Le rapport au vote des cohortes en Espagne depuis la Transition : culture(s) civique(s) et participation électorale

par Lucas Ormiere

Projet de thèse en Science politique

Sous la direction de Vincent Tiberj et de Guillermo Cordero.

Thèses en préparation à Bordeaux en cotutelle avec l'Université autonome de Madrid , dans le cadre de Sociétés, Politique, Santé Publique , en partenariat avec Centre Emile Durkheim (laboratoire) depuis le 17-09-2019 .


  • Résumé

    Ce projet de thèse propose de comprendre comment le rapport au vote des citoyens espagnols a peu à peu changé depuis la Transition démocratique. Les études sur la participation électorale en Espagne ont souvent étudié comment les générations votent de manière différente après la crise de 2008, et moins souvent si elles votent ou pas. De plus, la plupart des enquêtes quantitatives évoquent les générations de la Transition comme des "générations civiques" "super-participantes", tant dans le vote que sous d'autres formes de participation politique. Or, les nouvelles générations qui ont grandi en démocratie ont développé un nouveau rapport à la crise. Plus diplômées que leurs parents et grands-parents, mais aussi plus précarisées sur le marché du travail suite à la crise, ils sont presque autant intéressés par la politique que leurs ainés. Et pourtant, ils votent moins, et surtout moins souvent. L'étude longitudinale de la participation électorale sur le temps long est donc nécessaire. Existent-ils des inégalités électorales plus importantes selon le niveau de diplôme, l'intérêt pour la politique ? Quels mécanismes poussent les cohortes générationnelles d'espagnols à avoir une propension plus ou moins importante à se rendre aux urnes depuis 1977 ? Cette enquête utilise des méthodes mixtes, qualitative et quantitative. Pour étudier l'évolution du "rapport ordinaire au vote", sont utilisées l'ensemble des enquêtes post-électorales du Centro de Investigaciones Sociológicas pour les élections générales, européennes et les référendums nationaux en Espagne entre 1979 et 2019 (n=120,000). Il s'agit d'étudier l'effet générationnel dans le rapport au vote des citoyens espagnols. En d'autres termes, comment la perception du vote a changé par l'effet du renouvellement générationnel. Plusieurs mécanismes que nous testons peuvent l'expliquer : le renouvellement générationnel, la défiance politique, la crise de 2008, des socialisations dans des contextes différents (certaines durant une période exceptionnelle, la Transition démocratique, d'autres dans la période démocratique, le changement des valeurs). Nous montrons en quoi le cas espagnol est particulièrement intéressant pour étudier ce changement de perception du vote. Est-il devenu plus "intermittent", moins "obligatoire" ? L'aspect symbolique du "devoir civique" du vote prend-il encore chez les nouvelles générations socialisées en démocratie ? Pour illustrer ces résultats issus de l'enquête quantitative, nous élaborons une campagne de 40 à 50 entretiens. Nous interrogeons des citoyens "ordinaires" sur leur perception de l'utilité du vote selon les générations, leur niveau de diplôme/classe sociale, leur communauté autonome d'origine. Sur le plan théorique, il s'agit de montrer si des cultures du vote différenciées selon les cohortes apparaissent. S'agit-il donc d'une autre manière de participer politiquement où le vote n'a plus autant d'importance ? Cela produit-il de « meilleurs citoyens » ?

  • Titre traduit

    The relationship to voting and politics in Spain since the Democratic Transition : civic cultures and electoral turnout


  • Résumé

    This thesis project proposes to understand how Spanish citizens' relationship to voting has gradually changed since the return to democracy in 1977. Studies on electoral participation in Spain have often studied how different generations vote after the 2008 crisis, and less often whether they vote or not. Moreover, most quantitative surveys refer to the Transition generations as 'super-participant' 'civic generations', both in voting and in other forms of political participation. However, the new generations that have grown up in a democracy have developed a new relationship with the crisis. More educated than their parents and grandparents, but also more precarious on the labour market following the crisis, they are almost as interested in politics as their elders. And yet, they vote less, and especially less often. A longitudinal study of electoral participation over time is therefore necessary. What mechanisms have driven generational cohorts of Spaniards to have a greater or lesser propensity to go to the polls since 1977? This survey uses mixed qualitative and quantitative methods. To study the evolution of the 'ordinary relationship to voting', the set of post-electoral surveys of the Centro de Investigaciones Sociológicas for general, European and national referendums in Spain between 1979 and 2019 (n=120,000) are used. The aim is to study the generational effect in the voting behaviour of Spanish citizens. In other words, how the perception of the vote has changed due to the effect of generational renewal. Several mechanisms that we test can explain this: generational renewal, political mistrust, the 2008 crisis, socialisations in different contexts (some during an exceptional period, the Democratic Transition, others in the democratic period, the change in values). We show how the Spanish case is particularly interesting for studying this change in the perception of the vote. Has it become more 'intermittent', less felt as 'compulsory'? Does the symbolic aspect of the "civic duty" of voting still hold sway among the new generations socialised in a democracy? To illustrate these results from the quantitative survey, we are developing a campaign of 40 to 50 interviews. We questioned 'ordinary' citizens about their perception of the usefulness of voting according to their generation, their level of education/social class and their autonomous community of origin. From a theoretical point of view, the aim is to show whether different voting cultures emerge depending on the cohort. Is this another way of participating politically where voting is no longer as important? Does this produce 'better citizens'?