L'éthique narrative de la mémoire

par Na Zhang

Projet de thèse en Littérature génerale et comparée

Sous la direction de Éric Dayre.

Thèses en préparation à Lyon , dans le cadre de École doctorale Lettres, langues, linguistique, arts (Lyon) , en partenariat avec Centre d'études et de recherches comparées sur la création (Lyon) (laboratoire) et de École normale supérieure de Lyon (établissement opérateur d'inscription) depuis le 01-10-2019 .


  • Résumé

    Le projet de thèse de doctorat envisagé concerne L’éthique narrative de la mémoire. Cette recherche sera alors basée sur la « théorie de la mémoire » de Paul Ricœur et se concentrera principalement sur les diverses théories qui existent sur la mémoire et sur la narration, tant en littérature qu'en histoire. La mémoire, l'histoire, l'oubli , publié en 2000 par Paul Ricœur (1913-2005) fournit donc à cette future recherche, la référence théorique appropriée. Paul Ricœur y expose sa théorie de la mémoire et met l'accent sur "le devoir de la mémoire", en posant cette question éthique et politique : comment peut-on véritablement se souvenir dans un contexte historique marqué par d'innombrables commémorations officielles? Il s'agit donc ici de parler de la « juste mémoire », car la représentation du passé non seulement permet d’obtenir des connaissances, mais aussi de rendre une attitude et une action plus justes au présent. Ainsi, selon Paul Ricœur, la mémoire s’appuie sur ce qui est à la base de la narration, à savoir le symbole, la narration devenant alors le moyen essentiel par lequel il est possible de représenter le passé. En vertu de la construction symbolique du langage, la recherche sur la mémoire, est en effet, la recherche sur la narration de mémoire. Par ailleurs, Ricœur constate que les narrateurs ont une influence sur l'expression de la mémoire puisque la narration peut se diversifier en fonction des différentes attitudes et manières dont ceux-ci se souviennent. C’est la raison pour laquelle, de nombreuses œuvres et théories littéraires prennent en compte l'étude de la mémoire. En dehors des théories de Paul Ricœur, cette recherche analysera celles d’historiens confrontés aux mêmes problèmes relatifs aux liens pouvant exister entre la mémoire et l'histoire, par exemple, Reinhart Koselleck, François Dosse. Il convient de souligner que, les premières œuvres de Licœur étant influencées par le structuralisme linguistique, il construit le concept de texte sur cette base, en soulignant que le texte et la métaphore sont considérés comme des discours, ce qui permet de les combiner. Les structuralistes valorisent le rôle du texte, et même ils pensent qu'il n'y a rien en dehors du texte. Par conséquent, le lien entre Ricœur et les critiques structuralistes sera également l'objet de cette recherche, prolongées dans un second temps par l'apport et les critiques des post-structuralistes Derrida et Paul de Man. Les différents points de vue seront tous inclus dans la discussion qui impose une mise au point sur les articulations et les ruptures entre la déconstruction et l'herméneutique sur le fond de l'analyse de la temporellité. Lors du processus de narration, de nombreux autres éléments extérieurs entrent en corrélation avec la mémoire, tels que l’histoire, l'imagination, l'image et l'oubli, et ils seront donc aussi pris en compte lors de cette future étude. Comme la mémoire elle-même fait toujours appel aux événements du passé, il est nécessaire qu’elle fasse un aller-retour entre le passé et le présent, et qu’elle soit donc continuellement en mouvement dans la narration. Ainsi, au cours de la construction de la narration, certaines parties de la mémoire du passé seront répétées, certaines seront effacées (ce que l’on nommera « l'oubli »), et il peut même y avoir de nouveaux éléments ajoutés. C’est la raison pour laquelle, bien qu’il existe un fossé infranchissable entre le passé réel et la narration – même si celle-ci contient irrémédiablement des traces du passé, elle ne peut qu’entrer en collision avec la vérité de l’histoire, ils constituent néanmoins ensemble, la mémoire. Qui plus est, la narration est aussi associée au point de vue personnel du narrateur qui influence sa manière de percevoir le passé. Dans ce fait, la narration de la mémoire est liée à la moralité et à l'éthique, par l’intermédiaire desquels chacun porte des jugements moraux. Par exemple, après l’épisode traumatisant de la Seconde Guerre, notamment après les actes de destruction des juifs d'Europe, redéfinir les relations entre la mémoire et l'histoire devient une priorité absolue. Dans une certaine mesure, la narration de la mémoire influence les témoignages concernant les événements historique de cette époque. En ce sens, l’éthique narrative de la mémoire gène le sens historique des évènements. Ⅱ En définitive, ce