Dialogues et tensions entre le réseau de transport d’électricité en France et les paysages depuis le début du XXe siècle

par Bastien Garcia

Projet de thèse en Histoire, histoire de l'art et archeologie

Sous la direction de Christophe Bouneau.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Ausonius-Institut de recherche sur l'Antiquité et le Moyen âge (Pessac, Gironde) (equipe de recherche) depuis le 11-11-2019 .


  • Résumé

    Les réseaux électriques sont au cœur de la civilisation industrielle. Ils constituent un vecteur de développement économique et donc d’aménagement des territoires. Ce fait urbain fut pensé dès la fin du XIXe siècle pour se répandre dans les campagnes, les discours vantant les améliorations imminentes des conditions de vie et et de travail des paysans. Le vingtième siècle poursuit ces aspirations en les concrétisant via processus d’électrification par le développement des réseaux électriques et des infrastructures qui en découlent. Les réseaux de transport conduisent l'électricité des centres de production vers les zones de consommation. L’électricité devint alors une réalité spatiale, « fille du chemin de fer », où la chronologie de ce phénomène correspond à une succession et imbrication de maillages à différentes échelles territoriales : les expériences locales prévalaient à l’orée du XXe siècle, avant de voir s’établir des réseaux régionaux lors de l’entre-deux-guerres, laissant place à partir de 1946 à l’édification d’un modèle national régulé par EDF, depuis les années 1980-990 la dérégulation s’observe, avec l’ouverture européenne. Ce réseau est à la fois un vecteur d’aménagement territorial et de représentations sociales qui répond avec le paysage. Le paysage a été défini délimité par plusieurs législations dès la loi de 1887 sur le patrimoine historique, suivie de celle de 1906 sur la protection des monuments naturels et des sites. Dès cette époque le paysage se devait d’être protégé, tel un bien inviolable, trésor de la Nation. En parallèle, la réglementation liées aux réseaux de transports d’électricité s’est étoffée au cours de la période. Par ailleurs, le caractère soit-disant « unique des paysages a été une ressource illimitée dans l’élaboration des imaginaires liés à l’édification des États-nations : que ce soit par les récits de voyages ou encore les tours cyclistes. De fait le paysage est indissociable du cadre national, sans renier les échelles locales ou continentales. Le paysage est aussi la résultante d’une perception d’un environnement en partie, voire intégralement, façonné par les actions humaines. L’historiographie ne s’est emparée du paysage, notamment industriel que dans les années 70-80, avec par exemple la synthèse du géographe Jean-Robert Pitte, paru en 1983, Histoire du paysage français. Cette historie a du mal à rendre compte du paysage modelé par le système électrique français comme étant une chose informe et impensée. La relation entre paysage, énergie et histoire a fini par s’imposer tant chez les historiens, que chez les paysagistes. Pour les premiers cette relation s’est particulièrement nouée autour de l’électricité. Chez les seconds, cette s’approche s’observe récemment avec notamment la chaire « Paysage et Énergie » à l’école nationale de Versailles, en réfléchissant notamment autour de la transition énergétique. Celle-ci est d’ailleurs devenue incontournable dans les débats gravitant autour de la transition énergétique, tant politiques que scientifiques. Ce concept, plus ancien qu’il n’y paraît, ré-exploite, reformule des interrogations récentes comme anciennes. Ainsi, la notion de paysage énergétique est apparue ces dernières années afin d’expliquer l’interrelation qui lie l’aménagement territorial et l’organisation sociale au sein d’un système énergétique, susceptible de changer à travers cette transition énergétique tant désirée et pourtant si floue. Les différentes sources d’énergies amènent de nouvelles problématiques paysagères. Les différences sont grandes entre un système basé sur le nucléaire, centralisé, et l’éolienne justement décentralisée. Charles-François Mathis reprend ces réflexions dans sa contribution qui récapitule les apports d’un recueil d’articles d’historien de l’énergie. La mobilisation de nouvelles énergies, les potentialités et contraintes d’un territoire influent directement sur l’aménagement spatial, l’organisation sociale et structure donc les représentations, l’élaboration de paysages sujets à la patrimonialisation. Ceci peut par ailleurs susciter des conflits ou avoir des conséquences environnementales néfastes. L’objet de cette étude ne consiste pas à établir une histoire d’une transition énergétique. Il ne s’agit pas pour autant de s’écarter de cette émulation historiographique, dans les limites de la pertinence. Les approches liées aux concepts d’anthropocène,de techno-critiques sont à prendre en compte, tout en ouvrant les bras aux autres sciences humaines et sociales. Les conflits se nouent justement autour de la perception, souvent fantasmée du paysage et de sa préservation. Le paysage provenant du réseaux électrique suscite en soi tout un imaginaire où se mêle l’admiration pour la modernité civilisatrice et la crainte de cette même modernité, cette fois-ci destructrice, notamment des paysages « naturels ». Ce rejet a pu particulièrement s’observer dans les années 70 en France. L’acceptabilité des projets techniques est une condition nécessaire afin de la pérenniser durablement. Ceci ne constitue pas pour autant la garantie d’une acceptation durable sur le long terme. Le rejet peut survenir des décennies plus tard. Le changement de valeurs de perception y joue n’est pas négligeable, a fortiori avec des notions aussi subjectives que l’esthétique des paysages. Les infrastructures autrefois acceptées peuvent devenir insupportables à la vue des usagers, d’autant plus si les considérations environnementales s’ajoutent aux motifs des rejets. Le cas du réseau Pyrénées franco-espagnol illustre ce phénomène. C’est pourquoi cette recherche s’articule autour de la dialectique de dialogues et tensions. Ces installations n’ouvrent que rarement des conflits ouverts, elles font plutôt l’objet de guerres de tranchées, où les opinions de chacun peuvent se faire entendre. Cet exemple nous invite de surcroît à déplacer notre focale vers des logiques transnationales et mêmes européennes. Cette logique s’intensifie à la fin de la période envisagée et s’applique avec force dans le cas de la France, par sa situation géographique.

