Poétique de la nature : romantisme et négativité de Rousseau à Proust.

par Jeffrey Burkholder

Thèse de doctorat en Littératures et civilisations comparées

Sous la direction de Paolo Tortonese.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre de Recherche sur les Poétiques du XIXe siècle (Paris) (laboratoire) depuis le 22-11-2010 .


  • Résumé

    Cette étude trouve chez Rousseau une conception paradigmatiquement « moderne » de la nature. C’est une nature empreinte d’une négativité paradoxale, car si l’idée de nature intègre en elle une idée de l’humain, elle commence à désigner en même temps tout ce qui est étranger à l’homme : les lieux sauvages, le dehors de la cité. La nature est donc là où l’homme n’est pas, mais aussi là où il n’est plus : son origine lointaine, qui tranche avec ce dont elle est l’origine. Ainsi, la « nature » que Rousseau trouve dans les beaux paysages – une nature positive, sensible et descriptible – représente à la fois l’origine et le négatif de l’homme moderne. De ce point de vue, la thèse examine la façon dont cette nature paradoxale constitue chez Rousseau l’objet d’un nouvel art descriptif. Dans une seconde partie, elle étudie la façon dont la littérature du xixe siècle reprend et transforme cette poétique nouvelle. La mission de l’écrivain devient l’imitation de la nature, mais non au sens classique de la mimésis, car la littérature ne fait pas que refléter la nature : elle imite en quelque sorte son mode ontique, sa manière d’unir l’indéterminé et le déterminé, le sensible et le conceptuel, le descriptif et le prescriptif. Examinant cette parenté complexe entre littérature et nature au xixe siècle, il s’agit de tracer la voie qui mène de Rousseau au « genre descriptif » de Senancour et qui trouve un aboutissement inattendu dans l’œuvre de Proust.

  • Titre traduit

    Poetics of Nature : romanticism and Negativity from Rousseau to Proust


  • Résumé

    This study finds in Rousseau a paradigmatically “modern” conception of nature. It is a nature marked by a paradoxical negativity, for if the idea of nature includes an idea of humanity, it begins to refer to all that is not human: the wilderness, the outside of the city. Nature is where man is not, but also where he is no longer: it is the distant origin that has no continuity with that which it originated. Thus, the “nature” that Rousseau finds in beautiful landscapes—a positive, sensible and describable nature—represents at once the origin and the negative image of modern man. From this point of view, the present study examines how a paradoxical nature comes to constitute in Rousseau the object of a new descriptive art. In the second part, it looks at the manner in which nineteenth-century literature takes up and transforms this new poetics. The writer’s mission becomes the imitation of nature, but not in the classical sense of mimesis, for literature does not merely reflect nature: it imitates its ontic mode, so to speak, its way of uniting the indeterminate and the determinate, the sensible and conceptual, the descriptive and the prescriptive. In the context of this complex relation between literature and nature in the nineteenth century, this study charts the course from Rousseau through the “genre descriptif” of Senancour and to an unexpected culmination in the works of Proust.