L'entrepreneuriat comme engagement écologique : le cas de la valorisation des déchets alimentaires

par Maud Hetzel

Projet de thèse en Territoires, sociétés et développement

Sous la direction de Bénédicte Zimmermann.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 02-10-2019 .


  • Résumé

    Le traitement des déchets alimentaires apparaît comme un enjeu écologique de plus en plus légitime, puisque ces déchets font l’objet à la fois d’initiatives citoyennes telles que le compostage partagé en pied d’immeuble (Lehec, 2018) et d’une réglementation européenne et nationale de plus en plus contraignante. Mon travail porte plus spécifiquement sur celles et ceux qui ont créé une organisation, à but lucratif ou non, spécialisée dans la collecte et la valorisation des déchets alimentaires des professionnels, ce qui représente une quarantaine d’organisations en France, presque toutes créées après 2015. J’ai notamment enquêté sur deux d’entre elles (une association à Nantes et une entreprise à Paris), à travers des périodes d’observation participante complétées par la réalisation d’entretiens (9 à Nantes et 20 à Paris). Trois pistes de recherche, qui correspondent chacune à une échelle d’analyse – celle de la filière, celle des organisations et celles des parcours – peuvent être distinguées dans mon travail. Tout d’abord, je cherche à identifier comment s’est constituée historiquement la cause du compostage, à la manière du travail de C. Traïni sur la cause animale (2011) ou de M. Mourad sur le gaspillage alimentaire (2018). Je prends appui pour cela sur des travaux en sociologie et en histoire environnementale sur les déchets et la fertilisation des sols (Barles, 2016 ; Benelli et al., 2017 ; Le Lay, 2016 ; Lyon-Caen et al., 2020 ; Pessis, 2019), tout en complétant ces sources par une recherche documentaire sur le compostage, en consultant notamment des travaux agronomiques du XIXe et XXe siècles. En parallèle de cette socio-histoire de la cause du compostage, je cherche à confronter la valeur symbolique forte du compost et sa valeur économique faible et incertaine, d’abord constatée par le biais d’observations puis objectivée par la documentation et des entretiens. Je m’intéresse ensuite à l’échelle des organisations. Il s’agit notamment de comprendre comment non seulement des fondateur·ice·s mais également des salarié·e·s, en s’engageant pour une cause, se mettent également au service d’une entreprise économique. Les outils de la sociologie du travail, et les outils d’analyse interactionniste (Arborio, 1995 ; Hughes, 1996), permettent d’objectiver cet engagement qui dépasse largement les fondateur·ice·s. Cette objectivation par l’analyse de l’organisation du travail questionne finalement les délimitations de « l’entrepreneur », défini dans certains travaux comme celui qui est reconnu comme tel par des institutions (Grossetti, 2016) ou comme celui qui s’auto-définit comme tel (Flécher, 2019). La notion d’« entrepreneur de cause » permet de questionner cette délimitation et d’intégrer les salarié·e·s au périmètre de mon étude. Enfin, je cherche à comprendre comment les salarié·e·s et des dirigeant·e·s sont devenu·e·s des « entrepreneurs de cause », en proposant une sociologie des parcours biographiques (Zimmermann, 2013), où la multiplicité des engagements donne lieu à des parcours professionnels vécus comme des bifurcations, qui peuvent être interrogées au regard des déplacements objectifs auxquels ces parcours donnent lieu.


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