Moderniser par l'eau. Appropriations foncières, recompositions de l'espace et inégalités en milieu rural au Maroc : le mythe de la modernisation par les eau souterraines

par Imane Mattei (Messaoudi)

Projet de thèse en Géographie humaine, économique et régionale

Sous la direction de David Blanchon et de Olivier Graefe.

Thèses en préparation à Paris 10 en cotutelle avec l'Université de Fribourg , dans le cadre de École doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent , en partenariat avec Laboratoire Architecture, Ville, Urbanisme, Environnement (laboratoire) depuis le 06-11-2015 .


  • Résumé

    Depuis les années 1980, la plaine du Saïss, située au Nord-Ouest du Maroc, a été fortement marquée par la dynamique d'irrigation par les eaux souterraines et a vu ses agriculteurs passer d'une agriculture exclusivement pluviale à une agriculture en partie ou en totalité irriguée par les eaux souterraines. Les motivations d'accès et d'exploitation des eaux souterraines allaient au-delà de l'amélioration du cadre de vie ou de la modernisation de l'exploitation agricole. Avoir son puits, son forage, son eau, était devenu une question de dignité et de libération de l'emprise de l'État. La course vers le pompage est devenue, sur la plaine du Saïss, une course identitaire grâce à laquelle les agriculteurs ont pu se réapproprier le territoire et reconfigurer l'espace rural. Mais l'accès et l'exploitation de l'eau individuelle ont été fortement conditionnés par les capitaux économique et social des exploitants agricoles. En plus des disparités structurelles (liées notamment à la taille des exploitations agricoles), se sont rajoutés des éléments conjoncturels, dans le cadre du Plan Maroc Vert, (partenariats, subventions étatiques pour le creusement des puits, des forages, pour l'équipement en goutte-à-goutte…) favorisant principalement les grands exploitants agricoles (locataires ou investisseurs) au détriment des agriculteurs autochtones. Ainsi, l'eau souterraine qui devait permettre de lutter contre la pauvreté a été accaparée par une minorité de grands exploitants, dotés de capacités financières et de réseaux importants leur permettant une utilisation intensive (et non-contrôlée) de la ressource. Ce sont ces mêmes exploitants agricoles privilégiés qui sont responsables de l'épuisement de la nappe du Saïss. Dans ce contexte, ce travail de recherche montre que cette politique de laisser-aller laisser-faire ne traduit pas une incapacité à réguler la gestion des eaux souterraines. Il s'agit, au contraire, d'une politique volontaire visant à étouffer des tensions politiques et sociales, de plus en plus importantes, en milieu rural, dans ce contexte de surexploitation massive des ressources. L'autorisation de prélèvements illégaux, le retard de mise en pratique du contrat de nappe, l'absence de la police de l'eau sur le terrain… deviennent des outils qui permettent d'apaiser les tensions et d'assurer la coexistence d'une mosaïque d'exploitations agricoles, autour du mythe de l'irrigation par les eaux souterraines, malgré le renforcement des inégalités.

  • Titre traduit

    Modernize by water. Land appropriations, spatial recompositions and inequalities in rural areas in Morocco: the myth of modernization using groundwater


  • Résumé

    Since the 1980s, the Saïss plain, located in the north-west of Morocco, has been strongly marked by the dynamics of irrigation by groundwater and has seen its farmers switch from exclusively rain-fed agriculture to partly or entirely irrigated by groundwater. The motivations for accessing and exploiting groundwater went beyond improving the living environment or modernizing the farm. Having your own well, your borehole, your water had become a matter of dignity and liberation from the grip of the state. The race towards pumping has become, on the Saïss plain, an identity race thanks to which farmers have been able to reclaim the territory and reconfigure the rural space. But the access and exploitation of individual water has been heavily conditioned by the economic and social capital of farmers. In addition to structural disparities (linked in particular to the size of farms), cyclical elements have been added, within the framework of the Green Morocco Plan, (partnerships, state subsidies for the digging of wells, boreholes, for equipment in drip ...) mainly favoring large farmers (tenants or investors) to the detriment of indigenous farmers. Thus, the groundwater which was supposed to eradicate poverty was monopolized by a minority of large operators, endowed with financial capacities and large networks allowing them an intensive (and uncontrolled) use of the resource. It is these same privileged farmers who are responsible for the depletion of the Saïss water table. In this context, this research work shows that this policy of "laissez-faire laissez-faire" does not translate an inability to regulate the management of groundwater. It is, on the contrary, a voluntary policy aimed at stifling political and social tensions, which are increasingly important, in rural areas, in this context of massive overexploitation of resources. The authorization of illegal withdrawals, the delay in putting the groundwater contract into practice, the absence of the water police on the ground ... become tools that allow tensions to be eased and ensure the coexistence of a mosaic of farms, around the myth of groundwater irrigation, despite the growing inequalities.