La question de la faim en Afrique dans les écrits d'Augustin d'Hippone (vers 350-430)

par Rasia Bouanga

Projet de thèse en Histoire et archéologie des mondes anciens

Sous la direction de Herve Inglebert.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent , en partenariat avec Archéologies et Sciences de l'Antiquité (laboratoire) depuis le 11-12-2018 .


  • Résumé

    Nous voulons étudier la question de la faim dans les écrits de saint-Augustin. Notre travail relève de l'histoire sociale et vise particulièrement le milieu populaire. Nous passerons par l'étude des aspects liés à la société ecclésiastique. Mais nous ne ferons qu'une étude sociale et non réligieuse. Notre objet d'étude est l'Afrique romaine aux IVe et Ve siècles, plus précisément de 312/313, avec l'avènement d'un empereur chrétien, Constantin, ce qui modifie la question de l'attention portée à la pauvreté en 439, date de la prise de Carthage par les Vandales. Les thèmes de la famine et de la pauvreté en Afrique romaine tardoantique n'ont guère été abordés. Il s'agit là d'une lacune vraisemblablement due au jugement positif porté a priori sur une Afrique alors prospère grâce à ses exportations d'huile, de céramique et de salaisons de poissons. Cependant, on sait par les sources, qui sont abondantes, que cette prospérité était très inégalement partagée et que la richesse d'une minorité aristocratique s'accompagnait du dénuement ou de la pauvreté d'un grand nombre. La famine et la pauvreté sont étroitement liées à l'insécurité alimentaire. La notion de sécurité alimentaire, qui traduit la maîtrise de l'approvisionnement régulier de la population, est à distinguer de l'autosuffisance alimentaire, qui a surtout une dimension locale. Ces deux aspects, à la fois économiques, sociaux et politiques, existaient dans l'Antiquité. Le problème de l'approvisionnement des villes a été bien étudié pour le Haut-Empire (Garnsey 1988), de même que celle des alimenta italiens, les questions liées à ces thématiques pour l'Antiquité tardive ont été perturbées par la nature des sources. Ceci entraîne une présence surabondante des thèmes liés à la pauvreté dans les textes des IVe-Ve siècles par rapport aux époques antérieures. Le débat n'est pas clos entre ceux qui pensent que la pauvreté s'est réellement accrue dans l'Antiquité tardive (Patlagean 1977) et ceux qui estiment qu'il s'agit là d'un effet de sources lié au christianisme (Brown 2002). Ceci explique que la plupart des études récentes ont porté sur l'histoire des représentations de la pauvreté dans les documents impériaux (Corbo 2006) ou dans les sources cléricales (Freud 2007). Lorsqu'on essaie de quitter le domaine des représentations pour analyser les realia tardoantiques, le thème de la pauvreté a été traité de manière globale (Rougé 1990, Neri 1998, Carrié 2003, Atkins & Osborne 2006) et celui de la famine a été abordé pour l'Orient romain (Stratakopoulos 2004). Dans la partie occidentale de l'Empire, le thème de la pauvreté a surtout été étudié dans le cadre de l'Italie, en particulier à cause d'Ambroise de Milan, qui a été le Père de l'Église le plus sensible à la dimension sociale de la pauvreté. Il a été mis en lien avec l'évergétisme chrétien (Caillet 1993) ou avec la charité chrétienne (Fin 2006). En revanche, le cas de l'Afrique a été négligé, c'est ce que nous tentons d'expliquer. On sait que les historiens et les archéologues ont mis en valeur de très fortes disparités régionales et de grandes ruptures chronologiques durant les huit siècles de l'histoire de l'Afrique romaine, de la destruction de Carthage à l'invasion arabe. Mais l'éclat de la prospérité africaine qui, à partir du IIe siècle de notre ère, a fait de cette région-là, la plus riche de l'Empire en Occident au IVe siècle, a occulté les ombres de cette réussite. Pour aborder celles-ci, on peut partir d'excellentes mais rares études sur la vie sociale au début du Ve siècle dans les campagnes (Lepelley 2001) ou les villes (Magalhaes de Oliveira 2012). Mais la plupart des analyses ont en fait porté sur des aspects théologiques comme la doctrine charitable chez Cyprien de Carthage (Mattei 2016), ou les aspects spirituels (Montanari 1982), monastiques (Sanchis 1958, Neusch 2012) ou pastoraux (Vismara 1975) de la pauvreté chez Augustin. Nous avons deux types de sources disponibles, dont les historiens classiques ou chrétiens. Pour les textes africains des IVe et Ve siècle, il en existe plusieurs centaines. Pour les textes chrétiens, il faudra écarter de nombreuses occurrences exégétiques ou théologiques qui, le plus souvent, ne renvoient pas à des realia, plus souvent attestés dans les lettres et les sermons.

