Hypernudge : vers une nouvelle forme de gouvernance politique d'inspiration cybernétique ?

par Eugène Favier-baron

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Thierry Menissier.

Thèses en préparation à l'Université Grenoble Alpes en cotutelle avec l'Université libre de Bruxelles , dans le cadre de École doctorale de philosophie , en partenariat avec Institut de Philosophie de Grenoble (laboratoire) depuis le 01-11-2020 .


  • Résumé

    L'objectif de cette thèse est double. Celui d'abord de retracer l'influence cybernétique, discrète mais d'importance, qui inspire de près ou de loin nombre de développements numériques actuels, le tout à travers le récent exemple du "nudge", pratique qui associe mégadonnées, sciences comportementales, marketing et gouvernance publique. Plus encore, ce sont les techniques de guidage algorithmique de décisions sur le modèle du "nudge" ou "hypernudge" et permettant de façonner le contexte de choix informationnel et le processus de prise de décision selon une architecture prédéfinie qui exemplifie la pertinence technique et sociale d'une science souvent restée dans l'ombre de la renommée de l'intelligence artificielle. La richesse comme la difficile unification théorique de la cybernétique complique cette tâche qu'il s'agit d'élucider par ce travail. Le caractère scientifique et explicatif de ce paradigme est parfois délaissé pour être confondu avec son objet d'étude, c'est-à-dire comme moyen d'action et de contrôle qui trouve dans l'architecture incitative des “online nudges”, alimentés en temps réel par les données d'utilisateurs, sa parfaite expression. Car l'usage qui est actuellement fait du micro-ciblage algorithmique et de la gouvernance des conduites ressemble fort à celui d'un système cybernétique. Cet usage rend possible de nouvelles formes d'agencement et de traitement des données ouvrant la voie à l'édification de politiques en temps réel fondées sur l'analyse prédictive. Cette pression algorithmique qui s'exerce sur nos activités épistémiques fait surgir un certain nombre d'interrogations éthiques qui constituent le second intérêt de cette thèse. L'orientation des comportements individuels, en matière de santé, d'hygiène, de modes de vie, de problématiques environnementales ou d'incitations au civisme perd ici la transparence nécessaire à son élaboration en tant qu'objet d'intérêt public. Aux mains d'acteurs privés, le “nudging algorithm” et son fonctionnement automatisé, relativement opaque entre-il toujours dans le cadre d'une action de politique publique ? Quelle incidence sur l'autonomie des gouvernés ?

  • Titre traduit

    Hypernudge: towards a new form of cybernetic-inspired political governance?


  • Résumé

    The objective of this thesis is twofold. First, to trace the cybernetic influence, discrete but important, which inspires many current digital developments, through the recent example of "nudge", a practice that combines big-data, behavioral sciences, marketing and public governance. Even more so, it is the algorithmic decision guidance techniques based on the "nudge" or "hypernudge" model, which enable the context of informational choices and the decision-making process to be shaped according to a predefined architecture that exemplifies the technical and social relevance of a science that has often remained in the shadow of artificial intelligence reputation. The depth as well as the difficult theoretical unification of cybernetics complicates the task that this work aims to elucidate. The scientific and explanatory character of this paradigm is sometimes abandoned to be confused with its object of study, i.e. as a means of action and control which finds in the incentive architecture of "online nudges", fed in real time by user data, its perfect expression. For the use that is currently made of algorithmic micro-targeting and governance of behaviors closely resembles that of a cybernetic system. This use makes possible new forms of data organization and processing, paving the way for the construction of real-time policies based on predictive analysis. This algorithmic pressure on our epistemic activities raises a number of ethical questions that constitute the second interest of this thesis. The orientation of individual behaviors, in terms of health, hygiene, lifestyles, environmental issues or incentives for civic-mindedness, lacks here the transparency necessary for its elaboration as an object of public interest. In the hands of private actors, does the "nudging algorithm" and its automated, relatively opaque operation still fall within the framework of public policy action? What impact does it have on the autonomy of the governed?