Enquête statistique sur les élites économiques russes contemporaines

par Vitalina Dragun

Projet de thèse en Economie, gestion, sciences sociales

Sous la direction de Etienne Ollion et de François Denord.

Thèses en préparation à l'Institut polytechnique de Paris , dans le cadre de École doctorale de l'Institut polytechnique de Paris , en partenariat avec CREST - Centre de recherche en économie et statistique (laboratoire) depuis le 01-09-2020 .


  • Résumé

    Les ultra-riches russes d'aujourd'hui présentent des profils divers : ancienne "nomenklatura" convertie au capitalisme, acteurs de l'ancienne économie parallèle s'étant enrichis de manière parfois illicite après l'effondrement du régime soviétique, nouveaux entrepreneurs capitalistes, et, depuis peu, héritiers des « nouveaux russes » ayant fait fortune dans les années 1990-2000. Trois décennies après l'effondrement de l'URSS, on assiste à une phase de transition, marquée par le désir des ultra-riches russes d'accroître, notamment au plan international, leur légitimité, par la volonté de pérenniser leur pouvoir et leur statut en diversifiant leurs capitaux, mais aussi par la nécessité de transmettre les privilèges à leurs descendants – le vieillissement de ces hommes d'affaire posant, à moyen terme, la question inévitable de leur succession. Je me propose d'enquêter sur les milliardaires et centimillionnaires figurant au palmarès Forbes Russia, publié annuellement depuis 2005 et recensant les 200 personnes les plus riches du pays. L'accession encore relativement récente de ces acteurs à la classe dominante, l'origine souvent équivoque de leur richesse, l'instabilité des positions sociales et des fortunes qui les caractérise, ou encore les relations complexes qu'ils entretiennent avec le pouvoir politique constituent autant de vulnérabilités qui les distinguent de leurs homologues européens et états-uniens, plus solidement installés. À quelle condition, dès lors, peut-on considérer que la fraction supérieure des plus grandes fortunes russes contemporaines (le 0,01% des plus riches, au cœur de mon étude) constitue une élite ? Quelle position ces acteurs occupent-ils dans le champ du pouvoir russe contemporain ? Quelles stratégies mettent-ils en œuvre pour conserver, légitimer et transmettre leurs capitaux ? Il s'agira de développer ces questionnements dans une perspective dynamique en s'interrogeant non seulement sur ce qui fait les élites, mais aussi sur les processus susceptibles d'entraîner leur recomposition, voire leur dissolution. Si le rôle et le statut des ultra-riches durant la décennie 1990-2000 ont été relativement bien identifiés, les études d'ampleur consacrées aux évolutions du haut de l'espace socio-économique russe sous le régime poutinien demeurent rares. Les transformations qui se sont produites au cours des deux dernières décennies restent à examiner, tout comme les stratégies mises en œuvre aujourd'hui par les ultra-riches pour pérenniser leur statut et leurs privilèges. La transmission des capitaux aux « héritiers », qui prend une importance croissante parmi les préoccupations des acteurs, soulève des questions cruciales qui méritent également d'être abordées.

  • Titre traduit

    Statistical Survey on Contemporary Russian Economic Elites


  • Résumé

    Contemporary ultra-rich Russians present diverse profiles: former "nomenklatura" converted to capitalism, actors of the former parallel economy who became rich, sometimes illicitly, after the collapse of the Soviet regime, new capitalist entrepreneurs, and, more recently, heirs of the "new Russians" who made their fortunes in the years 1990-2000. Three decades after the collapse of the USSR, we are witnessing a transition phase, marked by the desire of the ultra-rich Russians to increase their legitimacy, especially internationally, by the desire to perpetuate their power and status by diversifying their capital, but also by the need to pass on privileges to their descendants - the ageing of these businessmen posing, in the medium term, the inevitable question of their succession. I intend to investigate the billionaires and centimillionaires on the Forbes Russia list, published annually since 2005 and listing the 200 richest people in the country. The still relatively recent accession of these actors to the dominant class, the often equivocal origin of their wealth, the instability of social positions and fortunes that characterises them, or the complex relations that they maintain with the political power, are all vulnerabilities that distinguish them from their European and American counterparts, who are more solidly established. On what condition, then, can we consider that the top fraction of the largest contemporary Russian fortunes (the 0.01% of the richest, at the heart of my study) constitutes an elite? What position do these actors occupy in the field of contemporary Russian power? What strategies do they implement to preserve, legitimize and transmit their capital? We will answer these questions in a dynamic perspective by questioning not only what makes up the elites, but also the processes likely to lead to their recomposition, or even their dissolution. If the role and status of the ultra-rich during the decade 1990-2000 have been relatively well identified, large-scale studies devoted to the evolutions of the top of the Russian socio-economic space under the Putinian regime remain rare. The transformations that have taken place over the last two decades are still to be examined, as do the strategies implemented today by the ultra-rich to perpetuate their status and privileges. The transmission of capital to "heirs", which is becoming increasingly important among the concerns of the actors, raises crucial questions that also deserve to be addressed.