Comprendre l'engagement politique des femmes au Gabon

par Noella Maryse Bella M'ba

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Christine Castelain-Meunier.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 02-02-2009 .


  • Résumé

    Née d’un questionnement initial sur la thématique de la démocratie gabonaise, cette recherche a évolué, non pour s’en détacher, mais pour en analyser un des aspects fondamentaux souvent mis de côté : celui de l’égalité dans la représentativité des genres. Au Gabon, depuis la Conférence Nationale qui instaure la démocratie dans les années 1990, la présence des femmes au sein des Gouvernements et dans les grandes Institutions de la République est ininterrompue. Auparavant, les groupes exclusivement féminins ont été leur principale tribune d’expression, limitant ces dernières à une pratique périphérique au champ politique. Elles semblent désormais parfaitement intégrées à la sphère des responsabilités. Cette thèse de doctorat vient interroger l’engagement des femmes dans le contexte gabonais. Elle analyse notamment la construction des différentes identités féminines socialement déterminées, mais aussi les rapports qu’elles entretiennent entre elles, et l’image qu’elles construisent de la sphère politique. Elle s’intéresse également à l’adéquation entre les pratiques féminines et les réalités de ce champ. En somme, l’objectif principal de cette recherche est d’analyser la pérennisation des dissymétries entre les femmes et les hommes en matière de responsabilités et de représentativité. La méthode principale a consisté en des entretiens semi-directifs auprès d’une soixantaine de femmes et d’hommes élus ou simples militants, issus d’une dizaine de partis politiques de la majorité et de l’opposition, du monde associatif, mais aussi de gabonaises et de gabonais sans attache partisane et non militants, appartenant à des catégories sociales variées. De nombreux présupposés théoriques sont venus renforcer cette étude qui se situe notamment à la croisée de la reproduction des rapports de sexes, de la domination, de la théorie de la dominance sociale, mais aussi de la violence symbolique et de celle relative aux imaginaires des croyances africaines. Cette étude apporte de nombreux enseignements sur l’engagement politique des femmes au Gabon. En dépit de leur présence numérique de plus en plus importante, et du fait que le pays se soit engagé, à l’échelle continentale et mondiale, à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes et à améliorer le statut de ces dernières, leur existence en tant qu’actrices politiques demeure précaire, ce qui se lit à travers les postes qui sont les leurs et qui demeurent intrinsèquement liés aux mêmes grandes thématiques. En définitive, la sous-représentation quantitative et qualitative des femmes gabonaises en matière de responsabilités est la conséquence de nombreux facteurs, notamment la difficulté à juxtaposer leurs nombreuses identités contraignantes, le besoin de maintenir un ordre familial remis en cause par la disparition ou les modifications de la virilité sociale masculine elle-même consécutive à une présence plus importante des femmes au sommet de la hiérarchie, les pratiques féminines peu adaptées à la recherche et à la conquête du pouvoir, ainsi que l’influence importante des valeurs traditionnelles reçues en héritage. Enfin, l’organisation trimorphique de la société, c’est-à-dire sa séparation en trois univers distincts, à savoir, la sphère privée, la sphère publique et la sphère des pouvoirs, complexifie la réalité de l’engagement politique des femmes gabonaises.

  • Titre traduit

    The political commitment of women in Gabon.


  • Résumé

    Emerging from an initial questioning on Gabonese democracy, this research has evolved, not in order to emancipate itself from it, but to analyze one of its fundamental aspects which is too often put aside: the equality of gender representativeness. In Gabon, since the National Conference that established democracy in the early 1990s, the presence of women within Governments and major Institutions of the Republic has been permanent. Previously, the female groups were the main platform for their expression, limitating them to a peripheral practice in the political field. Now, they seem perfectly integrated into the sphere of responsibility. This doctoral thesis questions the commitment of women in the context of Gabon. It analyses in particular the construction of different identity among socially defined women, but also relationships between them, and the image of the political sphere that they build. It also deals with the adequacy between the women's practices and the realities of this field. In short, the main objective of this research is to analyse the perpetuation of the asymmetries between women and men in terms of responsibilities and representativeness. The main method consisted in semi-structured interviews of some 60 women and men representatives or activists from a dozen political parties of the majority and the opposition, of the associations, but also of Gabonese citizens and a variety of non partisan and not militant Gabonese people belonging to various social categories. Many theoretical assumptions have reinforced this study which is especially at the crossroads of the reproduction, of sex relationships, of domination, of the theory of social dominance, but also of symbolic violence and that are related to the imaginary of African creeds. This study provides insights into the political commitment of women in Gabon. Despite their increasing numerical presence, and the fact that the country has committed itself, on a continental and global scale to reduce inequalities between women and men and to improve the status of women, their existence as political actors remains precarious. This is visible through the positions they occupy and which remain intrinsically linked to the same major themes. In the end, the quantitative and qualitative under-representation of Gabonese women in terms of responsibilities is the result of many factors, including the difficulty to juxtapose their many binding identities, the need of maintaining a family organization undermined by the disappearance or changes of men’s sense of social manhood itself due to a greater presence of women at the top of the hierarchy, women's practices that are not suited to search and the conquest of power, as well as the important influence of traditional values inherited. Finally, the trimorphic organization of society, that is to say, its separation into three separate worlds, namely, the private sphere, the public sphere and the sphere of powers, makes the reality of Gabonese women’s political commitment more complex.