projet de thèse de doctorat envisagé porte principalement sur la question précédemment évoquée : comment avoir une attitude de véritable souvenir dans un contexte historique marqué par d'innombrables commémorations officielles ? Bien évidemment, d’autres questions lui seront adjointes, comme par exemple : Quelle est la relation entre la mémoire, l'imagination et l'authenticité historique si celle-ci est avérée ? La mémoire et l'oubli sont-ils en opposition binaire ? Quelle signifie exactement le terme « la juste mémoire » ? Afin de clarifier notre propos et de répondre à ces questions, ce projet de thèse de doctorat envisagé pourra se composer de quatre parties et il traitera principalement des théories et des préoccupations évoquées par Paul Ricœur dans son œuvre La mémoire, l'histoire, l'oubli. La première partie pourra donc commencer par décrire ces concepts tels qu’ils ont été définis traditionnellement dès la période de la Grèce antique en reprenant la double nomination de la mémoire chez Platon et Aristote pour discuter de la relation entre mémoire et imagination, et lors de ce processus, le rôle de l'image dont l'on se rappelle sera analysé. La deuxième partie pourra quant à elle, porter sur les problèmes de mémoire, y compris la manipulation et l'abus de mémoire. Dans cette section, on pourra s’interroger sur la manière dont la narration est construite à partir de la mémoire. Cette partie portera aussi sur le niveau éthique et politique de la mémoire, à savoir la mémoire obligatoire. La troisième partie couvrira le domaine historique, dans lequel interviendront la représentation et la narration, la représentation et la rhétorique, ainsi que la fidélité de la narration à l'histoire. Parce que les premières œuvres de Ricœur sont influencées par le structuralisme linguistique, le lien entre Ricœur et les critiques structuralistes et les historiens en feront également partie. La dernière partie parlera de l'oubli, et tentera donc de répondre à la question : La mémoire et l'oubli sont-ils en opposition binaire ? Sur cette base, On expliquera ainsi pourquoi l'oubli et le pardon sont inséparables puisque le pardon est un heureux oubli et, plus fondamentalement, le pardon est un souvenir réconcilié. Enfin, il est important de préciser que ce projet de thèse de doctorat fait suite à de précédentes recherches menées en Master et qui concernent les deux ouvrages de Paul Ricœur : Temps et récit (vol 2)(1984) et Soi-même comme un autre (1990). En termes de récit, dans Temps et récit, Paul Ricœur considère la “narration” en tant qu'intermédiaire pour expliquer les problèmes du temps. Les problème du temps se manifestent dans ses difficultés à être accessible et à être compris pour les humains. Il expose plusieurs vues représentatives de la pensée du temps dans l'histoire de la littérature en analysant le paradoxe logique interne, par exemple la théorie du complot d'Aristote et la théorie du temps de l'esprit chez Augustin. Ricœur estime qu'il existe une cohérence structurelle inhérente entre le temps et le récit. Il s'fforce d'utiliser la narration comme intermédiaire pour comprendre les problèmes les plus difficiles du temps et fournir une nouvelle perspective pour son étude. La Théorie Narrative du Temps de Paul Ricœur est construite, basée sur la théorie de “l'imitation triple”. Le récit historique semble être vrai, mais il contient également la position et le point de vue du narrateur ; le récit fictif n'est donc pas tout à fait une fiction — et il offre un lieu expérimental pour l'étude du problème du temps non linéaire. Dans le processus d'interrogation du croisement du récit historique et du récit fictif, la question de l'identité narrative apparaît comme un nouveau problème. Dans le livre Soi-même comme un autre, Ricœur développe la question “l'identité narrative” en détail, à travers laquelle jusqu'à une subjectivité réflexive. La théorie narrative de Ricœur offre ainsi de grandes possibilités pour la résolution de problèmes de temps et des recherches de la subjectivité. Sur la base de la théorie narrative, il est donc particulièrement nécessaire de distinguer la théorie narrative dans l'histoire de la littérature et, en même temps, dans l'histoire de la philosophie, de considérer en même temps ce que la philosophie et la littérature font de la mémoire et de ses usages. Ces recherches m’ont permis d'étudier les œuvres de Paul Ricœur et de déjà connaitre nombre de ces théories. En outre, portant une très grande attention aux problèmes concernant la mémoire, je me suis intéressée à des articles et à des travaux sur des sujets variés liés à ce sujet, tels que la mémoire, les massacres, l'authenticité historique et l'oubli, qui pourront m’être utiles pour mes recherches doctorales.


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