Créer c'est avoir vu le premier. Les Galeries Lafayette et la mode (1893-1969).

par Florence Brachet champsaur (Champsaur)

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Patrick Fridenson.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 01-02-2006 .


  • Résumé

    Cette thèse étudie la place des Galeries Lafayette dans l’échange marchand entre l’offre et la demande, au cœur du système de la mode. Elle réévalue le rôle de la distribution en général et du grand magasin en particulier comme intermédiaire créateur de valeur dans la relation entre le producteur et le consommateur. Au tournant du XXe siècle, sur le marché de la nouveauté et le segment émergent de la confection, l’enseigne répond aux attentes des consommateurs qui cherchent à se distinguer et se différencier en suivant de près les phénomènes de mode. Alors que les maisons de couture exercent un monopole sur les tendances, et limitent leur diffusion en France à un cercle de clientes privilégiées, les Galeries Lafayette ont fait « entrer la mode dans le grand magasin ». Elles fabriquent et vendent sous leur propre marque des modèles inspirés de ceux des couturiers. Cette appropriation efficace de la création construit la légitimité de l’entreprise en tant qu'intermédiaire ainsi que le pouvoir prescripteur de la marque sur le marché de la mode. Elle fait aussi des Galeries Lafayette un acteur de l’économie de la contrefaçon, au centre des enjeux de l’industrie du vêtement dans l’entre-deux-guerres. La thèse montre cependant qu’il existe plusieurs régimes de management de la création aux Galeries Lafayette. A travers l’analyse des investissements de l’entreprise dans les industries créatives et en particulier les cas des Parfums Chanel, des maisons Madeleine Vionnet et Jean Patou, elle se saisit pour la première fois de la question du financement de la couture et décloisonne l’étude des principaux acteurs du système de la mode. La période couverte, de la fin du XIXe aux années 1960, rend compte des transformations de l’industrie du vêtement, mais aussi de la plasticité de la stratégie et des structures de l’organisation. Après la Seconde Guerre mondiale, l’intégration verticale de la fabrication laisse progressivement la place à de nouvelles modalités de construction de l’offre. Dans un contexte marqué par la modernisation de la filière habillement, la « révolution » du prêt-à-porter, et l’émergence de nouvelles capitales de la mode, la centrale d’achats élargit ses approvisionnements aux marques et à l’international. La mise en place pionnière d’un bureau de style au début des années 1950 est centrale dans cette transformation pour faire le lien entre les créateurs, les industriels et les clients avec lesquelles les Galeries Lafayette sont en contact direct. Une partie des développements est consacrée aux associations professionnelles internationale qui sont le véhicule privilégié des transferts transatlantiques mais aussi de la construction d’un réseau européen favorisant la circulation des idées et des marchandises. Ces échanges montrent que la diffusion des méthodes nouvelles d’organisation, importées et adaptées des États-Unis, ne s’est pas limitée à l’industrie. Les efforts des Galeries Lafayette pour rationaliser l’organisation sont une nouvelle démonstration de la nécessité de réévaluer le rôle de la distribution et des intermédiaires du système de la mode longtemps négligés au profit de la figure du créateur.

  • Titre traduit

    To create is to have seen first. Galeries Lafayette and fashion (1893-1969)


  • Résumé

    This thesis researches the role of Galeries Lafayette at the heart of the French fashion system. It re-evaluates the role of retail and department stores as value-creating intermediaries in the relationship between producer and consumer. Additionally, the research highlights the innovative capacity of a family business and shows that the introduction of new organizational methods in retail trade along the 20th century, imported and adapted from the United States, was as much present as in manufacturing enterprises. In the first part, the thesis looks at the foundation of the company, its competitors and its customers. To differentiate themselves, Galeries Lafayette manufactured and sold models inspired by those of the couturiers under the store private label. At the turn of the twentieth century, while fashion houses claimed a monopoly on trend setting, Galeries Lafayette introduced fashion in department store. This effective appropriation of fashion design built the legitimacy of the company as an intermediary, and posited the prescribing power of the brand in the fashion market. It also made Galeries Lafayette a player in the economy of counterfeiting, a major issue for the apparel industry in the inter-war period. The thesis shows, however, that various management regimes for design exist at Galeries Lafayette. In a second part, we analyze the investments of the company in the creative industries and in particular the cases of Chanel Perfumes as well as Madeleine Vionnet and Jean Patou fashion houses. In doing so, for the first time, the thesis analyzes the financing of fashion houses thus unbundling the study of the main actors in the fashion system. In a third part, the thesis studies competitive and market change from World War II onwards: the modernization of the clothing industry, the ready-to-wear revolution, and the emergence of new capitals of fashion besides Paris. The dismantling of the vertical integration in manufacturing, the opening of central purchasing to new suppliers, the pioneering establishment of in-house fashion forecasting office in the early 1950s induced a new organization and changes in the link between creators, designers, industrialists and customers for Galeries Lafayette.