Gestes et identités de l'alchimiste en France: 1500-1630

par Renan Crouvizier

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Pascal Brioist.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Humanités et Langues - H&L , en partenariat avec Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance (laboratoire) depuis le 03-10-2018 .


  • Résumé

    L'alchimie à la Renaissance consiste en un ensemble de techniques plus ou moins théorisées, visant à maîtriser la matière, c'est-à-dire notamment, par le truchement de la « pierre philosophale », à perfectionner les métaux pour les transformer en or ou en argent, augmenter la taille des pierres précieuses et des perles ou prolonger la vie humaine. Elle comprend également toutes les opérations que nous aurions tendance à qualifier de chimiques au sens actuel du terme. Depuis le XIXe siècle, l'alchimie a été régulièrement étudiée sous l'angle de l'histoire des idées, les historiens privilégiant généralement l'étude chronologique des théories beaucoup plus que des pratiques, et s'appuyant de ce fait essentiellement sur les alchimistes qui ont transmis des textes à portée théorique. L'histoire des sciences a bénéficié à partir des années 1940 de travaux portant une plus grande attention aux contextes (Robert K. Merton) et aux pratiques (Edgar Zilsel), puis c'est surtout l'histoire des techniques qui s'est emparée de ces questionnements (Robert Halleux). Dans le champ de ce que les Hommes de la Renaissance qualifiaient de « philosophie naturelle » et dont l'alchimie relevait, c'est surtout à l'orée du XXIe siècle que l'attention aux gestes et à la création du savoir par les praticiens que l'historiographie classique n'avait pas retenus s'est développée. Deux territoires, de ce point de vue, ont été particulièrement étudiés pour l'époque de la Renaissance: le Saint-Empire romain germanique (Pamela H. Smith) et l'Italie (William Eamon). Nous nous proposons de faire porter nos recherches sur l'aire française, conscient de ce que ce choix est essentiellement conduit par la commodité de l'accès aux sources comme par la nécessité de limiter l'ampleur de la tâche (qui devra être achevée dans le délai des trois ans), tant les déplacements à travers l'Europe sont attestés chez ceux qui se mêlent d'alchimie. La chronologie retenue, de 1500 à 1630, doit nous permettre de saisir la situation des pratiques alchimiques de même que celle des praticiens de l'alchimie (qui ne forment pas un groupe social homogène), à une époque où il serait vain de vouloir détecter une alchimie distincte de la chimie. Le corpus documentaire consistera essentiellement dans les textes rédigés par les alchimistes, imprimés, manuscrits, des textes produits par les non-alchimistes, les sources judiciaires, iconographiques et autant que faire se peut archéologiques. Il s'agira de préciser la manière dont les alchimistes ont participé à la naissance de la science moderne, par exemple dans la recherche de la précision qui la caractérise, mais aussi de mieux comprendre les relations qu'ils ont entretenues entre eux et avec le corps social.

  • Titre traduit

    Gestures and Identities of the Alchemist in France: 1500-1630


  • Résumé

    Alchemy in the Renaissance consists of a set of techniques more or less theorized, aimed at mastering the material, that is to say in particular, through the "philosopher's stone", to perfect metals to transform them into gold or silver, increase the size of gemstones and pearls or extend human life. It also includes all the operations that we would tend to qualify as chemical in the current sense of the term. Since the 19th century, alchemy has been regularly studied from the angle of the history of ideas, historians generally favoring the chronological study of theories much more than of practices, and therefore relying mainly on alchemists who transmitted texts with theoretical scope. From the 1940s onwards, the history of science benefited from work paying greater attention to contexts (Robert K. Merton) and practices (Edgar Zilsel), then it was above all the history of techniques that took hold of these questions (Robert Halleux). In the field of what Renaissance men qualified as "natural philosophy" and whose alchemy stemmed, it was especially at the dawn of the twenty-first century that the attention to gestures and to the creation of knowledge by practitioners that classical historiography had not retained has developed. Two territories, from this point of view, have been particularly studied for the Renaissance period: the Holy Roman Empire (Pamela H. Smith) and Italy (William Eamon). We intend to focus our research on the French area, aware of the fact that this choice is essentially driven by the convenience of access to sources as well as by the need to limit the scope of the task (which must be completed in the three-year period), so much travel across Europe is attested by those who mingle with alchemy. The chronology retained, from 1500 to 1630, should allow us to grasp the situation of alchemical practices as well as that of practitioners of alchemy (who do not form a homogeneous social group), at a time when it would be futile to want to detect an alchemy distinct from chemistry. The documentary corpus will consist essentially of texts written by alchemists, printed matter, manuscripts, texts produced by non-alchemists, legal and iconographic sources and as far as possible archaeological. It will be a question of specifying the way in which the alchemists participated in the birth of modern science, for example in the search for the precision which characterizes it, but also of better understanding the relations which they maintained between themselves and with the social body.