Abū Ḥāmid al-Ġazālī (m.1111), Cheminer vers Dieu, la voie du juste milieu, une réforme de l'Islam au 5e siècle de l'Hégire.

par Pascal Lemmel

Projet de thèse en Etudes arabes et islamiques

Sous la direction de Pierre Lory.

Thèses en préparation à Paris Sciences et Lettres , dans le cadre de École doctorale de l'École pratique des hautes études (Paris) , en partenariat avec Laboratoire d'études sur les monothéismes (laboratoire) et de École pratique des hautes études (Paris) (établissement de préparation de la thèse) depuis le 31-08-2019 .


  • Résumé

    En prise directe avec les réalités politiques de son époque, théologien, théoricien du droit, mutakallim et philosophe lorsqu'il entreprend de réfuter les thèses de ces derniers, honoré au sein du monde musulman sunnite par le titre de Ḥuǧǧat al-islam (Preuve de l'islam), Abū Ḥāmid al-Ġazālī (m.1111), penseur du Ve siècle de l'Hégire (XIe siècle), est aussi connu en tant que promoteur d'une doctrine mystique qui apparaît comme originale en terre d'Islam. Sa pensée, extrêmement riche et complexe, reste difficile à saisir. Aussi notre recherche aura pour premier but de dégager les motivations profondes du théologien. A partir de ses écrits et des travaux les plus récents sur le théologien, et après avoir retracé à grands traits les contextes politiques et intellectuels de son époque, nous nous attarderons sur la biographie et l'œuvre du penseur musulman de façon à démontrer que, d'une part, sans rien retrancher au théologien et au mystique, le politique constitue l'une des clés du parcours et de l'œuvre du théologien, et que d'autre part al-Ġazālī finit par proposer une réforme, assise sur une pensée inclusive, qui n'était finalement que l'aboutissement logique, le point focal, des démarches tout autant inclusives et systématiques entamées par les générations précédentes. Cette réforme, qu'il s'attacha ensuite à promouvoir aussi bien auprès des élites que des masses, imposant ainsi progressivement son statut de Muǧaddid (مجدد, rénovateur), et dont le volet pratique s'appuyait sur une « voie » nommée « science de la voie de l'au-delà » (‘ilm ṭāriq al-āẖira, اَلآخِرَة‎ طَارِق‎ عِلْم), soutenue par un cadre conceptuel puisant dans l'ensemble des savoirs de son époque, devait donc permettre au croyant de se mettre en mouvement vers Dieu dès ici-bas et « l'orienter vers l'Autre monde ». Nous montrerons, qu'au-delà de son ambition personnelle qui transparait dans certains éléments biographiques, l'Islam, c'est-à-dire les enseignements du Coran et de son prophète, demeura la clé de voute de son engagement. Engagement qui devait avant tout servir à produire un système global permettant de rassembler la communauté musulmane, d'éviter son implosion, autour d'un ensemble doctrinal qui nous semble constituer, encore de nos jours, le substrat de ce que l'on nomme « sunnisme orthodoxe » et qui finalement fut autant le fruit de son engagement politique que celui de son engagement spirituel. Dans un second temps, nous essayerons de démontrer que pour atteindre ses objectifs, al-Ġazālī devait produire une rupture épistémologique au sein de la pensée musulmane. En partant de l'étude de sa théorie de l'amour, mode d'accès privilégié à la Réalité dans sa théorie de la connaissance, puis en poursuivant par l'étude de la place de la logique au sein de sa pensée, nous verrons ainsi comment, sur le plan épistémologique, al Ġazālī a finalement introduit un nouveau rapport entre Raison et Révélation, instaurant ainsi sur le plan théologique un nouveau rapport entre ijtihād et taqlid et contribuant ainsi à la mise en place d'une voie du juste milieu, (al-wasaṭiyya, وسطية) dans laquelle l'homme peut, sous certaines conditions, ambitionner de s'émanciper du principe d'autorité ou taqlīd (تَقْليد). Enfin, dans une troisième partie, nous tenterons de montrer combien la pensée d'al Ġazālī revêt, plus que jamais, un caractère d'actualité, notamment en lien avec l'Islam politique où l'éthique et en quoi elle nous parait à même de fournir parfois des réponses aux défis et enjeux qui se posent de nos jours aux musulmans contemporains.

  • Titre traduit

    Abū Ḥāmid al-Ġazālī (m.1111), seeking after God, the middle path, an Islamic reform in the 5th century AH.


  • Résumé

    In direct connection with the political realities of his time, theologian, specialist of legal theory, mutakallim and philosopher, honored in the Muslim world by the title of Ḥuǧǧat al-islam (Proof of Islam), Abū Ḥāmid al-Ġazālī (d.1111), a 5th century Hegira thinker, is also known as a promoter of an original mystical doctrine in the Islamic world. His thought, extremely rich and complex, remains difficult to grasp. That is why our research will have for first goal to identify the deep motivations of the theologian. Using his writings and recent works published on the theologian, and after having outlined the political and intellectual contexts of his time, we will dwell on the biography and the work of the Muslim thinker in order to show that, on the one hand, without remove anything from the theologian and the mystic part of his thought, politics is one of the keys to the path and the work of the theologian and on the other hand al-Ġazālī finally proposed a reform, based on an inclusive thinking, which was ultimately only the logical outcome of the similarly inclusive and systematic approaches initiated by previous generations. This reform, which he then endeavored to promote among the elites as well as the masses, progressively enforced his status of Muǧaddid (مجدد, renovator), and whose practical part was based on a path called “science of the path of the afterlife” ('ilm ṭāriq al-āẖira, علم طارق الآخرة), supported by a conceptual framework drawing on all the kind of knowledge of his time, was therefore necessary to allow the believer to set himself in motion towards God from here on earth and "to direct him to the Other World". We will show that beyond his personal ambition, which is reflected in certain biographical elements, Islam, (we mean here teachings of the Quran and his prophet), remained the keystone of his commitment. A commitment that was first and foremost to produce a global system to maintain a unified Muslim community, to avoid its implosion, around a set of doctrines that seems to us today the foundation of what we call " Orthodox Sunnism "and which ultimately was as much the fruit of his political commitment as that of his spiritual commitment. In a second stage, we will try to demonstrate that to achieve its objectives, al-Ġazālī produced an epistemological disruption within Muslim thought. Starting from the study of his theory of love, a privileged mode of access to Reality in his theory of knowledge, then continuing with the study of the place of logic in his thought, we will see thus, at the epistemological level, how al-Ġazālī finally introduced a new relationship between Reason and Revelation, thus establishing a new theological relationship between ijtihād and taqlid and so finally contributed to the establishment of a pathway of the “middle path” (al-wasaṭiyya, وسطية), in which man can, under conditions, hope to emancipate himself from the principle of authority or taqlīd (تَقْليد). Finally, in a third part, we will try to show how much the thought of al-Ġazālī is more relevant today than ever, especially regarding political Islam or ethic topics and when it comes to give answers to the challenges and issues facing contemporary Muslims today.