La dialectique des restes : circulation, trafic et appropriation des vestiges archéologiques au Pérou

par Emanuela Canghiari

Projet de thèse en Anthropologie

Sous la direction de Jean-Loup Amselle.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 06-10-2008 .


  • Résumé

    Le but de cette recherche ethnographique, menée au Pérou à partir de 2008, est de restituer les pratiques, les discours moraux et les multiples stratégies qui sous-tendent l’appropriation des vestiges et des pièces archéologiques par plusieurs acteurs. Cette question est abordée à travers le prisme particulier du trafic d’art et des pratiques considérées comme illicites. Une ethnographie itinérante (Marcus, 1995) et une méthodologie basée sur la biographie des objets (Kopytoff, 1986) permettent de reconstruire le circuit de céramiques, de la production (la fouille clandestine) à la consommation (l’achat) en passant par leur échange, don et contrefaçon. De trésors à biens culturels, d’artefacts à curiosités, le parcours de ces objets met au jour à la fois la multiplicité de leurs usages socio-politiques et l’évolution des instances de légitimation qui les concernent. La thèse s’intéresse plus particulièrement au département de Lambayeque, situé sur la côte nord, connu pour les remarquables découvertes archéologiques (civilisation Mochica) qui y ont eu lieu au cours des dernières décennies. Elle démontre que, loin d’être les fruits d’un consensus, la patrimonialisation et la mise en tourisme, en tant que ressources économiques et symboliques, peuvent exacerber les conflits, en créant des dynamiques d’inclusion et exclusion. De fait, l’opposition historique entre conservateurs et destructeurs du patrimoine renforce encore davantage l’asymétrie entre professionnels et communautés porteuses, en termes de savoir et de pouvoir. De plus, le manque de filiation des habitants avec les ancêtres (et donc l’absence de continuité et d’ « authenticité »), jugé par les institutions comme en lien avec une attitude destructive et purement marchande, a entravé une réelle participation de la communauté dans la patrimonialisation. Pour en être reconnus en tant qu’acteurs légitimes, et non comme simples bénéficiaires, ils sont ainsi contraints de reformuler leurs régimes de valeur et de renégocier leurs logiques d’appartenance.

  • Titre traduit

    The dialectic of relics : circulation, traffic and appropriation of archaeological objects in Peru


  • Résumé

    The aim of this ethnographic research, carried out in Peru as of 2008, is to map the practices, moral discourses and multiple strategies which underlie the appropriation of relics and archaeological objects by different actors. This topic is analysed through the prism of art trafficking and practices considered to be illicit. A multi-sited ethnography (Marcus 1995) and a methodology based in the biography of objects (Kopytoff, 1986) allows to reconstruct the circuit of ceramics, from production (clandestine digging) to consumption (purchase), through various forms of exchange, gift and counterfeit. From treasures to cultural goods, from artefacts to oddities, the itinerary of these objects sheds light on the multiplicity of their socio-political uses and the evolution of legitimation authorities concerned by them. The thesis focuses more specifically on the region of Lambayeque, on the northern Peruvian coast, which has been characterised by extraordinary archaeological discoveries (Mochica civilisation) over the last few decades. It shows that, far from being the product of consensus, the heritage making and touristic development, as an economic and symbolical resource, can exacerbate conflicts, creating dynamics of inclusion and exclusion. In fact, the historical opposition between heritage conservationists and destroyers reinforces the asymmetry between professionals and bearer communities, in terms of knowledge and power. Moreover, a destructive attitude and commercial interest in relics, considered as the sign of a lack of filiation and therefore of continuity and « authenticity », hinders inhabitants’ participation. In order to be recognized as legitimate actors, and not as simple beneficiaries of heritage making they are obliged to reformulate their value regimes and renegotiate their logics of belonging.