Histoires tragiques et 'canards sanglants' : genre et structure du récit bref épouvantable en france à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle.

par Vincent Combe

Thèse de doctorat en Littératures française et francophone

Sous la direction de Eliane Kotler.

Thèses en préparation à Nice , dans le cadre de École doctorale Lettres, sciences humaines et sociales (Nice) depuis le 20-03-2008 .


  • Résumé

    Cette étude choisit de mettre en regard le genre de l’histoire tragique et celui du « canard sanglant » afin de déterminer une poétique commune qui serait propre aux récits épouvantables de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle. Alors que la structure de l’histoire tragique a été identifiée par la critique des années quatre-vingts selon le schéma invariant : loi/transgression/punition, nous avons souhaité assouplir ce système au regard d’un nouveau corpus et d’une nouvelle approche. Afin de créer cette unité souhaitée, du récit bref et tragique à cette époque, il nous a semblé particulièrement intéressant de confronter deux genres qui délivrent un même message moral mais à partir de postures thématiques et formelles différentes. Ce travail examine donc conjointement les œuvres de trois générations d’auteurs d’histoires tragiques de 1559 à 1644 : Pierre Boaistuau et François de Belleforest ; Vérité Habanc et Bénigne Poissenot ; François de Rosset et Jean-Pierre Camus ; nous mentionnons également deux auteurs « tardifs » : Claude Malingre et Jean-Nicolas Parival dont les recueils d’histoires tragiques sont publiés en 1641 et 1656, plus soixante-trois faits divers sanglants (issus du recueil de Maurice Lever : Canards sanglants), écrits entre 1574 et 1624.La démarche choisie est essentiellement classifiante même si elle se propose d’analyser des faits en diachronie dans des unités narratives fixes. De prime abord, la question du genre n’est pas apparue évidente, au regard de ces récits en manque de reconnaissance et aux influences génériques multiples. C’est pourquoi, après avoir confronté les théories existantes et montré leurs limites aux vues de nos nouvelles problématiques, nous avons restitué respectivement un cadre historique et esthétique à ces récits en démontrant la pertinence d’un rapprochement générique autour du registre « tragique » mais aux croisements génériques multiples avec la tragédie, le roman et la poésie. Dans un second temps, nous analysons les convergences formelles des deux genres à partir des macro-unités constitutives aux marges du récit telles que le titre, l’incipit, la clausule, et plus en interne de la narration, l’envahissant discours moral du narrateur qui prône la vertu en exhibant le vice. L’acte barbare, cœur « sanglant » du récit épouvantable a retenu toute notre attention par ses deux modes de représentation : en effet, que la description soit picturale ou dynamique, celle-ci appartient au spectacle baroque. Enfin, à partir de la réflexion de Roland Barthes sur la cause « détraquée » qui existe entre les événements dans le fait divers, nous étudions ce rapport de cause à conséquence entrainant le personnage dans la spirale catastrophique du meurtre. Dans un troisième chapitre nous invoquons les problématiques liées à la représentation du réel car les invraisemblances sont nombreuses mais la véracité toujours clamée par le narrateur. Une étude des différents crimes et criminels recensés fait apparaître les thèmes de prédilections de chacun des genres. Les analyses statistiques nous permettent également d’observer la répartition et l’évolution des crimes chers aux récits sanglants. Enfin, un ultime chapitre étudie les cas-frontières à travers les chroniques de Pierre de l’Estoile et des épitômes judiciaires d’Alexandre Sylvain Van den Bussche. A la charnière du XVIe et du XVIIe siècle, l’histoire tragique a usé de tous ses ressorts narratifs depuis plus de trente ans et lassent un lectorat avide de renouveau tragique, plus proche de son quotidien. Les « canards sanglants » sont venus compenser ce déficit tragique avec des sujets et une mise en forme spécifique concise et efficace, avant que l’histoire tragique ne renaisse de ses cendres relancée par le succès du roman sentimental dont elle combat pourtant les idées corruptrices. Cette nécessité réciproque entre deux genres à la fois complémentaires et exclusifs impliquait une étude conjointe et les résultats obtenus rendent compte de l’extrême densité du tissu narratif de ces « genres-éponges », pleinement ancrés dans leurs siècles


  • Résumé

    Qui renvoient au lecteur ses propres peurs mais aussi les inquiétudes d’une Eglise post-tridentine militante qui tente de protéger ses fidèles face au chant des sirènes de la Réforme.