont nous sommes constitués, à savoir le vivant et le parlant. en nous appuyant sur les travaux de leroi-gourhan, de bernard stiegler, de dany robert-dufour entre autres, nous tenterons d'étudier en quoi et comment la technique pourrait matérialiser une dimension de l'être. la technique moderne est pour heidegger un «arraisonnement » de la nature afin de maîtriser cette dernière et de diminuer l'intensité de ses contraintes mais aussi afin que la nature donne tout son possible à des fins de complémentation de l'homme. cette thèse de compensation des insuffisances de l'homme est également celle de freud dans malaise dans la culture. la technique rassemble l'ensemble des procédés qui permettent de maîtriser la transformation de la matière, de connaître cette matière et de la soumettre à un projet préétabli. heidegger écrivait que « l'essence de la technique n'a rien de technologique ». si notre société postmoderne se définit en se référant à la technè, en idéalisant l'homogénéisation basée sur la recherche de satisfaction immédiate, en participant à la dissolution de l'état-nation, en favorisant les replis identitaires, pourquoi existe-t-il toujours une demande adressée au psychanalyste ? n'est-ce que le reflet de la division du sujet ? l'univers technique réduit-il cette possibilité de demande adressée au psychanalyste ? quelle peut-être la place de l'acte analytique en sachant que la parole tenue dans la cure a valeur de traitement de la jouissance mais à ce titre ne peut que se tenir hors institution ? la psychanalyse semble avoir évacué le problème lié à la technique. lors d'un colloque au collège de médecine, en 1966, lacan avait tenté, non sans contrarier les médecins qui l'écoutaient, d'analyser les modalités de réponse des médecins à la demande du patient. pour en parler, lacan avait avancé les notions de désir et de jouissance en les articulant avec cette demande. c'est-à-dire que le monde de la technique ne prend pas en compte le hors champ dans lequel s'abrite la jouissance en tant qu'éprouvé corporel. l'idéal du monde de la technique serait-il d'ajuster le désir à la demande ? mais c'est vouloir se passer de ce qui fait la différence entre désir et demande et qui s'entend dans le langage. et c'est bien dans cette extraterritorialité que va se placer la psychanalyse. c'est dans ce mouvement que se trouve la psychanalyse, dans le monde du déchet de la technique. est-ce que ce que la technique laisse tomber est susceptible de susciter le désir ? j'aimerais poser la question de la technique comme mode de connaissance : celle-ci pourrait-elle s'articuler avec l'objet de la psychanalyse ? comment rendre compte des effets du monde de la technique sur le sujet de l'inconscient ? celui-ci étant défini par lacan à partir du signifiant qui représente un sujet pour un autre signifiant. qu'est-ce qui permet, dans la clinique, de se poser la question d'un effet possible de la technique sur l'inconscient ?en quoi le sujet de l'inconscient est-il altéré par les dispositifs techniques ? de la même façon que michel foucault posait la question sur la constitution de notre identité par certaines « techniques éthiques de soi », on peut se demander s'il existe des remaniements du sujet de l'inconscient par le monde de la technique.


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