  • Titre traduit

    Dialogues et tensions entre le réseau de transport d’électricité en France et les paysages depuis le début du XXe siècle


  • Résumé

    Résumé de la thèse en préparation (en anglais) - (env. 300 mots) – OBLIGATOIRE ** : Summary of the thesis in hand (~300 words) – COMPULSORY ** Electricity networks formed the core of the industrial civilization, during the 20th century. They carried the electricity from the production units to the consumption area. Our research object concerns first of all the high-tension network. Those historic phenomena follow the railway development. Historians will say that electricity is “the railway’s daughter”. The French timeline is well known : at the beginning of the century, local experiments were predominant; then, between the two world wars, regional companies led the process; after that, from 1946 onward EDF (Electricité de France) took care of the development of the network on a national scale thanks to its centralized organization. However, since the 80-90’s, we have observed a deregulation process, conducted by the European construction, characterized by an opening to the private companies. In this respect, the electricity transport networks is in the same time the product and the process of industrial revolutions. They constitute a fundamental component of the economic shift. By extent, they provoke the important mutations for the territories : they recompose the countries, the landscapes. In other words, the development is by nature both a creation and a destruction factor. This shift can’t be summed up as a material one. Indeed, landscapes are less a physical (and legal) reality than a melting pot of representations which result into a mixture that creates a complex social construction. A clash can occur between the electricity networks and with the landscapes. Those interactions could take different forms, like dialogue and they don’t necessarily end in conflicts. Whatever the outcome, the historic development of the electricity network is less smooth than what we can assume. France constitutes an interesting case thanks to its specificities, like the variety of its landscapes and its numerous borders. That’s precisely why we conduct this research : in order to have a better understanding of the social and economic issues through the interaction between the perpetual recompositions of landscape due to the electricity network development in France during the 20th century. This research is within the framework of the recent historiography of energetic history, where landscapes aren’t ignored, and will draw on social sciences.