Le traitement et le suivi des lombalgies chroniques et récurrentes en thérapie manuelle.

par Gaetan Barbier

Projet de thèse en Sciences du sport et du mouvement humain

Sous la direction de François Cottin et de Arnaud Lardon.

Thèses en préparation à Paris Saclay , dans le cadre de École doctorale Sciences du sport, de la motricité et du mouvement humain (Orsay, Essonne ; 2015-....) , en partenariat avec Complexité, Innovation et Activités Motrices et Sportives (Orsay ; 2010-....) (laboratoire) et de Université Paris-Sud (établissement de préparation de la thèse) depuis le 01-10-2018 .


  • Résumé

    Les lombalgies, avec une prévalence annuelle de 55% sur une population de 34 000 personnes, sont des affections très fréquentes dans la population générale (Leboeuf-Yde, et al., 2009). Elles sont définies comme des douleurs situées entre la !2ème côte et le pli fessier (Dionne et al., 2008) et représentent l'une des principales causes de handicap dans le monde (GBD 2015 Disease and Injury Incidence and Prevalence Collaborators, 2016). Malgré leurs fréquences, les étiologies sont encore peu connues, en effet dans la majorité des cas, les lombalgies sont dites non-spécifiques (van Tulder, et al., 2002) : aucune cause structurelle ou anatomique claire ne peut être identifiée (National Collaborating Centre for Primary Care (UK), 2009). Il s'agit d'une condition stable (Lemeunier, et al., 2013), c'est-à-dire qu'un adulte n'ayant jamais eu de lombalgie a peu de chance d'en développer, alors qu'un adulte atteint de lombalgie à un moment donné a un risque plus important de développer une lombalgie chronique ou récurrente (Lemeunier, et al., 2012). À ce titre, les lombalgies peuvent être considérée comme une maladie chronique comparable à l'asthme ou à la migraine caractérisées par des épisodes répétés de douleur et une diminution ou une absence de symptôme entre ces épisodes (Ardakani, et al., 2018; Manchikanti, et al., 2014). Au sein même de cette population, il est désormais possible d'identifier plusieurs types de patients atteints de lombalgies non spécifiques. Certains patients auront une résolution rapide de leurs symptômes avec ou sans récurrence tandis que d'autres, chroniciseront suite à un épisode de lombalgie aiguë non-spécifique (Axén & Leboeuf-Yde, 2013). Les causes du passage à la chronicité semblent difficiles à identifier, certains facteurs comme le stress, la dépression, le manque de confiance en soi pourraient y contribuer (Grotle, et al., 2010; Nicholas, et al., 2011; Pincus, et al.,2002). Il semblerait également qu'un certain nombre de lombalgiques chroniques présente une défaillance du Contrôle Inhibiteur Diffus de la Nociception (CIDN) (Gerhardt, et al., 2017). Les données de la littérature tendent aussi à montrer qu'un contrôle autonome vagal perturbé pourrait jouer un rôle majeur dans plusieurs états douloureux chroniques comparés à une population non symptomatique (Barakat et al., 2012; Tracy et al., 2016). Une diminution de la variabilité de la fréquence cardiaque (HRV), témoin d'une modulation vagale de la fréquence cardiaque altérée, peut être considérée comme un facteur de mauvais pronostic dans l'évolution de certaines maladies chroniques (Huang et al., 2017; Tseng et al., 2018) telles que l'insuffisance cardiaque chronique (Mangin et al., 2001) et l'hypertension (Pagani et al., 1988). À notre connaissance, il n'y a pas d'étude évaluant spécifiquement la variabilité de la fréquence cardiaque sur une population de lombalgies chroniques. Il existe de nombreuses options thérapeutiques concernant la prise en charge des lombalgies chroniques. Les guides de bonne pratique les plus récents recommandent l'utilisation de la thérapie manuelle, en association avec l'activité physique ainsi qu'une prise en charge cognitivo-comportementale lorsque cela le nécessite (Chou et al., 2018; de Campos, 2017). Bien qu'il existe des facteurs pronostiques de réussite de la manipulation vertébrale dans la cadre de la lombalgie tirés de l'anamnèse et de l'examen clinique (Flynn et al., 2002), la prise de décision thérapeutique concernant le choix du traitement est principalement définie par l'expérience personnelle du clinicien. Il semble alors