Récits et résilience, la question du sens face aux changements environnementaux en Arctique : études de cas sur les côtes ouest et est du Groenland

par Tanguy Sandré

Projet de thèse en Architecture, Aménagement

Sous la direction de Jean-Paul Vanderlinden et de Jeanne Gherardi.

Thèses en préparation à université Paris-Saclay en cotutelle avec l'Université de Bergen , dans le cadre de Sciences Sociales et Humanités , en partenariat avec Cultures, Environnements, Arctique, Représentations, Climat (laboratoire) et de Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (référent) depuis le 01-12-2020 .


  • Résumé

    La question de recherche centrale de ce projet doctoral est la suivante : « Dans quelle mesure les récits locaux peuvent-ils, de manière non-préjudiciable, intégrer les savoirs environnementaux et climatiques issus du monde extérieur aux communauté locales, ceci dans une perspective de résilience » L'Arctique est la région du monde qui connait une hausse du niveau des températures de surface la plus marquée, de l'ordre de deux à trois fois plus rapide sur les dernières décennies (Box et al. 2019, 6; IPCC 2019, 205). Néanmoins, la région se caractérise à la fois par de fortes variations climatiques et environnementales d'une région donnée à une autre, par des histoires locales contrastées, au sein d'entités politiques plus ou moins homogènes, et par une couverture temporelle et spatiale de la recherche scientifique limitée. Parallèlement, les changements sociétaux et environnementaux en Arctique sont principalement analysés dans une approche globalisante qui tend à effacer les contextes et les spécificités locales (Bravo 2009; Baztan et al. 2017; Stephen 2018). C'est de cette tension, entre expériences de communautés locales aux marges du monde globalisé et pratiques scientifiques et politiques globalisantes, que nait la nécessité de déplacer le regard du chercheur en en tentant d'adopter celui des communautés locales. Afin d'accéder à l'expérience des communautés locales face à un climat changeant, une approche centrée sur l'analyse des récits fait l'objet, aujourd'hui, d'un intérêt croissant (Krauss et Bremer 2020, Saltelli et al. 2020). En effet, “People express, develop, and model their identity, and even their future actions, through narration” (Moezzi, Janda, et Rotmann 2017). Autrement dit, les récits peuvent rendre compte de l'interaction entre l'identité et l'action. Pourtant, les récits ne sont pas seulement à la jonction de l'identité et de l'action, ils sont aussi la manifestation concrète du tissu qui permet l'existence des communautés : les récits sont le support du partage des expériences, des valeurs, des contextes, que les membres de la communauté ont en commun (Rommetveit et al. 2013). Les récits sont également porteurs de différentes significations associées au concept de résilience (Kane et Vanderlinden 2015). Les récits, en outre, évoluent, s'hybrident, et capturent ainsi en temps réel les effets des changements et influences auxquels les communautés locales font face (Krauss 2020, Vanderlinden et al. 2020). Il s'agira donc, dans le cadre de cette thèse, de récolter des récits locaux, d'événements caractérisables par le chapeau polysémique de « résilience, » et d'en dégager dans un premier temps, le sens, local, qui peut être attribuer au concept de résilience. Il s'agira ensuite, par l'analyse de ces narrations d'identifier les cadres de références mobilisés par les communautés locales pour donner un sens aux changements consécutifs aux chocs observés, et plus fondamentalement à leur capacité à rebondir, traverser les difficultés, tout en maintenant leurs spécificités. Il s'agira de réaliser cette analyse avec, et pour, les communautés avec lesquelles nous travaillerons. En effet, le projet proposée s'inscrit dans une dynamique transdisciplinaire de co-création scientifique établie de longue date entre le CEARC les communautés groenlandaises d'Ittoqqortoormiit (côte est du Groenland) et d' Uummannaq (côte ouest du Groenland). Dans ce contexte, et afin de répondre à la question de recherche le projet de thèse permettra de relever trois défis centraux : (a) Un défis méthodologique du point de vue de la récolte de données - la collecte de récits locaux, dans un contexte transdisciplinaire, impliquera un degrés d'écoute et de confiance entre les membres de la communautés locale et le ou la doctorant·e. Les fondations d'une telle relation sont établies grâce aux travaux préparatoires des membres du laboratoire ; ces travaux s'inscrivent dans le temps long; (b) Un défis méthodologique du point de vue de l'analyse des données - les récits feront seront analyser en appliquant des modalité de théorisation ancrée itérative - à travers la répétition d'au moins deux cycles comprenant la séquence suivante : codage thématique, groupement conceptuel, théorisation, retour vers le terrain et partage de la théorisation réalisée avec les communautés concernées. Il s'agira donc de parvenir à maintenir la relation de travail avec la communauté locale à travers le dispositif analytique également. (c) Un défi permanent de réflexivité - Fondamentalement le projet de recherche proposé s'empare d'un concept, issus de la métallurgie, et ayant connu de nombreux avatars scientifiques et politiques en occident (voir Kane et Vanderlinden 2015), et met en place un dispositif afin lui donner un sens au sein de communauté qui font preuve de résilience, sans la nommer. Il s'agira donc pour le, ou la, doctorant·e de constamment s'assurer que le concept translate d'une communauté d'origine, scientifique essentiellement, mais également politique pour partie, vers une autre sans que cela ne se traduise par l'imposition d'un sens.

  • Titre traduit

    Narratives, Resilience, Sensemaking and Environmental Change in the Arctic: Case Studies from the West and East Coasts of Greenland


  • Résumé

    The central research question of this doctoral project is: 'How are local narratives intertwined and can non-prejudicially integrate environmental and climate knowledge from the outside world to make sense of past resiliencies and understand present and future resiliencies?” The Arctic is the region of the world that is experiencing the most pronounced increase in surface air temperature (SAT), about two to three times faster over the last few decades (Box et al. 2019, 6; IPCC 2019, 205). Nevertheless, the region is characterized both by strong climatic and environmental variations from one region to another, by quite different political histories, and by limited temporal and spatial coverage of meteorological measuring instruments. At the same time, societal and environmental changes in the Arctic are mainly analysed in a global approach that tends to capture local contexts and specificities (Bravo 2009; Baztan et al. 2017; Stephen 2018). The doctoral project pursues a triple orientation: 1) Collecting narratives and analysing how these narratives are making sense of past resilience, especially in the intertwinement with environmental and climate changes; 2) Co-producing new locally-rooted knowledge from local narratives, and seeking to assess the saliency of available meteorological measurements, reanalyses and scientific literature to make sense of present and future resiliencies; 3) To provide epistemological (reflexivity) and methodological insights for knowledge coproduction in a postcolonial context. These orientations will be pursued through two Arctic case studies: 1) Uummannaq (West Greenland) is an island of 12 km² and a fjord. Today, the biggest challenge for this community is to find a way to remain a sustainable and attractive community despite the urban population concentration in the south, economic globalization and the need for rationalization to build future independence. Climate change is having dramatic consequences on landscapes and populations. 2) Ittoqqortoormiit (East Greenland) is a community founded in 1925, which has long relied on subsistence hunting as its main source of income. The community was prosperous until the decline of the hide market, but is now under pressure and has experienced a significant population decline in recent decades. It remains fairly isolated, 930 km from Tasiilaq, and access remains dependent on weather conditions. Tourism is seen as one of the only economic options.