La Révolution agricole du XXIe siècle : Géographie d'un nouveau paradigme social?

par Manon Tassel

Projet de thèse en Géographie humaine, économique et régionale

Sous la direction de Monique Poulot.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent , en partenariat avec Laboratoire Architecture, Ville, Urbanisme, Environnement (laboratoire) depuis le 25-11-2019 .


  • Résumé

    Le XXIe siècle, monstre de vitesse, de technologie et d'échanges, se caractérise déjà par un bouleversement transversal de la société, de nos modes de vies, de nos habitus. Le contexte agricole contemporain n'échappe pas à ces profonds bouleversements, tangibles à différentes échelles : dans les systèmes de production, les types d'exploitation, les formes d'agriculture – de l'agriculture familiale à l'agriculture d'entreprise –, les modes de financement, d'innovation, de commercialisation ou encore dans le type de semences utilisées. Ces changements sont multiples, parfois contradictoires, mais posent tous la question des trajectoires futures de l'agriculture. Tandis que les affects sociétaux s'incarnent dans un désir salvateur de « nature » et la remise en cause des modèles productivistes, la pensée agricole, éthique et scientifique, est ainsi interrogée en profondeur. Ces changements en cours, dont certains prennent la forme de ruptures, réactualisent la notion de révolution agricole – notion qui a structuré les analyses des transformations productivistes des deux derniers siècles et qui continue d'être au coeur des réflexions actuelles face aux grands enjeux environnementaux, socio-spatiaux, économiques et sanitaires du XXIe siècle. Dans ce contexte, la littérature scientifique a déjà commencé à faire état d'une « troisième » révolution agricole, engagée depuis le milieu des années 1990. Succédant à une « première » révolution aux XVIII-XIXe siècles et une « deuxième » amorcée dans les années 1950, cette « troisième » révolution se présente comme une nouvelle rupture palingénésique – bien qu'elle connaisse plusieurs lectures. Une lecture américaine et internationale l'associe à l'avènement des techniques culturales simplifiées et des biotechnologies, dont les OGM sont la partie la plus connue – donc une nouvelle révolution technique, mais également une révolution économique puisque l'innovation agricole se trouve désormais dans les mains de grands groupes privés qui construisent des monopoles dans le secteur agro-alimentaire, plutôt que dans celles de la profession ou de l'Etat. Une autre lecture, plus géo-centrée à l'échelon européen et en France en particulier, emploie moins cette notion en termes de « technicité » que de « responsabilité ». La révolution agricole peut alors être confondue avec des discours verdissants, plus en accord avec les principes de durabilité, théoriquement. À ce propos, on observe un glissement lexical significatif vers une notion bien plus commode : la « transition ». Celle-ci devient d'ailleurs la norme dans le vocabulaire législatif et institutionnel (avec un Ministère de « l'Agriculture et [depuis 2017] de l'Alimentation » qui parle de « transition agro-écologique »). Toutefois, cette transition, fonctionnelle et organisationnelle, n'en est pas moins technique (liée aux technologies de l'information ou à l'agriculture de précision) et préoccupée par les exigences économiques de l'Europe appliquées aux Etats, incluant l'ordre de la dette et la lutte contre le déficit. Aussi, que l'on parle de transition ou de révolution, la question posée aujourd'hui aux communautés scientifiques demeure celle des trajectoires agricoles et alimentaires, à l'aune des crises que traversent actuellement l'agriculture et les sociétés qui en vivent. Si les discours sont particulièrement contrastés – en appliquant aujourd'hui le terme « révolution » à des dynamiques diamétralement opposées : de la révolution des biotechnologies à l'échelle mondiale, aux révolutions « vertes » de l'entrepreneuriat européen, jusqu'à l'idée d'une rupture radicale avec le modèle antérieur à travers des initiatives plus locales, alternatives et souvent militantes – pour un nombre croissant de chercheurs, la prochaine révolution ne saurait être autre chose qu'une remise en cause de notre manière de penser l'agriculture et l'innovation. Nous souhaitons donc interroger cette notion de « révolution », d'un point de vue tant sémantique que conceptuel, dans une perspective diachronique et selon les différentes écoles de pensée. Que signifie aujourd'hui la « révolution agricole » ? Comment la définir d'après des processus qui sont à l'oeuvre actuellement ? Est-il légitime de parler de troisième révolution agricole au regard de la nature des ruptures qui la caractérise ? Les dynamiques contemporaines portent-elle une rupture totale ou une révolution hybride ? Enfin, à quels critères doit répondre la prochaine révolution agricole au regard des attentes sociétales et des grands enjeux du XXIe siècle ?

  • Titre traduit

    The Agricultural Revolution of the 21st Century : Geography of a New Social Paradigm?


  • Résumé

    Traduction indisponible