La figure de l’homme providentiel dans l’Italie de la Renaissance, symbole d’un contexte sociopolitique marqué par les ambitions intra et extra-péninsulaires

par Luca Cortinovis

Projet de thèse en Histoire du droit et des institutions

Sous la direction de Laurent Aboucaya.

Thèses en préparation à Lille 2 , dans le cadre de École doctorale des Sciences Juridiques, Politiques et de Gestion (Lille) depuis le 01-10-2019 .


  • Résumé

    La Renaissance italienne fut le point de départ - ou l’aboutissement pour certains - du renouveau d’un ensemble de principes, de valeurs et de conceptions hérités de l’Antiquité. Ces idées furent laissées de côté par l’Europe, de manière générale, en même temps que s’amorça la décadence de la romanitas et débuta l’avènement du christianisme. Durant cette période de fortes mutations économiques, culturelles et politiques, initiées en particulier par le développement en Italie d’une bourgeoisie puissante, on vit de nombreux penseurs, hommes de lettres ou de gouvernement qui, souhaitant sortir le continent de l’obscurité dans laquelle il était plongé, s’inscrivirent derrière l’idée qu’il fallait puiser au sein des classiques de l’Antiquité pour s’éclairer et permettre un rehaussement de la société ; considérant en effet que les vies héroïques des Anciens, leurs réflexions et leurs accomplissements se devaient d’être imités. L’Italie fut au cœur de ce « retour aux sources » puisque nombre des royaumes, principautés et républiques qui la composaient profitèrent de cet accroissement de richesses pour rivaliser les uns contre les autres dans les domaines scientifiques et artistiques, contribuant, ce faisant, à cet essor intellectuel et culturel qui finira par inonder toute l’Europe. Cependant, l’instabilité chronique des jeux de pouvoir italiens et la profusion de richesses – aussi bien matérielles qu’intellectuelles – de la péninsule provoquèrent l’ambition d’hommes et de puissances prêts à risquer énormément pour la dominer, alimentant inexorablement les crises secouant la région. C’est pour cela que dans la pure tradition antique de l’homme du moment, du sauveur, les différents potentats cherchèrent à trouver la personnalité qui, à la manière d’un César ou d’un Cincinnatus, leur permettrait de se hisser au-dessus de la mêlée. L’objet de l’étude est donc de s’intéresser à la figure particulière qu’est celle de l’homme providentiel, dans une époque marquée par une crise sociopolitique pratiquement ininterrompue. Il apparaît nécessaire de comprendre les raisons profondes qui ont permis l’émergence de cette quête de l’« homme du siècle » partagée par les différents acteurs du jeu politique italien des XIVème, XVème et XVIème siècles. Délimiter les caractéristiques inhérentes aux différents régimes et institutions qui ont permis l’émergence de ces hommes ayant suscité – de manière plus ou moins longue - les fols espoirs de leurs contemporains, appréhender leurs aspirations, leurs grands projets et analyser les conséquences réelles de leurs actions sur la société italienne de la Renaissance sont des axes d’études indispensables pour comprendre le mythe politique qu’est celui de l’homme providentiel. Figures de grandeur, symboles d’espérance pour les hommes qui les suivaient, admirés comme décriés par les chroniqueurs du Rinascimento, ces « hommes supérieurs » se sont tout de même heurtés à un plafond inaccessible : unifier l’Italie, ce qu’exhorta notamment Machiavel du plus profond de son âme dans le chapitre final du Prince. Chimère au vu du contexte géopolitique pour certains, manque de fortuna pour d’autres, il n’en resta pas moins qu’aux yeux des leurs, des personnages tels que César Borgia, Cola di Rienzo ou encore Bartolomeo Colleoni se devaient, in fine, d’être plus que les hommes d’une principauté ; en cela, il est impératif de démêler les raisons historiques, politiques et sociologiques ayant abouti à cet échec constant.

  • Titre traduit

    The figure of the providential man in Italy during the Renaissance, a symbol of a socio-political context marked by intra and extra-peninsular ambitions


  • Résumé

    The Italian Renaissance was the starting point - or the culmination for some - of the renewal of a set of principles, values ​​and conceptions inherited from Antiquity. These ideas were generaly left aside by Europe, at the same time as the decadence of the Romanitas began and the advent of Christianity started. During this period of important economic, cultural and political changes, initiated in particular by the development in Italy of a powerful bourgeoisie, we saw many thinkers, men of letters or statesmen who, wishing to free the Continent of the darkness in which it was immersed, inscribed behind the idea that it was necessary to draw from the classics of antiquity to enlighten and allow an enhancement of society; considering indeed that the heroic lives of the Ancients, their reflections and their achievements had to be imitated. Italy was at the heart of this "homecoming", since many of the kingdoms, principalities and republics that constituted it took advantage of this increase in wealth to compete against each other in the scientific and artistic fields, thereby contributing to this intellectual and cultural rise that will eventually flood all of Europe. However, the chronic instability of the Italian power games and the profusion of riches - both material and intellectual - of the peninsula provoked the ambition of men and powers willing to risk a lot to dominate the all land, inexorably feeding the crises shaking the region. That is why in the pure ancient tradition of the savior, the different potentates sought to find the personality which, in the manner of a Caesar or a Cincinnatus, would allow them to rise above the others. The object of the study is therefore to focus on the particular figure of the providential man, in an era marked by an almost uninterrupted socio-political crisis. It seems necessary to understand the underlying reasons that led to the emergence of this quest for the "man of the century" shared by the different actors of the Italian power game of the fourteenth, fifteenth and sixteenth centuries. To delimit the characteristics inherent in the various regimes and institutions that have allowed the emergence of these men who have aroused the hopes of their contemporaries, apprehend their aspirations, their major projects and analyze the real consequences of their actions on the Italian society of the Renaissance are essential axes of study to understand the political myth of the providential man. Heroic figures, symbols of hope for the men who followed them, admired as criticized by the chroniclers of the Rinascimento, these "superior men" still encountered an inaccessible ceiling: to unify Italy, which was exhorted in particular by Machiavelli in the final chapter of his Prince. Chimera in view of the geopolitical context for some, lack of fortuna for others, it remained nonetheless that in the eyes of theirs, characters such as Cesare Borgia, Cola di Rienzo or Bartolomeo Colleoni were bound ultimately to be more than the men of a principality; in this, it is imperative to unravel the historical, political and sociological reasons that led to this constant failure.