Transfuges de sexe. Genre, santé et sexualité dans les parcours d'hommes et de femmes trans' en France

par Emmanuel Beaubatie

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Michel Bozon.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de Ecole doctorale de l'Ecole des hautes études en sciences sociales ED 286 depuis le 12-11-2010 .


  • Résumé

    Le traitement médical et juridique des changements de sexe est sujet à controverse. Soumis.e.s à une évaluation psychiatrique avant de pouvoir accéder aux hormones et aux chirurgies et contraint.e.s de justifier leur demande de modification d’état civil, les trans’ revendiquent leur droit à disposer de leurs corps et à les faire reconnaître. Si les professionnel.le.s et les militant.e.s s’opposent dans le contexte contemporain, ils-elles forment des groupes à la fois interdépendants et pluriels. Après avoir historicisé leurs interactions et leurs hétérogénéités respectives, cette thèse se penche sur la diversité interne de la population trans’ dans une perspective de sociologie des rapports sociaux de sexe. À partir d’une enquête par entretiens et de l’analyse secondaire d’une enquête quantitative, elle s'intéresse aux façons dont le genre façonne les conditions matérielles et la temporalité des transitions. Les changements de sexe des hommes trans’ et des femmes trans’ ne s’inscrivent pas dans les mêmes trajectoires conjugales, familiales et professionnelles. Par ailleurs, ils prennent place dans des constructions de soi différentes du point de vue de la sexualité et de la perception du risque d’infection par le VIH. Enfin, bien que les trans’ soient rarement considéré.e.s comme des transfuges, les FtMs (female-to-male) vivent une ascension et les MtFs (male-to-female) sont déclassées. Des mobilités entre les sexes sont possibles, mais elles n’échappent pas à l’emprise du genre.

  • Titre traduit

    Sex defectors. Gender, health and sexuality in trans men and trans women trajectories in France


  • Résumé

    The organization of the medical and juridical treatment of sex changes raises controversies. To be authorized to access hormones and surgeries, trans individuals have to undergo a psychiatric evaluation. In order to modify their civil status, they also need to provide the judge with evidences that justify their demand. In this context, trans persons claim their right to have control over their own body and to receive social recognition. While professionals and activists seem firmly opposed in this debate, they are two interdependent and plural groups of actors. This dissertation first historicizes their interactions and their heterogeneities. Then, it explores the internal diversity of the trans population in a gender perspective. Based on a qualitative survey and on the secondary analysis of a quantitative survey, this research studies how gender shapes transitions, their timing and the material conditions in which they are pursued. Trans men and trans women do not have the same trajectories in terms of conjugality, family and professional career. Their sex changes take place in different self-constructions, including regarding sexuality and the perception of HIV risk. Also, FtMs (female-to-male) experiment social ascension whereas MtFs (male-to-female) face dropout. Sex mobility is possible, but trans individuals cannot avoid the mark of gender.