Dire l'émotion artistique à la Renaissance

par Nathalie Godnair

Projet de thèse en Lettres Modernes

Sous la direction de Stéphan Geonget.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Humanités et Langues - H&L , en partenariat avec Centre d'études supérieures de la Renaissance (Tours) (laboratoire) depuis le 29-11-2018 .


  • Résumé

    Selon J.-M. Schaeffer, l'expérience esthétique constitue « de toutes les expériences communément vécues à la fois la plus banale et la plus singulière ». Au sein de cette catégorie, l'expérience artistique – qu'elle advienne par le biais de la contemplation d'un tableau, d'une sculpture, d'un bâtiment, d'une pièce d'orfèvrerie, l'écoute d'un morceau de musique, ou la lecture d'un texte – constitue un moment unique où se rencontrent l'œuvre d'art et la conscience qui la perçoit et ressent des émotions à son contact. Comme en écho à cette singularité de la perception, l'expression de l'émotion artistique s'inscrit tout au long du XVIe siècle dans des types de textes et des genres très variés. Au-delà de cette hétérogénéité formelle, on peut néanmoins percevoir l'existence d'éléments stylistiques et rhétoriques récurrents dans la verbalisation de ce moment pourtant singulier et subjectif. Notre travail de recherche se propose d'identifier les constantes et les convergences de cette mise en mots, mais aussi d'en observer les variantes et les écarts. Pour cela, il s'agira tout d'abord de construire un corpus permettant d'établir un modèle, à partir de textes de longueur variée s'inscrivant dans des genres différents, écrits à des époques différentes, et témoignant d'expériences esthétiques diverses. La réflexion pourra alors se fonder sur les questionnements suivants : Dans la mesure où elle s'opère par le filtre du langage, la description de l'émotion artistique repose tout d'abord sur ce que M. Baxandall appelle « un système de concepts propre à une époque », organisé autour de « structures de langage préexistantes ». En écho à cette analyse, nous nous tenterons d'identifier des éléments de langue communs aux auteurs exprimant ce qu'ils ressentent face à l'œuvre d'art. Il s'agira également d'observer en quoi l'évocation de l'expérience artistique comporte une visée rhétorique, consistant à transmettre l'émotion au lecteur par le biais d'un discours épidictique bien souvent fondé sur les procédés de l'amplification. On pourra alors se demander dans quelle mesure cette dimension rhétorique vient interférer dans le rapport à l'œuvre d'art. Ce constat nous engage par ailleurs à envisager les textes en langue française dans leur dimension topique, afin d'observer quelles sont les catégories esthétiques convoquées, et comment sont mobilisées et articulées des références culturelles provenant de sources variées. Notre réflexion s'attachera également à identifier les paramètres qui introduisent des variantes dans cette mise en mots. On pourra ainsi étudier dans quelle mesure la nature de l'œuvre d'art et les sens qu'elle met en jeu influent sur le vocabulaire, la langue et même la syntaxe de l'émotion esthétique. À l'inverse, on pourra également se demander si la forme littéraire elle-même (et en particulier les caractéristiques propres aux différents genres) peut avoir une influence sur l'écriture et la stylistique d'un tel moment. Dans une perspective diachronique, il conviendra enfin de se demander si on peut percevoir au fil du siècle une évolution dans l'expression de cette émotion. Enfin, par la confrontation des formes artistiques qui s'opère et qui pourrait s'apparenter à une forme de traduction, la verbalisation de l'émotion esthétique donne bien souvent lieu à un questionnement plus large sur la littérature et ses enjeux de représentation. Il conviendra d'examiner ce que ce Paragone nous dit du texte littéraire et de son écriture.

  • Titre traduit

    Expressing artistic emotion at the French Renaissance


  • Résumé

    In J.-M. Schaeffer's view, aesthetic experience constitues 'both the most ordinary and the most singular of all the expériences we commonly live'. Whether it arises from contemplating a painting, a sculpture, a building or an artwork, listening to a piece of music or reading a text, artistic experience constitutes a unique moment within the category of the aesthetic, a meeting point between the work of art and the conciousness which perceives it and feels emotions from the contact. The expression of artistic emotion appears throughout the 16th century in various genres and types of textes as an echo of this singularity of perception. Recurrent stylistic and rhetorical elements in the verbalisation of this moment, so singular and subjective, can nonetheless be perceived beyond that formal heterogeneity.