important d'essayer de mettre en évidence des facteurs pronostiques de réussite du traitement basés i) sur les données de l'anamnèse et de l'examen physique du patient lombalgique et ii) sur des facteurs physiologiques liés à la douleur chronique (HRV ou CIDN). Même si la compréhension des mécanismes d'actions sur la douleur reste à établir, il semble que le traitement en thérapie manuelle tout comme l'activité physique pourraient avoir une action sur le système nerveux autonome. En effet, deux essais cliniques randomisés ont montré que les traitements en thérapie manuelle par manipulation vertébrale pouvaient avoir un impact sur la HRV (Ruffini et al., 2015; Younes, et al., 2017). Cependant il reste à déterminer si ce changement est corrélé avec une amélioration sur le plan clinique. L'activité physique, elle aussi semble importante dans la lutte contre la douleur chronique car elle est corrélée avec une augmentation de l'efficacité des systèmes inhibiteurs et la réduction de la sensibilisation centrale (Naugle & Riley, 2014). Physiologiquement, l'activité physique entraine une régulation du contrôle autonome (Filliau et al., 2015) et il semblerait que la population sportive ait un CIDN plus performant que la population pratiquant peu d'activité sportive(Flood, et al., 2017) En résumé, la prise en charge de la lombalgie chronique reste un défi. Les approches conservatrices (thérapies manuelles ou activité physique) sont efficaces. Cependant, il est important d'identifier les sous-groupes de patients répondant ou non à ces prises en charge afin d'en améliorer les résultats. Premièrement, il semblerait que des facteurs tirés de l'anamnèse et de l'examen clinique puissent prédire la réussite d'un traitement en thérapie manuelle mais le niveau de preuve reste faible. Deuxièmement, certains patients souffrant de lombalgies chroniques présentent aussi des dysfonctions du contrôle autonome et du CNID dont la valeur clinique prédictive n'a jamais été étudiée. En conclusion, il semble alors intéressant d'explorer dans une population clinique la valeur prédictive de ces facteurs. C'est pourquoi nous allons dans un premier temps, déterminer si la présence d'un CIDN défaillant ou d'une dysfonction du contrôle autonome pourraient être des facteurs prédictifs de la réussite ou de l'échec des traitements par manipulation vertébrale ou par l'activité physique chez le lombalgique chronique et/ou récurrent. Mais également de rechercher des données d'anamnèse ou d'examen clinique pouvant être prédictif de la réussite de l'un des deux traitements. Dans un second temps, nous déterminerons l'efficacité de ces options thérapeutiques sur ces paramètres ainsi que la corrélation avec l'évolution clinique.

  • Titre traduit

    Treatment and monitoring of chronic and recurrent low back pain in manual therapy


  • Résumé

    Low back pain is one of the leading causes of disability in the world (GBD 2015 Disease and Injury Incidence and Prevalence Collaborators, 2016), with an annual prevalence of 55% (Leboeuf-Yde, et al., 2009). Despite this frequency, etiologies are still not well known, indeed in the majority of cases, low back pain is called non-specific (van Tulder, et al., 2002). The causes of the transition to chronicity in low back pain seem difficult to identify, some factors such as stress, depression, lack of self-confidence could contribute (Grotle, et al., 2010; Nicholas, et al., 2011; Pincus, et al., 2002) but also other physiological factors (Gerhardt, et al., 2017). The management of chronic low back pain remains a challenge. Conservative approaches are effective. However, it is important to identify subgroups of responder or non-responder to these treatments in order to improve outcomes. First, it would appear that factors from the history and clinical examination may predict the success of manual therapy treatment, but the level of evidence remains low. Second, some patients with chronic low back pain also have autonomie control and Diffuse Noxious Inhibitory Controls (DNIC) dysfunctions whose clinical predictive value has never been studied. In conclusion, it seems interesting to explore the predictive value of these factors in a clinical population.