  • Titre traduit

    Hunger in Roman Africa in the 4th and 5th centuries in Writings of Saint Augustine


  • Résumé

    We want to study the question of famine and poverty under St. Augustine. Our work is social history and particulary aimed at the popular milieu. We will go through the study of aspects related to ecclesiastical society. But we will only do a social and non religious study. Our object of study is Roman Africa in the fourth and fifth centuries, more precisely 312/313, with the advent of an emperor, Christian Constantine, which modifies the question of the attention paid to poverty in 439, date the capture of Carthage by the Vandals. The themes of famine and poverty in late-Roman Roman Africa have hardly been addressed. This is probably due to the positive judgement of a prosperous Africa in the first place because of its exports of oil, ceramics and fish salting. However, we know from abundant sources that this prosperity was unequally shared and that the wealth of an aristocratic minority was accompanied by the destitution or poverty of many. Famine and poverty are closely linked to food insecurity. The notion of food security, which reflects the control of the regular supply of the population, is to be distinguished from food self-sufficiency, which especially a local dimension. These two aspects, at once economic, social and political, existed in antiquity. The problem of urban supply has been well studied for the high Empire( Garsey 1988), as well as that of Italian foodstuffs, questions related to these themes for late antiquity have been disturbed by the nature of de sources.This leads to a super abundant presence of the themes related to poverty in the texts of the 6th and 7th centuries compared to earlier periods. The debate is not closed between those who think that poverty has actually increased in late antiquity as (Patglan 1977), and those who believe that this is a source effect related to Christianity( Brown 2002). This explains why most recent studies have focused on the history of of representations of poverty in compelling documents (Corbo 2006) or in clerical sources (Freud 2007). When one tries to leave the realm of representations to realizations, the theme of poverty has been treated in global way (Rougé 1990), Neri 1998? Carrié 2003, Atkins and Osborne 2006)and that of famine has been approached for the Roman Orient(Stracopuolos 2004). In the western part of Empire, the theme of poverty was mainly studied in the context of Italy, especially because of Ambroise of Milan, who was the most sensitive Father of the church in the social dimension of poverty. It has been linked to Christian evergetism (Caillet 1993) or to Christian charity (late 2006). On the over hand, the case of Africa has been neglected, that is what we are trying to study. Historians and archeologists have recognized the great regional disparities and major chronological breaks during the eight centuries of Roman Africa's history, from the destruction of Carthage to the Arab invasion. But the brilliance of African prosperity which, from the second century of our era, made this region there, the richest of the Empire in the west in fourth century, has overshadowed the shadows of this success. To approach this, one can start from excellent but rare studies on the social life at the beginning of the fifth century in the countryside(Leppelley 2001)or the cities( Magalhaes de Oliviers 2012).But must analyzes have in fact focused on theological aspects such as the charitable doctrine of Cyprian of Carthage (Mattei 2016), or the spiritual aspects(Montanari 1982), monastic(Sanchis 1958,Neush 2012), or pastoral(Vismara 1975) of Augustine's poverty. We have two types of sources available, including classical or Christian historians. For the African texts of the fourth and seventh centuries, there several hundred. For Christian texts, many exegetical or theological occurrences will have to be discarded, which often do not refer to realizations, more often attested in letters and sermons.