La réussite sociale : les formats normatifs en question.

par André christian Omgba-noah

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Patrick Legros.

Thèses en préparation à Bourgogne Franche-Comté , dans le cadre de SEPT - Sociétés, Espaces, Pratiques, Temps , en partenariat avec C3S - Culture, Sport, Santé, Société (laboratoire) depuis le 18-09-2019 .


  • Résumé

    Comment aujourd'hui pouvons-nous définir en tant que société, et percevoir en tant qu'individu la « réussite sociale » ? Quand pouvons-nous admettre qu'on a réussi dans la vie, dans « sa vie » ? Quelles sont les valeurs, les principes et mêmes les symboles sociaux de cette réussite ? Être par exemple jeune, devient-il un « facteur aggravant » dans cette quête de la réussite ? Nos sociétés ne « dessinent-elles » pas aujourd'hui une trajectoire biographique type, modèle et normative, qui impose aux individus une vision du monde par-delà et au-delà de leur volonté ? La réussite sociale est conditionnée aujourd'hui par l'entrée dans le monde du travail comme le souligne Robert Castel dans Les métamorphoses de la question sociale. Il analyse le salariat comme la matrice principale de l'intégration sociale, plutôt que de mettre en avant l'exclusion, et toutes les autres notions connexes : pauvreté, précarité, « disqualification sociale » , il convient dans le cadre de notre travail, de mettre en avant cette notion centrale. Percevoir les individus sous l'angle économique et systémique demande de travailler sur les liens qu'il y a entre ces modèles de réussite et les formes basiques de l'intégration, pensée par exemple par David Lockwood reprise par ailleurs dans L'intégration républicaine de Jürgen Habermas , ou par Anthony Giddens dans son ouvrage La constitution de la société. On peut aussi citer certaines études de politiques publiques en France, notamment les études de Bruno Jobert et Pierre Muller , où ils abordent les questions de l'intégration systémique qui se rapportent aux conditions économiques et socio-économiques proprement dites, puis les conditions politico-économiques qui sont en lien avec le fonctionnement de ce que Niklas Luhmann appelle les « systèmes » . L'intégration sociale est saisie sous l'angle des interactions par nature subjectives, avec des aspects ici liés, au symbolisme, aux valeurs et même à l'éthique. Les individus peuvent se satisfaire des conditions de leur intégration sans qu'ils n'aient une intégration systémique très forte. La prénotion serait de croire que cette notion dépendrait seulement des conditions matérielles . Il y a tout un aspect symbolique et psychique qui est important dans cette perception de l'intégration par les individus. Il faut construire les modèles de réussite et les perceptions que les enquêtés se font des modèles de réussite et envisager une comparaison en fonction de leurs origines sociales, de leurs âges, de leurs trajectoires biographiques et sociales, voir et définir les points de convergences autant que de divergences. Analyser d'un autre coté comment la puissance publique et l'État social envisage la prise en charge de cette population en faiblesse de supports affectifs et en forte précarité relationnelle et économique ? De dire à quelles conditions la solidarité publique peut s'exercer à leur égard quand on sait que toutes ces aides publiques en direction de ces personnes en difficultés sont liées à la formalisation d'un projet d'insertion, alors même que ces personnes ne sont pas toujours dans l'optique de formaliser ce type de projets conventionnels ? Notre société n'est-elle pas inexorablement amenée à évoluer vers un modèle où le travail ne serait plus l'unique “élément“ intégrateur ? La solidarité collective est-elle uniquement encadrée par la prescription et par la proscription ? In fine, ces “jugements idéologiques et moraux sur ces « assistés qui ne veulent rien faire », ne sont-ils pas une dictature de classe, d'une classe sociale qui chercherai à combattre un “mal“ très contagieux, celui de l'assistanat. Car comme le montre Léa Lima, le recours à la solidarité publique est considéré par ces professionnels de l'action publique comme l'éthos d'une certaine catégorie d'individus, une logique éthique totalement intériorisée. L'assistanat serait donc de facto un effet pervers de l'assistance publique mal utilisée, un comportement de recours “routinisé“ ou encore comme une déviance qu'il faut combattre.

  • Titre traduit

    Social success: the normative formats in question.


  • Résumé

    How can we define as a society and perceive as an individual "social success"? When can we admit that we have succeeded in life, in "life"? What are the values, principles and even the social symbols of this success? Being young, for example, is it becoming an "aggravating factor" in this quest for success? Do our societies not "draw" today a typical, model and normative biographical trajectory, which imposes on individuals a vision of the world beyond and beyond their will? Social success today depends on entering the world of work, as Robert Castel underlines in Les métamorphoses de la question sociale. It analyzes wage-earning as the main matrix of social integration, rather than highlighting exclusion, and all the other related notions: poverty, precariousness, "social disqualification", it is appropriate in the context of our work, to highlight this central notion. To perceive individuals from an economic and systemic angle requires working on the links that there are between these models of success and the basic forms of integration, thought for example by David Lockwood, taken up elsewhere in The Republican Integration of Jürgen Habermas, or by Anthony Giddens in his work La constitution de la société. We can also cite certain studies of public policies in France, in particular the studies of Bruno Jobert and Pierre Muller, where they tackle questions of systemic integration which relate to the economic and socio-economic conditions proper, then the political conditions. economic aspects that are linked to the functioning of what Niklas Luhmann calls “systems”. Social integration is understood in terms of interactions which are by nature subjective, with aspects linked here, to symbolism, values ​​and even ethics. Individuals can be satisfied with the conditions of their integration without having a very strong systemic integration. The premise would be to believe that this notion would depend only on material conditions. There is a whole symbolic and psychic aspect that is important in this perception of integration by individuals.It is necessary to build the models of success and the perceptions that the respondents have of the models of success and to consider a comparison according to their social origins, their ages, their biographical and social trajectories, to see and define the points of convergence as much as of discrepancies. On the other hand, analyze how the public power and the social state envisage the care of this population with weak emotional support and strong relational and economic precariousness? To say under what conditions public solidarity can be exercised towards them when we know that all this public aid for these people in difficulty is linked to the formalization of an integration project, even though these people are not not always with a view to formalizing this type of conventional project? Isn't our society inexorably led to evolve towards a model where work is no longer the only integrating "element"? Is collective solidarity only framed by prescription and proscription? Ultimately, these “ideological and moral judgments on these“ assisted people who want to do nothing ”, are they not a class dictatorship, of a social class which will seek to fight a very contagious“ evil ”, that of the assistantship. Because as Léa Lima shows, recourse to public solidarity is considered by these professionals of public action as the ethos of a certain category of individuals, a totally internalized ethical logic. The assistantship would therefore be de facto a perverse effect of misused public assistance, a “routine” recourse behavior or even a deviance that must be combated.