Les archives du pouvoir. Produire, conserver et utiliser l'écrit à Reims (XIIIe-XVIIe siècles).

par Emmanuel Melin

Projet de thèse en Histoire et archéologies des mondes médiévaux

Sous la direction de Franck Collard.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent , en partenariat avec Histoire médiévale et moderne (laboratoire) depuis le 02-09-2014 .


  • Résumé

    Cette étude vise à comprendre la place de la conservation de l'écrit dans le fonctionnement institutionnel et ses usages dans les rapports entre les pouvoirs ecclésiastiques et bourgeois. Du XIIIe au XVIIe siècle, les archives du pouvoir municipal sont bipolaires, produites et conservées par l'échevinage et le conseil de ville. La production, la communication et la consultation des archives participent des conflits judiciaires constants entre les bourgeois et le seigneur-archevêque. Les archives sont au cœur de la quête d'institutionnalité menée par les échevins, tandis que celles du conseil sont un élément du fragile équilibre municipal né de la guerre. Élément d'urbanité vécue, les archives tiennent une place essentielle dans la fabrique d'un espace public de papier. Les conflits avec le seigneur entraînent encore une dispersion continue des écrits et une recréation régulière de dépôts plus ou moins éphémères qui ont une fonction autant symbolique que pratique. A l'époque moderne, le regroupement géographique des archives municipales marque le début de leur mise en tension spatiale au sein de l'hôtel de ville. Si une administration des archives se met alors en place et que les inventaires se multiplient, c'est pour mieux résister aux forces centrifuges qu'elles subissent de manière croissante, tandis que la "science des archives", les efforts d'organisation et de classement demeurent sélectifs, ponctuels et sans lendemain. Le pouvoir royal exerce un contrôle grandissant sur ces archives, impulsant la création de dépôt, de nouvelles productions documentaire, des campagnes de cotations, des efforts de conservation, des moments de monstration des archives qui forment le vecteur d'une affirmation matérielle du pouvoir royal en même temps que de l'affirmation d'une autonomie de plus en plus contrainte. Les archives captent une partie des dynamiques politiques et institutionnelles d'une cité des sacres en quête d'autonomie municipale et prise dans un processus de sujétion. Au XVIIe siècle, la fusion de l'échevinage et du conseil entraîne celle de leurs archives, qui forment alors un fonds municipal dont la transmission voile et détermine fortement la perception actuelle de l'histoire d'une cité qui ne saurait être réduite à l'image de cité des sacres, dont le poids est d'autant plus fort que les archives "municipales", trop lestées par des logiques institutionnelles, n'ont pu véritablement cristalliser la mémoire d'une cité fragmentée.

  • Titre traduit

    The archives of power. Production, use and conservation of written (Reims, XIIIth-XVIIth centuries)


  • Résumé

    This study aims to understand the place of the preservation of the written word in the institutional functioning and its uses in the relations between ecclesiastical and bourgeois powers. From the 13th to the 17th century, the archives of municipal power were bipolar, produced and preserved by the aldermen and the town council. The production and consultation of the archives were part of the constant judicial conflicts between the bourgeois and the Lord Archbishop. The crystallized archives are at the heart of the aldermen's quest for institutionality, while those of the council are an element of the fragile municipal equilibrium born of the war. An element of lived urbanity, archives play an essential role in the making of a public paper space. Conflicts with the lord still lead to a continuous dispersion of writings and a regular recreation of more or less ephemeral deposits which have a function as much symbolic as practical. In modern times, the geographical regrouping of the municipal archives marks the beginning of their spatial tension within the town hall. If an archive administration is then set up and inventories multiply, it is to better resist the centrifugal forces to which they are increasingly subjected. While the "science of archives", the efforts of organization and classification remain selective, punctual and short-lived. The royal power exerts increasing control over these archives, driving the creation of repositories, new documentary productions, quotation campaigns, conservation efforts, and moments of showcasing the archives, which form the vehicle for a material affirmation of the royal power at the same time as the affirmation of an increasingly constrained autonomy. The archives capture part of the political and institutional dynamics of a city of coronations in search of municipal autonomy and caught in a process of subjugation. In the seventeenth century, the merger of the aldermen and the council led to the merger of the archives, which then formed a municipal collection whose transmission veils and strongly determines the current perception of the history of a city that cannot be reduced to the image of a coronation city, whose weight is all the stronger as the "municipal" archives, too weighted by institutional logic, have not been able to truly crystallize the memory of a fragmented city.