Expériences de la croyance et du savoir dans la recherche scientifique : pragmatisme et neurosciences.

par Christopher Stevens

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Barbara Stiegler.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Sciences, Philosophie, Humanités (Bordeaux) (equipe de recherche) depuis le 01-09-2017 .


  • Résumé

    On peut reconnaître dans la crise de la reproductibilité que subissent les sciences expérimentales un exemple de ce que la philosophie pragmatiste appelle des « situations problématiques ». Celles-ci sont des situations qui rompent la continuité et l'interaction qui existent en conditions idéales entre un environnement donné et les individus qui l'habitent et l'animent. Dans le cas de la crise de la reproductibilité, il s'agirait d'une part de la Science en tant qu'environnement de recherche et d'autre part des chercheurs qui animent l'entreprise scientifique, c'est-à-dire, l'établissement d'un savoir dont la vérité doit être objectivement validable. En restant attaché au principe pragmatiste d'une interaction entre individus et environnement, nous partirons de l'hypothèse selon laquelle cette crise serait alimentée notamment par un phénomène entièrement subjectif: les biais cognitifs de ces mêmes chercheurs. L’intérêt d'une réponse à cette situation problématique qui articulera philosophie et neurosciences se révèle aussitôt : la première discipline trouve sa force dans sa capacité de construction et déconstruction conceptuelles tandis que la deuxième prétend être à même de révéler la nature physiologique de toutes nos capacités et incapacités mentales, nos biais compris. La philosophie pragmatiste, et par son approche holiste de toute « situation problématique » et par sa revendication d'un naturalisme construit sur les résultats empiriques de notre meilleure science actuelle, est particulièrement apte à soutenir ce genre de réponse interdisciplinaire. Or, en examinant cette crise sous les optiques croisées de la philosophie et des neurosciences, nous devrons aussi nous demander si son origine ultime ne nous mène pas plus loin, jusqu'à nous interroger sur les effets, sur la pratique scientifique, des expériences vécues du « croire » (la conviction hypothétique) ou du « savoir » (la conviction certaine) du chercheur vis-à-vis de l'hypothèse à l'épreuve dans ses recherches. A son tour, cette étape nous poussera à considérer la nature neurobiologique et morale de ces différents niveaux de conviction ainsi que l'éducation scientifique qui les instaure.

  • Titre traduit

    Experimenting with belief and with knowledge in scientific research : pragmatism and neuroscience.


  • Résumé

    The reproducibility crisis within the experimental sciences constitutes a perfect example of what pragmatist philosophy calls “problematic situations”. These are situations which rupture the continuity and interaction which exist in ideal conditions between a given environment and the individuals who inhabit and animate it. In the case of the reproducibility crisis, we can respectively identify Science, as a research environment, and the researchers who animate the scientific enterprise itself, which is to say, the establishment of knowledge whose truth must be objectively validatable. And yet, a significant part of this crisis is nourished by a perfectly subjective phenomenon: the cognitive biases of the researchers themselves. The interest of responding to this problematic situation from both a philosophical and a neuroscientific perspective is immediately clear: the strength of the first discipline is in its capacity for conceptual construction and deconstruction, whereas the goal of the second is to open up the cranial black box and reveal the physiological nature of all of our mental capacities and incapacities. Specifically, pragmatist philosophy, both by its holistic approach to all “problematic situations” and by its recourse to the empirical results of our best current science, reveals itself to be particularly apt to house such an interdisciplinary response. Yet, by situating our investigation into this crisis at the interface of philosophy and neuroscience, we observe that its ultimate source leads us much further, to the point of questioning the effects on scientific practice of the researcher’s own sensations of “belief” (a hypothetical conviction) or of “knowledge” (a conviction of certainty) with respect to the hypothesis s/he is testing. In turn, this step leads us to consider both the neurobiological nature of these different levels of conviction and the scientific education which sets them in place.