L'art photolittéraire d'Antoine d'Agata

par Nina Bigot

Projet de thèse en Langue et littérature françaises

Sous la direction de Florence de Chalonge.

Thèses en préparation à Lille 3 , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Villeneuve d'Ascq, Nord) depuis le 01-12-2019 .


  • Résumé

    La démarche d'Antoine d'Agata, en photolittérature, renoue avec le sens étymologique du mot « monstre », à savoir « montrer », tout comme il réactive le sens premier du verbe « prostituer », « placer devant ; exposer aux yeux ». Mots et photographies sont, pour lui, intimement liés à la notion d'expérience ; expérience de l'auteur-photographe en amont de l’œuvre ; expérience du lecteur-spectateur en aval ; expérience des limites de la perception visuelle au contact de ses livres. Son travail attire l’œil tout en l'invitant à se révulser, lui donnant à voir les êtres et les espaces ostracisés par le reste de la société, et propose une confrontation corporelle, sensitive, intellectuelle avec le texte comme avec l'image. Avec le travail d'Antoine d'Agata, la question de l'intermédialité se pose d'une nouvelle façon ; non plus comme influence d'un art sur un autre, mais comme confluence, conjonction de deux arts, de deux langages qui s'ancrent dans leur contemporanéité. Parce que l'acte de lecture change, l'objet-livre change avec lui. Le livre d’Agata n'est ni un livre d'art, ni un récit illustré ou un roman-photo, mais l'épreuve d'une forme nouvelle, qui ne connaît pas encore de définition, et n'épouse aucune règle susceptible de définir à l'intérieur de la photolittérature un genre précis ; une forme qui propose, par le montage de la photographie et du texte, un nouvel objet-livre. Jointant les limites de l’écrit et du vu, exhibant le réel, cherchant le bouleversement de la relation de l'homme à sa représentation, ainsi que des modes de communication dans l'espace social, l’œuvre d'Agata, par le biais des dispositifs du phototexte, propose voire impose une expérience littéraire et esthétique inédite.


  • Résumé

    Antoine d'Agata's approach, in photoliterature, is a visual play on the etymological meaning of the french word « monstre » (« monster »), from the latin verb monstro, namely « montrer ; donner à voir » (« to show ; to make visible »). There is an interplay between those semantics and the original meaning of the French word « prostituer » (« to prostitute »), from the Latin word prostituere « placer devant ; exposer aux yeux » (« to place in front of ; exhibit »). In his vision, words and photogaphs tie into the concrete experiences of life in a deeply intimate way. The subjectivity of the experience of the writer-photographer is at the core of the work he produces, whereas the reception of the readerspectator is more limited in its depth, as it is mediated by their own subjectivity. It follows that it can only be experienced as an exeternal object and not as a subjective, intimate experience. His work manages to capture the attention of the viewer/reader through the appalling sight of people and spaces that have been ostracised from society, and which are usually hidden from the public eye. It conveys this unfamiliar - if not disturbing- reality by confronting the reader with words and pictures that are designed to have both a sensory and an intellectual impact. Antoine d'Agata's work questions intermediality in a novel way ; not as the influence of an art form on another, but as the confluence, the convergence of two arts forms, two kinds of languages anchored in their simultaneity in time, the commonality of their contemporary nature. The act of reading is changing ; therefore, the concept of the book as an artistic object is changing as well. Agata's book isn't an art book, nor an illustrated story, nor is it a photo-novel, but a new artistic object whose nature hasn't been defined yet, which flouts all of the rules one could use to label it and classify it into a specific genre of photoliterature. It is a new form both of photography and of writing, where one ties into the other to create a new type of artistic experience. By combining these two forms of expression, he interrogates the limits both of reading and of seeing. His work seeks a new way to picture reality, maybe as an attempt to disrupt the way human beings conceptualise their subjective experience of themselves and of their interactions with others, which, it could be argued, makes it an unprecedented aesthetic and literary experience