Wagner et le sublime

par Christian Bourrand

Projet de thèse en Esthétique

Sous la direction de Baldine Saint Girons.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Connaissance, langage et modélisation (Nanterre) depuis le 24-11-2010 .


  • Résumé

    Peu d’artistes évoquent autant le sublime que Wagner, lequel, selon Nietzsche ne pouvait « respirer librement que dans le sublime et le supra-sublime ». Pourtant, le sublime wagnérien reste finalement peu analysé, sauf à travers quelques exemples précis. Nous avons donc tenté d’interroger l’ensemble des oeuvres lyriques et certains écrits esthétiques de Wagner, pour les confronter à la tradition du sublime et à la philosophie qui s’en réclame. La tradition du sublime nous a donné de précieux éclairages sur la musique et l’action dramatique à partir du sublime poétique chez Longin, du sublime de l’obscur chez Burke, du sublime mathématique et du sublime dynamique de Kant, du sublime pathétique chez Schiller… Toutefois, de simples catégories ne suffisent pas à rendre compte de certains modes opératoires du sublime wagnérien. Il faut moins chercher d’autres clefs que se référer à une conception du sublime vraiment principielle et ouverte. De ce point de vue, le sublime n’est pas seulement une catégorie, une manière de parler et de classer : c’est un principe à la fois originaire, impératif et fondateur, comme l’a montré Baldine Saint Girons. Et toute la difficulté est de comprendre les articulations possibles entre un sublime pensé à partir de ses véhicules privilégiés (grandeur, laideur, obscurité, simplicité), un sublime analysé à partir de ses effets généraux (enthousiasme, étonnement, respect), et un sublime conçu comme principe, introduisant donc à la question des enjeux. Le problème tient au fait que le sublime est principe de lui-même en même temps que de l’expérience qui le découvre. Notre objet est donc de repérer les signifiants privilégiés de l’expérience du sublime, au moment où lui-même comme principe tend à se dérober. Nous essayons de montrer les seuils que franchit le sublime wagnérien et son élan vers un sublime cosmique. La « mélodie infinie » de Wagner perce néanmoins obliquement, comme, par exemple, dans le « thème du regard » de Tristan. Il ne s’agit justement plus de simples « thèmes » au sens classique, car leur « dire » - comme celui de Levinas - ne se réduit jamais en un dit « thématisable », mais poursuit son élan, telle la vrille du sublime.

  • Titre traduit

    Wagner and the Sublime


  • Résumé

    Few artists evoke, as much as Wagner, the Sublime. According to Nietzsche: « more than anyone else », he could « breathe freely only in the Sublime and the supra Sublime » (The case of Wagner). However, the Wagnerian Sublime was finally few analysed, except through some precise examples So we tried to question the whole of lyric works and some of the aesthetic writings of Wagner, confronted with the tradition of Sublime, and the philosophies which are claim for these last. Sublime’s tradition gave us invaluable references on music and dramatic action, from poetic Sublime in Longin, Burkian Sublime of obscure, Kantian categories of « mathematic » or «dynamic » Sublime, pathetican Sublime of Schiller … However, the simple categories are not enough to give an account of the Wagnerian Sublime. We must, less seek other keys, than refer to conception of Sublime really from principle and open. From this point of view, Sublime is not only a category, a manner of speaking or classifying : it is a principle, at the same time originating, imperative and founding, as shown by Baldine Saint Girons. And all the difficulty is to understand the possible articulations of a Sublime thought from its privileged vehicles (greatness, ugliness, darkness, simplicity), a Sublime analysed from its general effects (enthousiasm, astonishment, respect), and a Sublime conceived as principle, so introducing to the question of the issues. The problem is due to the fact that the Sublime is principle of itself in the same time that of the experiment which discovers it. Our object is thus to locate the privileged meanings of Sublime’s experience, while itself as a principle tends to escape. We try to show the thresholds which crosses the Wagnerian Sublime and his impulse towards a cosmic Sublime. The « infinite melody » of Wagner is piercing nevertheless obliquely, like in, for example, the «glance theme » in Tristan. Precisely it is no more classical « themes », because their saying – like in Levinas – can’t be reduced in a thematisable said, but continue his impulse, like the spin of Sublime.