Hystérèse et sciences politiques dans l’histoire politique de la France contemporaine

par Guillaume Bigot

Projet de thèse en Science politique

Sous la direction de Francis Balle.


  • Résumé

    Aucune collectivité humaine ne saurait s’organiser et durer sans être dominée par un pouvoir politique, fondée sur une autorité reconnue comme légitime à l’intérieur d’un territoire circonscrit et sur une population donnée. Un pouvoir de nature politique, c’est-à-dire, disposant du monopole de la violence légitime à l’intérieur de ses frontières au nom d’un bien commun, partagé entre dirigeants et dirigés. Ce bien commun qui légitime les règles de dévolution du pouvoir (la morphologie politique) et place nécessairement la sauvegarde du groupe au-dessus de la préservation de l’individu. Depuis 1991, en France ainsi que dans les pays européens les plus engagés dans la construction européenne, le pouvoir politique s’est engagé dans un processus d’auto-affaiblissement au profit de pouvoirs économiques et juridiques aboutissant à relativiser la notion d’intérêt général et à délégitimer l’exercice du monopole de la violence légitime. Ce paradigme peut s’analyser comme l’utopie d’une autorité sans pouvoir et d’un dépassement juridique de l’Etat-nation mais aussi comme le dépassement historique de la nécessité absolue du pouvoir politique. Le caractère traumatique des totalitarismes du XXᵉ siècle a donné naissance à de nombreux courants de pensée plaidant tous en faveur de la déligitimation de l’autorité et de la mitigation du pouvoir. En Europe occidentale, un phénomène d’hystérèse des totalitarismes du XXᵉ siècle explique le succès de ces théories mais aussi la facilité avec laquelle l’utopie de la bonne gouvernance mondiale s’est répandue.

  • Titre traduit

    Hysteresis and political science in the political history of contemporary France


  • Résumé

    No human collectivity can last and be organized without being dominated by a political power, based on an authority recognized as legitimate within a circumscribed territory and on a given population. A power of a political nature, that is to say, with a monopoly of legitimate violence within its borders in the name of a common good, shared between leaders and leaders. This common good that legitimizes the rules of devolution of power (political morphology) and necessarily places the group's safeguard over the preservation of the individual. Since 1991, in France as well as in the European countries most committed to the construction of Europe, nation states have participated in a process of self-weakening in favor of economic and legal powers resulting in relativizing the notion of general interest. and to delegitimize the exercise of the monopoly of legitimate violence. This paradigm can be analyzed as the utopia of an authority without power and a legal overtaking of the nation-state but also as the historic overcoming of the absolute necessity of political power. The traumatic character of totalitarianism in the 20th century has given rise to many currents of thought all advocating the legitimization of authority and the mitigation of power. In Western Europe, a phenomenon of hysteresis of totalitarianism in the twentieth century explains the success of these theories but also the ease with which the utopia of good global governance has spread.