La Politique du sacré : vestiges, « lieux sacrés » et néo-autochtonie des migrants mayas q'eqchi' dans les basses-terres du Guatemala (département du Petén)

par Romain Denimal

Projet de thèse en Anthropologie

Sous la direction de Valentina Vapnarsky.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent , en partenariat avec Laboratoire d'Ethnologie et de Sociologie Comparative (laboratoire) depuis le 09-09-2020 .


  • Résumé

    L'ambition de cette recherche est de comprendre comment l'appropriation, l'usage et la sacralisation de vestiges peuvent participer à la construction de nouvelles autochtonies. Le cas analysé concerne des groupes mayas q'eqchi' issus d'une migration interne récente liée au conflit armé guatémaltèque ; plus exactement, le terrain choisi se situe dans les basses-terres du nord du Guatemala où, depuis les années 1960, la population s'est vue multipliée par 33. Il s'agit d'interroger et de mesurer les conséquences qu'implique ce processus d'inscription territoriale, parmi lesquelles : la redéfinition du rapport aux ancêtres, la transformation des régimes d'historicité et de temporalité ou encore la reconfiguration des identités collectives. De nombreux sites archéologiques se trouvent aujourd'hui réinvestis non seulement par les Q'eqchi' mais aussi par une minorité de Mayas Mopan – présents depuis plusieurs millénaires – et aussi par des groupes ladinos. Ces sites et les vestiges qu'ils comportent ont été inscrits par l'État sur la liste officielle des « lieux sacrés » (lugares sagrados), tout en devenant des centres cérémoniels majeurs pour les Q'eqchi', régulièrement utilisés à des fins rituelles, communautaires ou individuelles. En outre, ces lieux sont considérés comme des entités « vivantes » par les Q'eqchi', qui les ont intégrés parmi leurs tzuultaq'a (de tzuul « montagne » et taq'a « vallée» ), jusqu'alors confinés à leur région montagneuse d'origine. Interrogeant la politisation du sacré par une approche ethnographique, pragmatique et linguistique, Romain Denimal entend questionner, de façon multiscalaire, la manière dont des conceptions patrimoniales et des pratiques religieuses institutionnalisées au niveau national – voire international – sont réinterprétées localement dans différentes sphères d'action rituelle et politique.

  • Titre traduit

    Politics of the sacred: vestiges, "sacred places", and neo-autochthony among Q'eqchi' Mayas migrants in Guatemalan lowlands (department of Petén)


  • Résumé

    The aim of this study is to understand how appropriation and use of vestiges and treating them as sacred can help to create new autochthonies. The case study looks at Q'eqchi' Maya groups formed by recent internal migration due to the armed conflict in Guatemala. More specifically, the area chosen is located in the lowlands in the north of Guatemala where the population has been multiplied by 33 since the 1960s. It questions and assesses the consequences of the process of territorial imprint, including: the redefining of the relationship with ancestors, transformation of the historicity and temporality systems, and re-engineering of collective identities. Many archaeological sites have now been appropriated not only by the Q'eqchi', but also by a minority of Mopan Mayas, who have lived there for several thousand years, as well as Ladino groups. These sites and the vestiges they contain have been included by the government on the official list of “sacred places” (lugares sagrados), while also becoming important ceremonial centres for the Q'eqchi', regularly used for individual and group rituals. Furthermore, these places are seen as “living” entities by the Q'eqchi', who include them in their tzuultaq'a (from tzuul “mountain” and taq'a “valley”), which previously only referred to the mountainous region from which they came. By investigating the politicization of the sacred using an ethnographic, pragmatic and linguistic approach, Romain Denimal intends to question, on different levels, the way in which patrimonial ideas and religious practices, institutionalised at the national or even international level, are reinterpreted locally in different spheres of ritual and political action.