Les représentations textuelles et iconiques de la guerre dans les Chroniques de Froissart

par Clara De Raigniac

Projet de thèse en Littératures française et francophone

Sous la direction de Michelle Szkilnik.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre d'études du Moyen âge (Paris) (laboratoire) depuis le 01-09-2019 .


  • Résumé

    Les manuscrits des Chroniques de Froissart racontent et imagent « les grans merveilles et li biau fait d’armes qui sont avenu par les grans guerres de France et d’Engleterre et des royaumes voisins » (Livre I) : c’est ce que l’on a appelé a posteriori la Guerre de Cent Ans. La taille du corpus, une soixantaine de manuscrits richement enluminés produits entre 1400 et 1500 à Paris puis en Flandres, a jusqu’ici empêché l’étude exhaustive des Chroniques. Désormais cependant, les nouvelles éditions du texte (on pense notamment au projet Online Froissart) et la numérisation de nombreux manuscrits à travers le monde en facilitent l’accès. On se propose ainsi d’étudier les représentations de la guerre dans l’ensemble des manuscrits enluminés des Chroniques et dans les différentes versions du texte. Cette démarche s’inscrit dans deux champs critiques récents. D’une part l’étude du rapport entre le texte et l’image : ce champ englobe l’étude du texte en lien avec les enluminures qui l’accompagnent, marqué en France par le livre Quand l’image relit le texte, édité en 2013 par M. Pérez-Simon et S. Hériché Pradeau, mais nous souhaitons également inscrire notre recherche dans les développements de la codicologie nord-américaine (impulsés par Keith Busby, Codex and Context. Reading Old French Verse Narrative in Manuscript, 2002). En étudiant le manuscrit dans son ensemble, comme une image-objet qui a été utilisée dans des contextes précis, le texte des Chroniques pourrait nous apparaître sous un jour nouveau. Nous souhaitons d'autre part nous inscrire dans la nouvelle dynamique des War Studies : depuis une trentaine d’années, l’approche de la guerre a changé ; les historien.nes et les littéraires ne s’intéressent plus seulement à la guerre mais également au récit qu’on en fait. De plus, de nouveaux acteurs et actrices ont été mis.es en avant, parfois au-delà du champ de bataille. Ces nouvelles réflexions restent à amplifier et surtout à éprouver sur un corpus médiéval comme les Chroniques de Froissart. Au début de la thèse, trois axes de recherche ont été identifiés. La guerre apparaît d’abord comme un thème topique qu’il s’agit d’écrire et d’imager à partir de schémas traditionnels, tout en les adaptant aux contextes de production et aux demandes des commanditaires. La représentation de la guerre révèle aussi une prise de position idéologique, non seulement politique entre les différentes forces du conflit (on a souvent dit que Froissart était pro-Anglais), mais aussi philosophique dans un contexte chrétien où la violence est dénoncée et les femmes exclues du champ de bataille. Enfin, l’implication personnelle de Froissart dans cette matière pourtant « impersonnelle » du genre des chroniques (Michel Zink, Froissart et le Temps, 1998) semble provoquer une représentation de plus en plus intime de la guerre, comme perçue de l’intérieur.


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