Experiences, discours et représentations: l'Evolution du statut des animaux en France

par Coralie Chamois

Projet de thèse en Anthropologie

Sous la direction de Isabelle Bianquis-Gasser, Christine Jourdan et de Sophie Laligant.

Thèses en préparation à Tours en cotutelle avec l'Université Concordia , dans le cadre de Sciences de la Société : Territoires, Economie, Droit - SSTED , en partenariat avec Cités Territoires Environnement et Sociétés (Tours) (laboratoire) et de COST - Construction Sociale et politique des espaces, des normes et des Trajectoires (equipe de recherche) depuis le 01-10-2018 .


  • Résumé

    Le débat autour de la place à accorder aux animaux, notamment d'élevage, ne date pas d'hier mais la visibilité croissante des mouvements pour les droits des animaux et véganes semble montrer que la « question animale » est aujourd'hui en Europe, un enjeu sociétal majeur. Autrefois largement minoritaires et stigmatisés, les militants pour la cause animale sont aujourd'hui mieux accueillis par la population civile et leur message connait depuis le développement d'internet, un écho grandissant. En effet, de récentes études ont montré que la question du bien-être animal est une préoccupation croissante pour les consommateurs européens et une majorité d'entre eux estime que les animaux d'élevage devraient être mieux protégés et les consommateurs mieux informés de leurs conditions de vie (Eurobaromètre, 2016). En matière d'information, les militants de la cause animale jouent un rôle important que ce soit en travaillant directement avec les institutions, en accompagnant des professionnels de l'élevage vers une transformation de leurs pratiques, ou en sensibilisant la population civile à travers des campagnes. Il parait alors légitime de s'interroger sur les modalités de l'engagement des militants de la cause animale et sur la façon dont ceux-ci construisent des discours visant à sensibiliser des publics différents. Quels sont en effet les outils rhétoriques, lieux argumentatifs et recours affectifs mobilisés? Comment animaux et humains sont-ils représentés dans ces discours? Cette communication sera l'occasion de présenter les premiers résultats d'une enquête de terrain réalisée auprès de l'association Welfarm depuis le mois de janvier. Il s'agira d'une part de décrire et analyser les stratégies mises en place par Welfarm, et d'autre part de les mettre en parallèle avec celles d'une autre association, L214. En France, L214 est l'association la plus renommée depuis la diffusion en 2015 d'un reportage en caméra caché dans un abattoir du Gard. Fondée en 2008 par Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, l'association tire son nom de l'article du Code Rural L214-1 qui, en 2000, stipule que « Tout animal étant un être sensible, doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ». S'attachant particulièrement à défendre les animaux de production, l'association entend d'une part dénoncer les manquements à la loi pour qu'in fine, la législation et le contrôle soient renforcés; et d'autre part, informer le consommateur sur « la réalité de la production animale », notamment à travers la diffusion de reportages. Enfin, l'association tend à démontrer les impacts négatifs de la consommation de produits issus de la production animale sur le bien-être des animaux, sur l'environnement ainsi que sur la santé des consommateurs, et cherche à proposer à ces derniers des solutions alternatives. L'association Welfarm est fondée en 1994 par Ghislain Zuccolo. Celle-ci a pour objectif de lutter pour la protection des animaux de ferme et pour une meilleure prise en compte de leur bien-être, de la naissance à l'abattage. A travers un éventail d'actions (organisation de campagnes d'information, rédaction de guides, création de matériel pédagogique à destination des écoles, ouverture d'une ferme pédagogique aux visiteurs etc.) l'association a pour ambition d'informer le grand public du fonctionnement de l'élevage intensif, de mettre en avant ses failles, et de diriger le consommateur vers de « bonnes pratiques d'achat ». Plus généralement, l'association Welfarm entend éduquer le consommateur et l'accompagner dans la « consom'action », c'est-à-dire vers la prise en compte du bien-être animal dans ses actes d'achat. Nous verrons alors que bien qu'elles se revendiquent toutes deux de l'antispécisme, il existe entre ces deux associations un désaccord important sur la façon de sensibiliser le public à la cause animale. En effet, alors que L214 défend une posture radicale et l'utilisation du « choc moral » (Jasper, 1999), l'attitude de Welfarm se veut au contraire utilitariste et pédagogue. Il ne s'agit pas pour Welfarm de remettre en question la pratique de l'élevage mais plutôt de dénoncer un type d'élevage jugé « à la dérive » : l'élevage industriel intensif. Toutefois, nous verrons qu'il existe, au sein même de l'association, une pluralité de sensibilités qui se stabilisent de façon complexe.

  • Titre traduit

    Experiences, discourses and representations: Evolution of the status of animals in France


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