Epiceries sociales et formes d'engagement en milieu populaire. Regards croisés sur le bénévolat associatif entre Tours, Bruxelles et Copenhague

par Tom Beurois

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Hélène Bertheleu et de Heloïse Nez.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Sciences de la Société : Territoires, Economie, Droit - SSTED , en partenariat avec CItés, TERritoires, Environnement et Sociétés (laboratoire) et de COST - Construction Sociale et politique des espaces, des normes et des Trajectoires (equipe de recherche) depuis le 19-09-2019 .


  • Résumé

    La politisation des milieux populaires est souvent pensée sous l'angle du désengagement ou du désintérêt pour le politique. Toutefois, un certain nombre de travaux montrent aujourd'hui qu'il est judicieux d'explorer des lieux considérés a priori comme non politiques, afin de mieux comprendre les formes de politisation ordinaires des milieux populaires (Pudal, 2011) comme cela est souvent le cas dans les associations (Eliasoph, 1998). Appréhender finement le rapport au politique suppose aussi d'élargir la définition des mots « engagement », « politisation » et « politique » (Hamidi, 2010) rapportés généralement au champ de la démocratie représentative partidaire (Gaxie, 1987). Ce modèle d'organisation politique peine aujourd'hui à garder la confiance des citoyens (Cohendet, 2014), notamment celle des milieux populaires (Braconnier, Dormagen, 2007). Ceux qui sont « parlés plus qu'ils ne parlent » pour reprendre l'expression de Pierre Bourdieu, investissent des associations de solidarité lorsqu'ils rencontrent des difficultés à répondre aux besoins fondamentaux de leur existence. L'investissement est ici à comprendre dans un double sens, tout d'abord en tant que bénéficiaire de ces structures mais aussi souvent en tant que bénévoles. Si l'on sait que l'engagement bénévole varie avec le niveau de diplôme, les revenus et le genre, certains espaces associatifs comptent néanmoins parmi leurs bénévoles des personnes à contrecourant de la tendance statistique (Archambaud, Tchernonog, 2012 ; Prouteau, Wolff, 2004, 2013) et qui participent à la vie « politique ». Le champ associatif et celui de l'économie sociale et solidaire ont déjà fait l'objet de recherches en sciences sociales (Simonet, 2016 ; Hély, Moulévrier, 2013 ; Hély, Simonet, 2013 ; Lazuech, 2006), tout comme celui de l'engagement militant (Olivier Fillieule, 2017 ; Sawicki,Siméant, 2009). Toutefois, peu de travaux se sont intéressés aux associations d'aide alimentaire et à leurs acteurs (Le Crom, Retière, 2018) sans doute du fait de leur dimension a priori peu politique. Ce projet propose de décrire les formes de participation et d'engagement bénévole des personnes précaires. Celles-ci sont peu connues et visibles dans les champs médiatique et politique. Quelle place l'engagement des personnes en situation de précarité trouve-t-il dans les associations de solidarité ? Peut-il y avoir des effets de politisation et à quoi les reconnait-on ? La recherche explorera les formes de bénévolat, qu'elles soient individuelles ou collectives, plus ou moins territorialisées, à la lumière des transformations sociales qui les engendrent. Dans cette démarche, une attention particulière sera portée aux rapports de genre et ethno-raciaux afin de comprendre s'ils structurent ou non les formes d'engagement, mais aussi aux effets directs et indirects des politiques publiques. Une enquête qualitative approfondie d'organisations de solidarité à Tours et à Bruxelles (les épiceries sociales Sac à Malices et Amphora) ainsi qu'une association similaire à Copenhague permettra d'éclairer les logiques sociales à l'œuvre dans ces contextes urbains et nationaux distincts. Le dispositif méthodologique principalement fondé sur des observations et des entretiens semidirectifs sera pensé à l'intérieur d'une démarche comparative qui permettra d'une part de dégager les spécificités propres à chaque terrain, et d'autre part une mise en regard un à un, offrant l'opportunité de tester ainsi chaque hypothèse. Cette approche comparative européenne permettra de saisir l'impact des politiques publiques et leurs effets sur les formes d'engagement. Cette recherche contribuera plus largement à un ensemble de questions qui se posent aux sciences sociales depuis quelques années quant aux formes ordinaires de politisation des catégories populaires, à leur place dans la vie politique et aux modalités, peu visibles, de leurs prises de parole dans l'espace public.

  • Titre traduit

    Social grocery stores and commitment of the working classes. Crossed study of voluntary work between Tours, Brussels and Copenhagen


  • Résumé

    The politicization of the working class is often thought of in terms of disengagement or lack of interest in politics. However, a number of studies show that it is interesting to explore places often considered non-political, in order to understand ordinary forms of politicization of the working class (Pudal, 2011). These ordinary forms of politicization often take place in associations (Eliasoph, 1998). Understanding the working class' relationship to politics also implies broadening the definition of “ commitment ”, “politicization” and “politics” (Hamidi, 2010). Those concepts are generally related to the field of representative democracy (Gaxie, 1987). This type of political organization is currently struggling to maintain the trust of citizens (Cohendet, 2014), especially the working class (Braconnier, Dormagen, 2007). Those who are «spoken more than they speak» to use Pierre Bourdieu's expression, invest associations of solidarity when they encounter difficulties in meeting the basic needs of their existence. In this research, « commitment » can be understood in a double sense, first as a « beneficiary » of these structures but also often as volunteers. Although it is known that volunteer involvement changes with the degree level, income and gender, some voluntary spaces nevertheless include people who are counter-current to the statistical trend (Archambaud, Tchernonog, 2012; Prouteau, Wolff, 2004, 2013) and participating in “political” life. The associative field and « solidarity economy » have already been the subject of many researches in the social sciences (Simonet, 2016; Hély, Moulévrier, 2013; Hély, Simonet, 2013; Lazuech, 2006), as well as militant commitment (Olivier Fillieule, 2017; Sawicki,Siméant, 2009). However, very few studies have been done on food aid associations and their actors (Le Crom, Retière, 2018), probably because they are often seen in their non-political dimension. This project proposes to describe the forms of participation and voluntary commitment of precarious people. They are not well known and visible in the media and political fields. What place does the commitment of people in precarious situations find in solidarity associations? Can there be politicization effects and how do we recognize them? The research will explore forms of volunteering, whether individual or collective, more or less territorialized, in the light of the social transformations that generate them. In this approach, we will also focus on gender and ethno-racial relationships in order to understand how they influence forms of commitment. We will point out the direct and indirect effects of public policies. Invest solidarity organisations in Tours and Brussels (the social grocery stores Sac in Malices and Amphora) and a similar association in Copenhagen will shed light on the social logic at work in these distinct urban and national contexts. Our methodology mainly based on observations and semi-directional interviews, will be conceived within a comparative approach which will make possible, on one hand, the identification of specific features of each field, and, on the other hand, the comparison one by one, offering the opportunity to test each hypothesis. This European comparative approach will allow us to grasp the impact of public policies and their effects on forms of commitment. This research will contribute more broadly to a set of questions that have arisen in the social sciences in the last years such as ordinary forms of politicization of working class categories, their place in political life and the visibility of their speeches in public spaces.